ONZIEME NOTE
Les noiusd'Odysséus, de Marc, daKaiiaris, etc. ".
Odysséus ou Odissée. — Fils d'Andriséus , né en Epire; il entra d'abord au service d'Ali-Pacha. Après la mort de ce tyran , il se met à la tête de ses compatriotes, descend du mont Parnasse, et proclame le règne de la Croix. Il défait Omer-Vrione , successeur d'Ali. « Le récit de ses exploits, dit Pouqueville , vo- « lant de bouche en bouche, fait éclater l'insurrec- « tien jusque parmi les peuplades des plateaux supé- « rieurs du mont OEta. Le même jour, sans aucune « de ces hésitations qui décèlent la crainte de se comte promettre , les habitans des cantons d'Hypati, ceux « de Cravari , de Lidoriki , de Malendrino , de Vene- « tico, qui formaient jadis la Doride , la Locride hes- <c périenne et l'Etolie, secouent le joug de leurs op
(f presseurs. Des éphores , nom oublié dans la Grèce , « remplacent les codja-bachis ; le bonnet de raja est « foulé aux pieds , et le croissant renversé dans tous cf les lieux où il existait des mosquées; une nouvelle « ère commence pour l'Etolie. Bientôt Odyssée est « déclaré la terreur des Musulmans; il les bat, les (> poursuit, s'empare d'Athènes, est nommé deux fois « commandant-général des troupes de l'insurrection « grecque, remporte une seconde victoire de Platée; « et le courage personnel d'Odyssée, ses mœurs sau^ « vages, ses vêtemens, tout rappelle un de ces héros « d'Homère, un de ces hommes primitifs qui ne se « montrent qu'à la naissance des peuples , et dont « l'histoire ressemble bientôt à la fable. Tout récem- « ment encore , Odyssée, mécontent du gouverne- « ment grec , vient de congédier ses derniers compa- « gnons d'armes, et seul, avec sa femme et ses en- <f fans , il s'est retiré dans une caverne du mont Par- « nasse, dont il a fortifié l'entrée avec des palissades <f et du canon. L'ostracisme, comme on le voit, est « de tous les siècles : les peuples reprennent leur « nom , mais les hommes ne psrdent pas leur ingraticf tude; il est à désirer que les Grecs n'imitent pas en <( tout leurs aïeux , et ne souillent pas leur terre ré- « générée du sang de leurs libérateurs. »
^i8 NOTES.
Marco Rotzaris. — Digne pendant d'Odyssée, mais plus civilisé que lui : voici le portrait qu'en donne Pouqueville :
« Melpomène lui avait départi le don de la voix et « de la cithare pour chanter le temps où, gardant les <f troupeaux du polémarque son père, aux bords du « Selleïs , il abandonna sa patrie , conquise par Ali- « Pacha , pour se réfugier sous les drapeaux fi'ançais , « à l'ombre desquels il crût en sagesse et en valeur. « De la taille ordinaire des Souliotes , qui est de cinq « pieds environ , sa légèreté était telle qu'on le com- « parait au zéphyr. Nul ne l'égalait à la lutte, au jeu « du disque; et, quand ses yeux bleus s'animaient, « que sa longue chevelure flottait sur ses épaules, et « que son front rasé, suivant l'usage antique, reflétait « les rayons du soleil, il avait quelque chose de si ex- '< traordinaire, qu'on l'aurait pris pour un descen- « dant de ces Pélasges, enfans de Phaétou, qui civitt lisèrent l'Epire. Il avait laissé sa femme et deux en- " fans sur la terre étrangère , pour se livrer avec plus « d'audace aux chances des combats. Poète et guer- « rier, dans les momens de repos il prenait sa lyre « et redisait aux enftms de la Selleïde les noms des «héros leuis aïeux, leurs exploits, leur gloire, et
