‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 1 sur 48 · Oeuvres · texte numérisé non relu

Oeuvres

ARR:ÊTOiNS-NOUs SU!" la colline A l'heure où, partageant les jours, L'astre du matin qui décline Semble précipiter son cours.

En avançant dans sa carrière, Plus faible il rejette eu arrière L'oinbre terrestre qui le suit; Et de l'horizon qu'il colore Une moitié le voit encore, L'autre se plonge dans la nuit.

C'est l'heure où, sous l'ombre inclinée. Le laboureur, dans le vallon.

Suspend un moment sa journée, Et s'assied aux bords du sillon :

C'est l'heure où, près de la fontaine.

Le voyageur reprend haleine Après sa course du matin; Et c'est l'heure où l'ame qui pense Se retourne, et voit l'espérance Qui l'abandonne en son chemin.

Ainsi notre étoile pâlie.

Jetant de moiuantes lueurs

Sur le midi de notre vie,

Brille à peine à travers nos pleurs

De notre rapide existence

1 Nombre de la mort qui s'avance

Obscurcit déjà la moitié;

Et, près de ce terme funeste, Comme à l'aurore, il ne nous reste Que l'espérance et l'amitié.

Vmi , qu'un même jour vit naître, Compagnon depuis le berceau , Et qu'un même jour doit peut-être Endormir au même tombeau ; Voici la borne qui partage Ce douloureux pèlerinage Qu'un même sort nous a tracé :

De ce sommet qui nous rassemble, Viens, jetons un l'egard ensemble Sur l'avenir et le passé.

Repassons nos joui's, si tu Foses.

Jamais l'espoir des matelots Couronna-t-il d'autant de roses l^e navire qu'on lance aux flots!' Jamais d'une teinte plus belle L'aube en riant colora-t-elle Le front rayonnant du matin .' Jamais d'un œil perçant d'audace L'aigle embrassa-t-il plus d ospaie Que nous en ouvrait le dcbliu ?

En vaiu sur la route fatale,

Dont les cyprès tracent le bord,

Quelques tombeaux par intervalle

Nous avertissaient de la mort.

Ces monumens mélancoliques

Nous semblaient, comme aux jours antiques,

Un Yain ornement du chemin.

Nous nous asseyions sous leur ombre,

Et nous rêvions des jours sans nombre,

Hélas! entre iiier et demain!

Combien de fois, près du rivage Où Nisida dort sur les mers, La beauté crédule ou volage Accourut à nos doux concerts!

Combien de fois la barque errante Berça sur l'onde transparente Deux couples par l'Amour conduits; Tandis qu'une déesse amie Jetait sur la vague endormie Le voile parfumé des nuits!

Combien de fois, dans le délire Qui succédait à nos festins.

Aux sons antiques de la Ivre

porrnouES.

J'évoquai des songes divins !

Aux parfums des roses mourantes , Aux vapeurs des coupes fumantes, Ils volaient à nous tour à tour!

Et sur leurs ailes nuancées, Egaraient nos molles pensées Dans les dédales de l'Amour 1

Mais dans leur insensible pente ,

Les jours qui succédaient aux jouits

Entraînaient comme une eau courante

Et nos songes et nos amours :

Pareil à la fleur fugitive

Qui du front joyeux d'un convive

Tombe avant l'heure du festin ,

Ce bonheur que l'ivresse cueille,

De nos fronts tombant feuille à feuille,

Jonchait le lugubre chemin.

Et maintenant , sur cet espace Que nos pas ont déjà quitté, Retourne-toi ; cherchons la trace De l'amour, de la volupté.

En foulant leurs rives fanées, .

Remontons le cours des années,

Tandis qu'un souvenir glace , Comme l'astre adouci des ombres , Eclaire encor de teintes sombres, La scène vide du passé.

Ici, sur la scène du monde.

Se leva tou premier soleil.

Regarde : quelle nuit profonde

A remplacé ce jour vermeil !

Tout sous les cieux semblait soui-irc :

La feuille, l'onde, ie zéphyre.

Murmuraient des accords charmans.

Ecoute : la feuille est flétrie;

Et les vents sur l'onde tarie

Rendent de sourds gémisscmens.

Reconnais-tu ce beau rivage , Cette mer aux flots argentés^ Qui ne fait que bercei l'injagc Des bords dans son sein répétés ^ Un nom chéri vole sur l'onde!..

Mais pas une voix qui réponde.

Que le flot grondant sur l'écueil.

Malheureux! quel nom tu |)rononcc3 Ne vois-lu pas parmi tes roiues

Ce nom gravé sur un cercueil?.

Plus loin, sur la rive oii s'épanche Un fleuve épris de ces coteaux Vois-tu ce palais qui se penche Et jette une ombre au sein des eaux?

Là, sous une forme étrangère, Un ange exilé de sa sphère D'un céleste aniour t'entlamma.

Pourquoi trembler? quel bruit t'étonne?

Ce n'est qu'une ombre qui frissonne Aux pas du mortel qu'elle aima.

Hélas! partout où tu repasses, C'est le deuil, le vide ou la mort; Et rien n'a germé sur nos traces Que la douleur ou le remord.

Voilà ce cœur oii ta tendresse Sema des fruits que ta vieillesse, Hélas ! ne recueillera pas :

Là l'oubli perdit ta mémoire; Là l'envie étouffa ta gloire; Là ta vertu fit des ingrats.

Là ri il us ion éclipsée

S'enfuit sur un nuage obscur; Ici Tespérance lassée Replia ses ailes d'azur.

Là , sous la douleur qui le glace , Ton sourire perdit sa grâce , Ta voix oublia ses concerts; Tes sens épuisés se plaignirent, Et tes blonds cheveux se teignirent Au souffle argenté des hivers.

Ainsi des rives étrangères, Quand l'homme, à l'insu des tyrans, Vers la demeure de ses pères Porte en secret ses pas errans , L'ivraie a couvert ses collines, Son toit sacré pend en ruines , Dans ses jardins l'onde a tari; Et sur le seuil qui fut sa joie, Dans l'ombre un chien féroce aboie Contre les mains qui l'ont nourri.

Mais ces sens qui s'appesantissent Et du temps subissent la loi , Ces yeux, ce cœur, qui se ternissent, Cette ombre enfin, ce n'est pas toi.

POÉTIQUES. i|p^

Sans regret , au flot des années , ^

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