livre ces dépouilles fanées
Qu'enlève le souffle des jours,
Comme on jette au courant de l'onde
La feuille aride et vagabonde
Que l'onde entraîne dans son cours !
Ce n'est plus le temps de sourire A ces roses de peu de jours , De mêler aux sons de la lyre Les tendres soupirs des Amours; De semer sur des fonds stériles Ces vœux, ces projets inutiles, Par les vents du ciel emportés', A qui le temps qui nous dévore Ne donne pas l'heure d'éclore Pendant nos rapides étés.
Levons les veux vers la colline
Où luit l'étoile du matin.
Saluons la splendeur divine
Qui se lève dans le lointain.
Cette clarté pure et féconde
Aux yeux de l'ame éclaire un monde
Où la foi monte sans effort.
D'un saint espoir ton cœur palpite; Ami, pour y voler plus vite, Pi-enons les ailes de la mort.
En vain , dans ce désert aride, Sous nos pas tout s'est effacé.
Viens : où l'éternité réside , On retrouve jusqu'au passé.
Là sont nos rêves pleins de charmes , Et nos adieux trempés de larmes.
Nos vœux et nos soupirs perdus.
Là , refleuriront nos jeunesses ; Et les objets de nos tristesses A nos regrets seront rendus.
Ainsi, quand les vents de 1 autonnu^ Ont dissipé l'ombre des bois, 1 /hirondelle agile abandonne T^e faîte du palais des rois :
Suivant le soleil dans sa course , Elle remonte vers la source D'où l'astre nous répand les jour^ , Et sur ses j)as ivlroiive encore Un autre ciel, une autre aurore, Un anlrc nid pour ses amours.
POÉTIQUES. iV
Ce roi , dont la sainte tristesse Immortalisa les douleurs, Vit ainsi sa verte jeunesse Se renouveler sous les pleurs.
Sa harpe, à l'ombre de la tombe, Soupirait comme la colombe Sous les verts cyprès du Carmel ; Et son cœur, qu'une lampe éclaire.
Résonnait comme un sanctuaire Où retentit l'hymne éternel .