‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 30 sur 48 · VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

VINGT-SIXIÈME

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Il est une heure de silence Où la solitude est sans voix , Où tout dort, même l'espérance; Où nul zéphyr ne se balance Sous l'ombre immobile des bois.

ij..

i8o MEDITATIONS

Il est un âge où de la lyre L'ame aussi semble s'endormir, Où du poétique délire Le souffle harmonieux expire Dans le sein qu'il faisait frémir.

L'oiseau qui charme le bocage, Hélas! ne chante pas toujours :

A midi , caché sous l'ombrage , Il n'enchante de son ramage Que l'aube et le déclin des jours.

Adieu donc, adieu, voici l'heure, Lyre aux soupirs mélodieux!

•En vain à la main qui t'effleure Ta fibre encor répond et pleure :

Voici l'heure de nos adieux.

Reçois cette lanne rebelle Que mes veux ne peuvent cacher.

Combien sur ta corde fidèle INÏon ame, hélas! en versa-t-elle Que tes soupirs n'ont pu sécher!

Sur cette terre infortimée,

POÉTIQUES. i8f

Où tous les yeux versent des pleurs , Toujours de cyprès couronnée, La lyre ne nous fut donnée Que pour endormir nos douleiu's.

Tout ce qui chante ne répète

Que des regrets ou des désirs;

Du bonheur la corde est muette ;

t De Philomèle et du poëte

Les plus doux chants sont des soupirs.

Dans l'ombre, auprès d'un mausolée, O lyre! tu suivis mes pas; Et des doux festins exilée Jamais ta voix ne s'est mêlée Aux chants des heureux d'ici-bas.

Pendue aux saules de la rive, Libre comme l'oiseau des bois , On n'a point vu ma main craintive T'attacher comme une captive Aux portes des palais des rois.

Des partis l'haleine glacée Ne t'inspira pas tour à tour;

iSa MEDITATIONS

Aussi chaste que la pensée, Nul souffle ne t'a caressée , Hormis le souffle de l'Amour.

En quelque lieu qu'un sort sévère Fît plier mon front sous ses lois , Grâce à toi , mon ame étrangère A trouvé partout sur la terre Un céleste écho de sa voix.

Aux monts d'où le jour semble éclore , Quand je t'emportais avec moi Pour louer celui que j'adore , Le premier rayon de l'aurore Ne^se réveillait qu'après toi.

Au bruit des flots et des cordages , Aux feux livides des éclairs , Tu jetais des accords sauvages, Et comme l'oiseau des orages Tu rasais l'écume des mers.

Celle dont le regard m'enchaîne A tes soupirs mêlait sa voix, Et souvent ses tresses d'ébène

POÉTIQUES. i83

Frissonnaient sous ma molle haleine , Comme tes cordes sous mes doigts.

Peut-être à moi, lyre chérie, Tu reviendras dans l'avenir, Quand, de songes divins suivie, La mort approche, et que la vie S'éloigne comme un souvenir.

Dans cette seconde jeunesse Qu'un doux oubli rend aux humains , Souvent l'homme, dans sa tristesse, Sur toi se penche et te caresse.

Et tu résonnes sous ses mains.

Ce vent qui sur nos âmes passe.

Souffle à l'aurore, ou souffle tard; Il aime à jouer avec grâce Dans les cheveux qu'un myrte enlace , Ou dans la barbe du vieillard.

En vain une neige glacée D'Homère ombrageait le menton :

Et le rayon de la pensée Rendait la lumière éclipsée

Aux yeux aveugles de Milton.

Autour d'eux voltigeaient encore L'amour, l'illusion , l'espoir.

Comme l'insecte amant de Flore , Dont les ailes semblent éclore Aux tardives lueurs du soir.

Peut-être ainsi'... mais avant l'âge Où tu reviens nous visiter, Flottant de rivage en rivage , J'aurai péri dans un naufrage, Loin des cieux que je vais quitter.

Depuis long-temps ma voix plaintive Sera couverte par les flots , Et, comme l'algue fugitive, Sur ([uelque sable de la rive La vague aura roulé mes os.

Mais toi, lyre mélodieuse, Surnageant sur les flots amers, Des cygnes la troupe envieuse

Suivra ta trace iiarmonieuse Sur 1 ahunc roulant dos mors.

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