AU COLLÈGE DE BELLEY
Asile vertueux qui formas mon enfance A l'amour des humains, à la crainte des DieuK, Où je sauvai la fleur de ma tendre innocence, Reçois mes pleurs et mes adieux.
* Cette pièce, composée en 1809, ne peut qu'intéresser vivement les admirateurs de M. de Lamartine, comme essai précoce d'une muse qui donnait déjà la promesse si fidèlement tenue de son brillant avenir.
35o • ADIEUX
Trop tôt je t'abandonne , et ma barque légère , Ne cédant qu'à regret aux volontés du sort , Va se livrer aux flots d'une mer étrangère, Sans gouvernail et loin du bord.
G vous dont les leçons , les soins et la tendresse Guidaient mes faibles pas au sentier des vertus, Aimables sectateurs d'une aimable sagesse, Bientôt je ne vous verrai plus !
Non, vous ne pourrez plus condescendre et sourire A ces plaisirs si purs, pleins d'innocens appas; Sous le poids des chagrins si mon ame soupire. Vous ne la consolerez pas.
En butte aux passions , au fort de la tourmente , Si leur fougue un instant m'écartait de vos lois, Puisse au fond de mon cœur votre image vivante Me tenir lieu de votre voix !
Qu'elle allume en mon cœur un remords salutaire! Qu'elle fasse couler les pleurs du repentir! Et que des passions l'ivresse téméraire Se calme à votre souvenii!
AU COLLÈGE DE BELLEY. 35i
Et toi, douce Amitié, viens, reçois mon hommage; ïu m'as fait dans tes bras goûter de vrais plaisirs ; Ce dieu tendre et cruel qui m'attend au passage. Ne fait naître que des soupirs.
Ah! trop volage enfant, ne blesse point mon ame De ces traits dangereux puisés dans ton carquois ! Je veux que le devoir puisse approuver ma flamme ; Je ne veux aimer qu'une fois.
Ainsi dans la vertu ma jeunesse formée Y trouvera toujours un appui tout nouveau, Sur Tocéan du monde une route assurée.
Et son espérance au tombeau.
A son dernier soupir, mon ame défaillante Bénira les mortels qui firent mon bonheur; On entendra redire à ma bouche mourante Leurs noms si chéris de mon cœur.