‹ [Œuvres]Chapitre 77 sur 402 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

YAGO. RODRIGO

YAGO

Ali ! vous voilà

Moi-même. Il faut, sans plus se taire, De vos façons d'agir m' expliquer le mystère. Vous me trompez.

yago. effrontément.

La preuve?

RODRIGO

Elle est simple à donner.

Vous n'avez pas le droit de vous en étonner. Quand pour Desdemona que vous disiez rebelle J'ai mansé tout mon bien. Pour fléchir notre belle,

Or, bijoux, diamants, rubis, colliers, parfums, Des dons qu'il vous fallait je n'épargnais aucuns, Enfin j'en ai versé dans votre main fatale Assez pour acheter l'honneur d'une vestale : Vous me les avez dits reçus, mais en retour Moi je n'obtiens jamais un seul regard d'amour.

YAGO

Fort bien ! poursuivez !

RODRIGO

Oui ! oui ! je veux bien poursuivre, Et je viens pour cela ! je ne prétends pas vivre En étourdi , jouet de votre trahison ; Et de vous, aujourd'hui, je me ferai raison.

YAGO

Vous avez dit?

RODRIGO

J'ai dit, et j'agirai peut-être.

Eh bien! je vois en vous un cœur ferme, mon maître! Touchez là! c'est parler; j'ai suivi tous ses pas, Tous dans votre intérêt.

RODRIGO

Je ne m'en doutais pas !

YAGO

Il y paraissait peu, je l'avoue, et vos doutes

Prouvent un esprit fin. Mais de toutes les routes,

La plus sûre parfois est la plus longue. Ami ,

Je n'ai pas adopté votre cause à demi ;

Et si dès cette nuit vous n'enlevez sa femme,

Tenez-moi pour un fourbe et qu'on m'arrache rame.

RODRIGO

Quoi donc! ai-je vraiment quelque lueur d'espoir?...

YAGO

Des ordres sont venus de Venise, et ce soir Cassio doit remplacer Othello.

RODRIGO

Ma surprise Est bien grande. Il va donc retourner à Venise?

YAGO

Bien plus loin, en Afrique, à moins que son séjour

Page 1