‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 11 sur 57 · A ELVIRE · texte numérisé non relu

A ELVIRE

Oci, l'Anio murmure encore Le doux nom de Cinthie aux rochers de Tibur ; Vaucluse a retenu le nom chéri de Laure ;

Et Ferrare au siècle futur

Murmurera toujours celui d'Eléonore.

Heureuse la beauté que le poète adore !

Heureux le nom qu'il a chanté !

Toi qu'en secret son culte honore , Tu peux, tu peux mourir : dans la postérité Il lègue à ce qu'il aime une éternelle vie; Et l'amante et l'amant sur l'aile du génie Montent, d'un vol égal, à l'immortalité. Ah ! si mon frêle esquif, battu par la tempête. Grâce à des vents plus doux, pouvait surgir au port; Si des soleils plus beaux se levaient sur ma tête ; Si les pleurs d'une amante, attendrissant le sort, Écartaient de mon front les ombres de la mort ! Peut-être.... oui, pardonne, 6 maître de la lyre! Peut-être j'oserais, et que n'ose un amant? Égaler mon audace à l'amour qui m'inspire. Et, dans des chants rivaux célébrant mon délire, De notre amour aussi laisser un monument. Ainsi le voyageur qui, dans son court passage, Se repose un moment à l'abri du vallon , Sur l'arbre hospitalier dont il goûta l'ombrage, Avant que de partir, aime à graver son nom.

Vois-tu comme tout change ou meurt dans la nature?

La terre perd ses fruits, les forêts leur parure; Le fleuve perd son onde au vaste sein des mers ; Par un souffle des vents la prairie est fanëe; Et le char de l'automne , au penchant de l'année , Roule, déjà poussé par la main des hivers ! Comme un géant armé d'un glaive inévitable, Atteignant au hasard tous les êtres divers , Le Temps avec la Mort , d'un vol infatigable , Renouvelle en fuyant ce mobile univers ! Dans l'éternel oubli tombe ce qu'il moissonne i Tel un rapide été voit tomber sa couronne

Dans la corbeille des glaneurs.

Tel un pampre jauni voit la féconde automne Livrer ses fruits dorés au char des vendangeurs. Vous tomberez ainsi , courtes fleurs de la vie ! Jeunesse , amour , plaisir , fugitive beauté ; Reauté, présent d'un jour que le ciel nous envie, Ainsi vous tomberez , si la main du génie

Ne vous rend l'immortalité.

Vois d'un œil de pitié la vulgaire jeunesse, Rrillante de beauté , s'enivrant de plaisir : Quand elle aura tari sa coupe enchanteresse, Que restera-t-il d'elle? à peine un souvenir : Le tombeau qui l'attend l'engloutit tout entière,

4o MÉDITATIONS POÉTIQUES.

Un silence éternel succède à ses amours ; Mais les siècles auront passé sur ta poussière. Elvire., et tu vivras toujours !

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