‹ [Œuvres]Chapitre 58 sur 402 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

OTHELLO, YAGO

Othello, se croyant seul et rêcant.

Envers moi! moi! perfide! A qui donc se fier?

YAGO

Quoi! vous pensez encor que de vous on se joue?

OTHELLO

Va-t'en, fuis! va! tu m'as attaché sur la roue! J'en atteste mes maux, il vaut mieux, je le crois, Être toujours trompé que de craindre une fois.

YAGO

Comment?

OTHELLO

De ce malheur quel sentiment avais-je?

Aucun. Si l'ignorance est un vrai privilège, Ce fut alors. Hier quel mal ai-je éprouvé? J'avais le cœur léger, libre, et n'ai pas trouvé Les baisers de Cassio sur ses lèvres: l'empreinte En était invisible, et j'ai dormi sans crainte.

YAGO

Vous m'affligez vraiment, je le dis devant Dieu.

othello, poursuivant sans l'entendre.

J'étais heureux hier. Et maintenant, adieu, A tout jamais, adieu le repos de mon àme ! Adieu joie et bonheur détruits par une femme , Adieu beaux bataillons aux panaches flottants: Adieu guerre, adieu toi dont les jeux éclatants Font de l'ambition une vertu sublime!

Adieu donc le coursier que la trompette anime, El ses hennissements, et le bruit du tambour, L'étendard qu'on déploie avec des cris d'amour! Appareil, pompe, éclat, cortège de la gloire , Et vous, nobles canons qui tonnez la victoire Et qui semblez la voix formidable d'un Dieu,

Avec un sourire amer.

Ma tâche est terminée! à tout jamais, a<!ieu!

86 LE MOBE DE YEMSE.

FAGO.

Est-il possible, hélas! que...

OTHELLO, avec une fureur subite.

Misérable, écoute!

Je ne souffrirai plus ni faux-fuyant ni doute ; Tu prétends que ma femme a profané son lit! Songe bien qu'il me faut la preuve du délit, Ou, par la dignité de mon àme, je jure Que si tu ne pouvais me prouver son parjure, Il vaudrait mieux pour toi, malheureux, être né Sans pain et sur les mers du nord abandonné.

yago, effrayé d'être saisi au collet.

En êtes-vous donc là"?

OTHELLO

Fais-moi voir tout son crime Comme je vois le jour, ou bien si ta victime...

YAGO

Seigneur !

OTHELLO

... Si ta victime est ma Desdemona, Si l'esprit délié que le ciel te donna Te sert à méditer ma mort et ma torture, Si tu mens; assassine, offense la nature, Étouffe les remords et renonce à prier; Qu'on entende les cieux et la terre crier A l'aspect des horreurs par toi seul inventées ; Qu'à cette calomnie elles soient ajoutées; Pour ta damnation que tout soit réuni, Ya, tu n'en seras pas plus ni plus tôt puni.

Après l'avoir saisi et tenu, il le lâche brusquement et tombe

abattu sur un siège.

YAGO

Ciel! grâce! qu'ai-je fait? avez-vous votre tête? Ah! reprenez ma charge! oui, ma retraite est prête. Malheureux que je fus de m'attacher à lui, Pour me voir accuser de mensonge aujourd'hui ! 0 des hommes du temps perversité profonde! Jette les yeux sur moi, vois ma disgrâce, ô monde! Vois l'honneur et le bien, le dévoùment, perdus, Avec la calomnie et le mal confondus ;

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