SCENE VIII
YAGO
Oui, l'esprit du plus faible au gré du fort varie.
Une ombre, un mot léger, bagatelles pour nous,
Sont des textes sacrés aux regards d'un jaloux.
Que, trouvé chez Cassio, ceci soit un nuage
Aux autres ajouté pour accroître l'orage.
Mes poisons ont atteint le More. — Les soupçons,
A les analyser, sont vraiment des poisons.
D'abord sur tout notre être ils produisent à peine
Quelque faible dégoût, bientôt un peu de haine ;
Et puis leur action pénètre jusqu'au sang,
L'irrite, le travaille avec un feu puissant :
Comme cent lourds marteaux qui tombent sur l'enclume.
Ils frappent sur le cœur, et le volcan s'allume.
La preuve, la voilà qui vient.... c'est Othello.
Il regarde dans la galerie Othello qui s'avance lentement.
Va, déchire ton cœur, va, ni le feu, ni l'eau, Les boissons de pavots, d'opium, de mandragore, Ne pourront te guérir et te donner encore Ce paisible sommeil que tu goûtas hier.