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« l'obligation où ils étaient 'de mourir, comme eux, « pour les saintes lois du Christ et de la patrie, ob- <i jets éternels de la vénération des Grecs. Sa femme « Chrysé vint le rejoindre après l'insurrection de la « Grèce , et voulut combattre à ses côtés. — Marc «Botzaris, en avant de Missolunghi, soutint, avec « six cents pallikares, les efforts de l'armée ottomane « tout entière. Les Thermopyles pâliront un jour à « ce récit. — Retranchés auprès de Crionero , fon- « taine située à l'angle occidental du mont Aracyntlie, « ces braves , après avoir peigné leurs belles cheve- « lures, suivant l'usage immémorial des soldats de la « Grèce, conservé jusqu'à nos jours, se lavent dans « les eaux de l'antique Aréthuse, et, revêtus de leurs « plus riches ornemens , ils demandent à s'unir par « les liens de la fraternité, en se déclarant Ulamio. (<■ Un ministre des autels s'avance aussitôt. Prosternés « au pied de la croix , ils échangent leurs armes , « ils se donnent ensuite la main en formant une chaîne « mystérieuse , et recueillis devant le Dieu rédemp- « teur, ils prononcent les paroles sacramentelles : Ma « vie est ta vie j, et mon ame est ton ame. Le prêtre « alors les bénit, et ayant donné le baiser de paix à u Marc Botzaris, qui le rend à son lieutenant, ses
u soldais s'étant mutuelletnent embrassés, présentent « un front menaçant à l'ennemi.
« C'était le 4 novembre 1829. , au lever du soleil : a on apercevait de Missolungbi et d'Anatolico le feu « du bataillon immortel qui s'assoupit à midi. Il re- « prit avec une nouvelle vivacité deux heures après , « et diminua insensiblement jusqu'au soir. A l'appa- « rition des premières étoiles, on aperçut, dans le « lointain , les flammes des bivouacs ennemis dans la « plaine; la nuit fut calme, et, le 5 au matin, Marc « Botzaris rentra à Missolungbi , suivi de vingt-deux « Souliotes; le surplus de ses braves avait vécu.
(c A la faveur de cette héroïque résistance , le pré- « sident du gouvernement , Maurocordato , avait ap- « provisionné Missolungbi , et fait embarquer pour le « Péloponèse les vieillards , les femmes et les enfans. « Marc Botzaris voulait pourvoir de la même manière « à la sûreté de sa femme et de ses enfans; mais Chrysé, « son épouse, ne pouvait se résoudre à l'abandonner: « elle lui adresse les adieux les plus déchirans; elle « tombe à ses pieds avec les timides créatures qui le « nommaient leur seigncui" et leur père. Marc Botza-
« ris les bénit au nom du Dieu des batailles. Il les i< accompagne ensuite au port , il suit des yeux le « vaisseau ; il tend les bras à sa femme ; hélas ! il la « quittait pour la dernière fois ! Il périt , peu de « temps après, dans une bataille nocturne contre les tf Turcs, et sa mort fut aussi glorieuse, aussi sainte »< que sa vie. »
Ranaris. — Le Thémistocle de l'insurrection grecque , né à Psara , âgé de trente à trente-deux ans ; d'une petite taille, l'œil vif et perçant, l'air mélancolique : tel est le portrait qu'en fait le capitaine Clotz. H brûle trois fiois la flotte ottomane.
« Les Hydriotes ( dit Pouqueville ) avaient à peine « relâché à Psara, qu'on vota unanimement la des- « truction de la flotte ottomane qui était à Ténédos. . « Une division navale , composée de douze bricks de « Psara , avait observé sa position. L'entreprise était « difficile ; les Turcs , sans cesse aux aguets depuis la « catastrophe de Chio , se gardaient avec soin et visi- « taient les moindres bâtimens. Cependant , comme « l'amirauté avait une confiance extrême dans Kana- « ris , qui s'offrit encore pour cette périlleuse mis- « sion , on se décida à la hasarder.