‹ [Œuvres]Chapitre 49 sur 402 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

OTHELLO, YAGO

Me saisisse l'enfer s'il n'est vrai que je t'aime, Créature adorable ! et que si ton amour Dans mon cœur embrasé pouvait s'éteindre un jour, Le chaos en prendrait la place.

YAGO

Eh bien! ne puis-je Vous parler?

OTHELLO

Que veux-tu?

YAGO

Quelque chose m'afflige, M'occupe malgré moi; lorsqu'à Desdemona, Vous demandiez ce cœur, qu'enfin on vous donna, Cassio sut vos amours?

OTHELLO

Oui, depuis leur naissance, Jusqu'à notre union, il en eut connaissance. Mais pourquoi demander ces détails ?

YAGO

Oh ! sans but !

Mais je ne savais pas qu'alors il la connût.

OTHELLO

Beaucoup, et très-souvent l'entretien le plus tendre L'admit en tiers; il put nous voir et nous entendre.

YAGO

Vraiment?

Vraiment, doit-on douter de sa vertu?

YAGO

La vertu de Cassio ?

OTHELLO

Mais, oui! qu'en penses-tu?

YAGO

Ce que j'en pense?

OTHELLO

Oui ! oui ! j'ai dit : ce que tu penses ! Par le ciel ! quel secret, quelles noires offenses, Quel soupçon monstrueux dans son cœur est entré Si hideux qu'il ne puisse au jour être montré? Il hésite! il se fait l'écho de mes paroles. Tes réponses, Yago, ne sont jamais frivoles ; Je te connais. Dis-moi le soupçon qui te prit A l'instant sur Cassio; qu'a\ais-tu dans l'esprit En me disant : Ceci me déplaît. Quelle chose Te déplaisait? ton front se ride et se compose : Si tu m'es attaché, qu'enferme-t-il , dis-moi?

YAGO

Je vous aime beaucoup, monseigneur.

OTHELLO

Je le crois, Et c'est une raison de craindre davantage. Ces silences fréquents qui coupent ton langage, Ces soupçons retenus ou formés à demi, Xe m'étonneraient pas venant d'un ennemi ; Mais en toi, ce combat des cris et du silence, C'est l'indignation qui se fait violence.

YAGO

Plût à Dieu que toujours les hommes fussent tels Qu'ils semblent! ou du moins puissent tous les mortels Paraître avec des traits qui découvrent leurs âmes!

OTHELLO

Et quels sont, dis-le donc, ces hommes que tu blâmes?

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