DIXIÈME
MÉDITATIOIN.
me.
Delicta majorum iinmeritus lues.
HoRAT., od. vr, liv. iit.
Peuple ! des crimes de tes pères Le ciel , punissant tes enfans , De châtimens héréditaires Accablera leurs descendans!
8o MÉDITATIONS ^
Jusqu'à ce qu'une main propice Relève l'auguste édifice Par qui la terre touche aux cieux ; Et que le zèle et la prière Dissipent l'indigne poussière Oui couvre l'image des dieux !
Sortez de vos débris antiques , Temples que pleurait Israël; Relevez-vous, sacrés portiques, Lévites , montez à l'autel !
Aux sons des harpes de Solyme, Que la renaissante victime S'immole sous vos chastes mains , Et qu'avec les pleurs de la terre Son sang éteigne le tonnerre Qui gronde encor sur les humains'
Plein d'une superbe folie ,
Ce peuple au front audacieux
S'est dit un jour : « Dieu m'humihe ;
Soyons à nous-mêmes nos dieux.
Notre intelligence sublime
A sondé le ciel et l'abîme
Pour y cluîrcher ce grand esprit ;
Mais, ni dans les flancs de la terre, Mais , ni dans les feux de la sphère , Son nom pour nous ne fut écrit.
«Déjà nous enseignons au monde A briser le sceptre des rois ; Déjà notre audace profonde Se rit du joug usé des lois.
Secouez , malheureux esclaves , Secouez d'indignes entraves , Rentrez dans votre liberté !
Mortel! du jour oii tu respires, Ta loi , c'est ce que tu désires ; Ton devoir , c'est la volupté !
« Ta pensée a franchi l'espace , Tes calculs précèdent les temps , La foudre cède à ton audace, Les cieux roulent tes chars flottans ; Comme un feu que tout alimente.
Ta raison , sans cesse croissante , S'étendra sur l'immensité !
Et ta puissance, qu'elle assure. N'aura de terme et de mesure Que l'espace et rétcrnitc.
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«Heureux nos fils! heureux cet âge
Qui , fécondé par nos leçons ,
Viendra recueillir l'héritage
Des dogmes que nous lui laissons !
Pourquoi les jalouses années
Bornent-elles nos destinées
A de si rapides instans?
O loi trop injuste et trop dure!
Pour triompher de la nature
Que nous a-t-il manqué? le temps.»
Hé bien! le temps sur vos poussières A peine encore a fait un pas!
Sortez, 6 mânes de nos pères, Sortez de la nuit du trépas !
Venez contempler votre ouvrage!
Venez partager de cet âge La gloire et la félicité!
O race en promesses féconde , Paraissez! bienfaiteurs du monde , Voilà votre postérité!
Que vois-je? ils détournent la vue, Et, se cachant sous leurs lambeaux, I.eur foule, de honte éperdue ,
Fuit et rentre dans les tombeaux.
Non , non ; restez , ombres coupables ; Auteurs de nos jours déplorables, Restez ! ce supplice est trop doux !
Le ciel, trop lent à vous poursuivre, Devait vous condamner à vivre Dans le siècle enfanté par vous !
Oïl sont-ils ces jours où la France, A la tête des nations, Se levait comme un astre immense Inondant tout de ses rayons ?
Parmi nos siècles , siècle unique , De quel cortège magnifique La gloire composait ta cour!
Semblable au dieu qui nous éclaire.
Ta grandeur étonnait la terre , Dont tes clartés étaient l'amour !
Toujours les siècles du génie Sont donc les siècles des vertus !
Toujours les dieux de l'harmonie Pour les héros sont descendus !
Près du trône qui les inspire.
Voyez-les déposer la lyre
Dans de pures et chastes mains; Et les Racine et les Turenne Enchaîner les grâces d'Athène Au char triomphant des Romains!
Mais, 6 déclin, quel souffle avide De notre âge a séché les fleurs?
Eh quoi ! le lourd compas d'Euclide Étouffe nos arts enchanteurs!
Élans de l'ame et du génie!
Des calculs la froide manie Chez nos pères vous remplaça :
Ils posèrent sur la nature Le doigt glacé qui la mesure.
Et la nature se glaça!
Et toi , prêtresse de la terre , Vierge du Pinde ou de Sion 1 Tu fuis ce globe de matière.
Privé de ton dernier rayon 1 Ton souffle divin se retire De ces cœurs flétris cjiic la lyre N'émeut plus de ses sons touchans:
Et pour son Dieu qui le contemple, Sans toi l'univers est un temple
Qui n'a plus ni parfums ni chants!
Pleurons donc , enfans de nos pères !
Pleurons! de deuil couvrons nos fronts!
Lavons dans nos larmes amères
Tant d'irréparables affronts!
Comme les fils d'Héliodore, Rassemblons du soir à l'auroio Les débris du temple abattu ; Et sous ces cendres criminelles Cherchons encor les étincelles Du génie et de la vertu !