‹ [Œuvres]Chapitre 40 sur 402 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

Les précédents, OTHELLO entre avec sa suite.

OTHELLO

Eh! qu'est-ce donc?

montano, continuant à se battre avec Cassio.

Qu'il meure!

Mon sang coule. Brigand ! Je suis blessé.

OTHELLO

Demeure, Sur ta vie !

yago, avec affectation.

Arrêtez, Montano, lieutenant, Vos devoirs^votre honneur,

OTHELLO

Désordre surprenant !

"Infâme! sommes-nous des Turcs? Quoi! des querelles Comme on n'en voit jamais parmi les infidèles! De par la sainte Croix ! séparez-vous, ou bien Qui croisera le fer rencontrera le mien. La ville à ce tocsin d'épouvante est glacée ; Faites taire au plus tôt cette cloche insensée. Que Ton m'explique tout. Yago, plein de douleur, Consterné, dites-moi votre tort ou le leur; Au nom de l'amitié, parlez-moi, je l'exige.

YAGO. '

Hélas! je ne sais rien, seigneur, c'es^un prodige!

Ils sont restés unis jusques à ce moment

Comme une fiancée avec son jeune amant,

Dans la salle de garde et dans celle où nous sommes;

Puis tout à coup j'ai vu se battre ces deux hommes :

.l'en ignore la cause encore, mais je sais

Que j'ai cru voir deux fous l'un sur l'autre élancés.

* Ave ive turnd Tin lis?

Voici le mot vrai et simple, le trait de localité et de circonstance. Othello ne doit j>a s perdre une occasion d'inspirer à Chypre le mépris des Turcs.

OTHELLO

Cassio! vous oublier ainsi:

9e ne saurais parler.

CASSIO

Faites-moi grâce!

OTHELLO

Ce silence me lasse.

Vous, digne Montano, que l'on dit juste et bon, Vous dont personne ici ne prononce le nom Sans y joindre un éloge et dont la vie est pure, Comment avez -vous pu perdre toute mesure Et mériter le nom de batailleur de nuit?

montano, soutenu par deux soldats.

Noble Othello, je suis blessé ; je suis réduit A garder, malgré moi, le plus profond silence. Parler me fait souffrir. Lorsque la violence Vient assaillir un homme et le frapper, il doit Défendre sa personne et certe en a le droit.

Othello, avec une chaleur croissante.

Ah ! par le ciel, mon sang se révolte et s'enflamme Au point que la fureur va gouverner mon àme ! Si je lève le bras, le plus fier de vous trois Pourra bien se sentir écrasé de son poids ; Je veux de tout ce bruit connaître l'origine; J'en punirai l'auteur, je jure sa ruine, Fussions-nous tous les deux sortis du même sein. Quoi! réveiller au cri de meurtre et d'assassin Une place de guerre agitée, une ville Toute craintive et, prèle à l'émeute civile, Au poste de la g3rde! au fort! c'est monstrueux! Yago, qui commença? nommez-le. Je le veux.

MONTANO

Si par quelque amitié vous altérez la chose, Vous n'êtes pas soldat.

YAGO

Mon général, je n'ose M'expliquer. Je voudrais dire la vérité, Vous me serrez de près. Mais d'un autre côté - Je ne voudrais pas nuire à Cassio. Je préfère Qu'on me rende muet. Pourtant voici l'affaire.

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