ACTE III, SCÈNE III
YAGO
Ah! co n'est point Cassio. je le crois plein d*honneur.
OTHELLO
Que cache tout cela? parle-moi.
YAGO
Non. Seigneur, Excusez-moi. Malgré ma grande obéissance, Sur la face du globe il n'est pas de puissance Faite pour me forcer d'exprimer hautement Les motifs inconnus d'un secret sentiment. De la discrétion rompre ainsi les entraves ! On ne l'exige pas même de ses esclaves 1 Et d'ailleurs qui vous dit que ce vague soupçon Soit légitime et juste en aucune façon? Hélas, dans quel plaisir n'entre une chose impure! Et quel homme à ce point de lui-même s'assure Qu'il puisse dans son cœur toujours se dégager Des pensers hasardeux qui viennent l'assiéger? C'est, je vous l'avoùrai, mon vice et ma faiblesse De soupçonner le mal quand le dehors me blesse. Et j'invente des torts. Tenez, de bonne foi Je vous en avertis, méfiez-vous de moi. Il ne serait pas bon, pour mon bien, pour le vôtre, D'en parler plus long-temps ; ménageons l'un et l'autre, Mon honneur, mon état, tout serait engagé Si mon secret par vous devenait partagé.
OTHELLO
Quoi! rien?
YAGO
Non, croyez-moi, seigneur, pour une femme Le premier des trésors, la richesse de l'âme, C'est l'honneur.
OTHELLO
Je saurai ta pensée. Il le faut!
YAGO
Ah! gardez-vous, seigneur, d'un énorme défaut, La jalousie. Hélas! c'est un monstre qui ronge Le cœur infortuné dans lequel il se plonge. Tel mari sans amour, bien certain de son sort, Près de son infidèle en souriant s'endort;
Mais quel tourment d'enfer , quel chagrin empoisonne Celui dont l'âme ardente idolâtre et soupçonne!
Othello, a part.
Malheur!