ACTE IV, SCÈNE I
Ne soit, par un bon coup, prolongé plus d'un jour. A moins que votre main diligente et jalouse N'y veille, il vous prendra sa belle et jeune épouse. Écartons ce Cassio.
RODRIGO
Mais comment l'écarter?
YAGO
Comment"? rien de plus simple, en lui faisant sauter Ce reste de cerveau qui fait jaser sa tète.
RODRIGO
Je dois faire cela ?
YAGO
Toute l'affaire est prête.
Après souper, ce soir, je vais vous l'envoyer. Entre une heure et minuit nous irons l'épier Au détour de la rue, et, prenant votre belle, Vous pousserez la botte ; alors, s'il est rebelle, Je vous seconderai; je serai sur vos pas.
RODRIGO
Cher Yago, c'est fort bien; mais je ne voudrais pas Assassiner un homme.
YAGO
Eh, mon Dieu ! pour une heure Venez en conférer dans ma propre demeure, Et je vous montrerai si bien l'arrêt du sort Sur le front de Cassio, que vous voudrez sa mort.
RODRIGO
Mais pourtant...
YAGO
Taisez-vous...
Un ami...
YAGO
Que m'importe !
Le souper va finir. — Allons, ouvrez la porte, Sortez, vous restez là tout ébahi !
RODRIGO
Mais quoi !
N'avais-je pas le droit de demander pourquoi?
YAGO
Vous le saurez, je vais vous ôter tout vestige De scrupule...
RODRIGO
Et comment?...
YAGO
A l'action, vous dis-je.
Ils sortent à gauche de la scène, Othello entre du côté opposé.