‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 6 sur 57 · SUR CETTE NOUVELLE · texte numérisé non relu

SUR CETTE NOUVELLE

fîcile à trouver , et si rare, et qui prouve plus que tout le reste tant d'admiration et de lecteurs !

Ce qui est arrivé à M. de Chateaubriand ne pouvait manquer d'arriver à Lamartine : il fallait bien qu'il eût , lui aussi , son bon marché , après avoir eu, lui aussi, et comme M. de Chateaubriand, son prix excessif. Lamartine, c'est le poète des belles âmes, des nobles cœurs, des chastes passions; poète mélancolique et tendre, passionné et religieux! Il a eu des chants pour toutes nos joies , pour toutes nos tristesses, des consolations pour tous nos chagrins , des encouragemens pour toutes nos espérances; Lamartine a été pour nous, peuple découragé, un poète d'avenir; il a trouvé une langue toute nouvelle quand nous avions épuisé tous les langages, même le barbarisme. Il nous a prouvé à nous-mêmes, à nous malheureux qui en doutions, qu'on pouvait aimer, qu'on pouvait prier, qu'on pouvait souffrir encore. Lamartine a eu, avant nous et pour nous, toutes les croyances abolies, croyance à l'autel, croyance au tronc, croyance à la postérité , croyance à un monde meilleur, croyance à la gloire! Grâce à lui aussi , nous avons cru au génie. Quel poète! fécond, inépui-

sable, mélancolique, italien, français , chrétien , terrible, parlant à lord Byron face à face! Les preinières Méditations poétiques ont fait une révolution dans le monde moral , révolution salutaire et morale cette fois. Une véritable contre-révolution à l'horrible poésie du Werther et de toute l'école allemande ! révolution bienfaisante qui nous a quelque peu retrempés et rafraîchis dans une vertu que nous n'avons plus , l'espérance ! Heureuse et bienfaisante poésie ! elle a été pour nous l'oasis du désert, l'ombre et la source auprès desquelles on se repose au milieu des sables brûlans.

Depuis les premières Méditations , cette poésie a pris toutes les faces : elle s'est élevée d'une coudée aux secondes Méditations^ ce chef-d'œuvre d'un style plus arrêté et plus correct, sans avoir rien perdu de sa souplesse et de son charme; après quoi sont venues les Harmonies. Les Harmonies , ce beau rêve d'un grand génie qui se repose, qui est poète à ses heures , aux plus belles heures ! qui va , qui vient , qui chante , qui prie , mais comme on prie quand on est dans le ciel. Avant Lamartine, on avait beaucoup parlé de l'ode en France; tout le dix-septième siècle et

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