DEDICACE
Te souviens-tu du jour où gravissant la cime
Du Salève aux flancs azurés, Dans un étroit sentier qui pend sur un abîme Nous posions en tremblant nos pas mal assurés?
vo8 DEDICACE.
Tu marchais devant mol. Balancés par l'orage, Les rameaux ondoyans du mélèze et du pin, S'écartant à regret pour t'ouvrir un passage. Secouaient sur ton front les larmes du matin ; Un torrent sous tes pieds s'écroulant en poussière , Traçait sur les rochers de verdâtres sillons, Et, de sa blanche écume^^ jouait la lumière, Elevait jusqu'à nous les flottans tourbillons.
Un nuage grondait encore Sur les confins des airs , à l'occident obscur, Tandis qu'à l'orient le souffle de l'aurore Découvrait la moitié d'un ciel limpide et pur, Et dorait de ses feux la voile qui colore Des vagues du Léman l'éblouissant azur 1 Tout à coup, sur un roc, dont tu foulais la cime. Tu t'arrêtas : tes yeux s'abaissèrent sur moi ; Tu me montrais du doigt les flots, les monts, l'abîme, La nature et le ciel... et je ne vis que toi!...
Ton pied léger semblait s'élancer de sa base ; Ton œil planait d'en haut sur ces sublimes bords ;
Ton sein , oppressé par l'extase ,
Se soulevait sous ses transports.
Comme le flot captif qui, bouillant dans le vase, S'enfle, frémit, s'élève et surm,onte ses bords.
Sur l'angle d'un rocher ta main était posée,