‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 17 sur 57 · NEUVIÈME · texte numérisé non relu

NEUVIÈME

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En vain le jour succède au jour, Ils glissent sans laisser de trace; Dans mon ame rien ne t'efface, O dernier songe de l'amour !

Je vois mes rapides années S'accumuler derrière moi , Comme le chêne autour de soi Voit tomber ses feuilles fanées.

Mon front est blanchi par le temps ; Mon sang refroidi coule à peine, Semblable à cette onde qu'enchaîne Le souffle glacé des autans.

Mais ta jeune et brillante image, Que le regret vient embellir, Dans mon sein ne saurait vieillir :

Comme l'ame , elle n'a point d'âge.

Non, tu n'as pas quitté mes yeux; Et quand mon regard solitaire Cessa de te voir sur la terre , vSoudain je te vis dans les cieux.

J.à , tu m'apparais telle encore Que tu fus à ce dernier jour, Quand vers ton céleste séjour Tu t'envolas avec l'aurore.

Ta pure et touchante beauté Dans les cieux même t'a suivie ;.

Tes yeux, où s'éteignait la vie, Rayonnent d'immortalité!

Du zéphyr l'amoureuse haleine Soulève encor tes longs cheveux ; Sur ton sein leurs flots onduleux Retombent en tresses d ebène.

L'ombre de ce voile incertain Adoucit encor ton image, '

Comme l'aube qui se dégage Des derniers voiles du matin.

Du soleil la céleste flamme Avec les jours revient et fuit; Mais mon amour n'a pas de nuit, Et tu luis toujours sur mon amc.

C'est toi que j'entends, que je vois : Dans le désert , dans le nuage , L'onde réfléchit ton image :

I^e zéphyr m'apporte ta voix.

Tandis que la terre sommeille, Si j entends le vent soupirer, Je crois t'en tendre murmurer Des mots sacrés à mon oreille.

Si j'admire ces feux épars Qui des nuits parsèment le voile, Je crois te voir dans chaque étoile Qui plaît le plus à mes regards.

Et si le souffle du zépliyre M'enivre du parfum des fleurs , Dans ses plus suaves odeurs Cest ton souffle que je respire.

C'est ta main qui sèche mes pleurs , Quand je vais , triste et solitaire, Répandre en secret ma prière Près des autels consolateurs.

Quand je dors, tu veilles dans l'ombre; Tes ailes reposent sur moi ; Tous mes songes viennent de toi.

Doux, connne le rc^gaid d'une ombre.

Pendant mon sonnneil , si ta main De mes jours déliait la trame, Céleste moitié de mon ame , J'irais m'éveiller dans ton sein!

Comme deux rayons de l'aurore , Comme deux soupirs confondus , Nos deux âmes ne forment plus Qu'une ame, et je soupire encore!

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