SCÈNE IV
OTHELLO, seul.
Examinons ceci maintenant. Calmons-nous.
Cet homme est plein d'honneur et plein d'expérience,
Cela donne un grand poids à tant de défiance.
Avec violence.
— Si je la trouve ingrate et rebelle à ma voix. Moi. je la chasserai seule dès cette fois. Comme l'oiseau léger qu'on voulait faire vivre,
Et qu'en ouvrant la main à tous les vents on livre.
Avec mélancolie.
— Tout est possible, hélas! Il ne faut que me voir, Tout pourrait s'expliquer par un mot : je suis noir ! Je n'ai pas les regards, les manières civiles,
Les séduisants propos d'un élégant des villes. Je commence à pencher vers le déclin des ans ; Mais ma vieillesse encor reculera long-temps.
— Non. Je dois la haïr! Allons! Elle est perdue! Je suis trahi! Douleur! je vois ton étendue! Fatalité maudite! Il est donc arrêté
Que toujours nous serons maîtres de la beauté, Jamais de ses désirs. Ainsi les grandes âmes Seront plutôt en butte aux trahisons des femmes Qu'un vulgaire toujours préféré. C'est un sort Qu'on ne peut fuir, réglé, certain comme la mort. Oui, la fatalité nous connaît dès l'enfance Et saisit au berceau notre àme sans défense,
Apercevant Desdemona.
Desdemona, tu viens! J'en atteste tes yeux, Si ton cœur est impur, n'en croyons plus les cieux, Ils se seraient trompés dans leur plus bel ouvrage. Non, de le croire encor je n'ai plus le courage.