DEUXIEME NOTE
Albano l'entendit , en découvrant l'abimc ' , Saluer l'Océan d'un adieu si sublime.
Nous faisons allusion ici à ses dernières strophes du W* chant de Childe-Harold , un des plus magnifiques morceaux de poésie que les temps modernes aient produits; les voici :
Déroule tes vagues d'azur, majestueux Océan ! Mille flottes parcourent vainement tes routes immenses; l'homme, qui couvre la terre de ruines, voit son pouvoir s'arrêter sur tes bords : tu es le seulauteurde tous les ravages dont l'humide élément est le théStre ! Il n'y reste aucun vestige de ceux de
JSOTES. ^95
l'homme ; son ombre se dessine à peine sur ta surface , lorsqu'il s'enfonce , comme une goutte d'eau, dans tes profonds abîmes, privé de tombeau , de linceul, et ignoré!
Ses pas ne sont point imprimés sur tes domaines, qui ne sorvt pas unedépouille pourlui. . . Tu te soulèves et le repousses loin de toi! Le lâche pouvoir qu'il exercepourla destruction de la terre n'excite que tes dédains; tu le fais voler avec ton écume jusqu'aux nuages, et tu le rejettes, en le jouant, aux lieux où il a placé toutes ses espérances; son cadavre gît sur la plage, près du port qu'il voulait aborder.
Que sont ces armemens redoutables qui vont foudroyer les villes de tes rivages, épouvanter les nations et faire trembler les monarques dans leurs capitales? Que sont ces citadelles mouvantes, semblables à d'énormes baleines, et dont les mortels qui les construisent sont si fiers , qu'ils osent se parer des vains titres de seigneurs de V Océan et d'arbitres delà guerre? Que sont-elles pour toi? un simple jouet. Nous les voyons, comme ta blanche écume, se fondre dans les ondes amères qui anéantissent également l'orgueilleuse Armada ou les débris de Trafalgar.
Tes rivages sont des empires qui changent sans cesse, et tu restes toujours le même! Que sont devenues l'Assyrie, la Grèce, Rome et Carthage?Tes flots battaient leurs frontières au jour de la liberté; et plus tard, sous le règne des tyrans, leurs peuples, esclaves ou barbares, obéissent à des lois étrangères. La destinée fatale a converti des royaumes en déserts... Maïs rien ne change en toi, que le caprice de tes vagues ; le temps ne grave aucune ride sur ton front d'azur : tel que tu vis l'aurore de la création, tel tu es encore aujourd'hui!