IV
D'un espoir sans limite en rêvant il s'embrase,
Des systèmes humains il élargit la base,
Il encadre au hasard, dans cette immensité,
Système, opinion, mensonge, vérité!
Puis, quand il croit avoir ouvert assez d'espace
Pour que dans son foyer l'infini se retrace ,
11 y plonge ébloui ses avides regards,
Un jour foudroyant sort de ces morceaux épars !
Mais son œil, partageant l'illusion commune.
Voit mille vérités où Dieu n'en a mis qu'une:
Ce foyer, où le tout ne peut jamais entrer,
Disperse les lueurs qu'il devait concentrer,
Comme nos vains pensers l'un l'autre se détruisent ,
Ses ravons divergens se croisent et se brisent.
L'homme brise à son tour son miroir en éclats,
Et dit, en blasphémant : Vérité, tu n'es pas!
Non , tu n'es pas en nous I tu n'es que dans nos songes Le fantôme changeant de nos propres mensonges ! I^ reflet fugitif de quelque astre lointain. Que l'homme croit saisir et ([ui fond sous sa main !
L'écho vide et moqueur des mille voix de l'homme, Qui nous répond toujours par le mot qu'on te nomme ! Ta poursuite insensée est sa dernière erreur! Mais ce vain désir même a tari dans mon cœur, Je ne cherche plus rien à tes clartés funèhres, Je m'abandonne en paix à ces flots de ténèbres. Comme le nautonnier , quand le pôle est perdu , Quand sur l'étoile même un voile est étendu , Laissant flotter la barre au gré des vagues sombres , Croise les bras et siffle , et se résigne aux ombres , Sûr de trouver partout la ruine et la mort. Indifférent au moins par quel vent, sur quel bord!
Ah! si vous paraissiez sans ombre et sans emblème. Source de la lumière et toi lumière même , Ame de l'infini , qui resplendit de toi ! Si, frappés seulement d'un rayon de ta foi. Nous te réfléchissions dans notre intelligence, Gomme une mer obscure où nage un disque immense ^ Tout s'évanouirait devant ce pur soleil , Comme l'ombre au matin, comme un songe au réveil ;
8/i HARMONIES POÉTIQUES
Tout s'évaporerait sous le rayon de flamme,
La matière, et l'esprit, et les formes, et l'anie,
Tout serait pour nos yeux à ta pure clarté
Ce qu'est la pâle image à la réalité !
La vie, à ton aspect, ne serait plus la vie.
Elle s'élèverait triomphante et ravie,
Ou, si ta volonté comprimait son transport.
Elle ne serait plus qu'une éternelle mort !
Malgré le voile épais qui te cache à ma vue.
Voilà , voilà mon mal ! c'est ta soif qui me tue !
Mon ame n'est vers loi qu'un éternel soupir,
Une veille, que rien ne peut plus assoupir;
Je meurs de ne pouvoir nommer ce que j'adore ,
Et si tu m'apparaisl tu vois, je meurs encore!
Et de mon impuissance à la fin convaincu , Me voilà! demandant si j'ai jamais vécu, Touchant au terme obscur de mes courtes années Comptant mes pas perdus et mes heures sonnées, Aussi surpris de vivre, aussi vide, aussi nu, Que le jour où l'on dit : Un enfant m'est venu !
Prêt à rentrer sous l'herlje, à tarir, à me taire, Comme le filet d'eau qui, surgi de la terre, Y rentre de nouveau par la terre englouti A quelques pas du sol dont il était sorti ! Seulement , cette eau fuit sans savoir qu'elle coule ; Ce sable ne sait pas où la vague le roule ; Ils n'ont ni sentiment, ni murmure, ni pleurs. Et moi , je vis assez pour sentir que je meurs ! Mourir! ah! ce seul mot fait horreur de la vie! L'éternité vaut-elle une heure d'agonie?
La douleur nous précède, et nous enfante au jour, La douleur à la mort nous enfante à son tour! Je ne mesure plus le temps qu'elle me laisse. Comme je mesurais, dans ma verte jeunesse. En ajoutant aux jours de longs jours à venir, Mais, en les retranchant de mon court avenir, Je dis ; Un jour de plus, un jour de moins; l'aurore Me retranche un de ceux qui me restaient encore; Je ne les attends plus, comme dans mon matin. Pleins, brillans, et dorés des rayons du lointain , Mais ternes , mais pâlis , décolorés et vides Comme une urne fêlée et dont les flancs arides Laissent fuir l'eau du ciel que l'homme y cherche en vai n, Passé sanis souvenir , présent sans lendemain ,
Et je sais que le jour est semblable à la veille, Et le matin n'a plus de voix qui me réveille, Et j'envie au tombeau le long sommeil (juil dort, Et mon ame est déjà triste comme la mort'
Triste conmie a mort? Et la mort souftre-t-ellc ?
Ee néant se j)laint-il à la nuit éternelle?
Ah! plus triste cent fois que cet heureux néant
Qui n'a point à mourir et ne meurt pas vivant!
Mon ame est une mort (jui se sent et se souffre;
Immortelle agonie! abime, immense gouffre,
Où la pensée en vain cherchant à s'engloutir
En se précipitant ne peut s'anéantir!
Un songe sans réveil! une nuit sans aurore,
Un feu sans aliment qui brûle et se dévore!...
Une cendre brûlante où rien n'est allumé,
Mais où tout ce qu'on jette est soudain consumé;
Un délire sans terme, une angoisse éternelle!
Mon ame avec effroi regarde derrière elle
Et \oit son peu de jours, passés, et déjà froids
("-omjuc la feuille sèche autour du tronc des bois;
ET RELIGIEUSES. Sy
Je regarde en avant et je ne vois ((uo doute Et ténèbres, couvrant le terme de la route ! Mon être à chaque souffle exhale un peu de soi, C'était moi qui souffrais, ce n'est déjà plus inoi ! Chaque parole emporte un lambeau de ma vi(> ; L'homme ainsi s'évapore et passe; et quand j'appuie Sur l'instabilité de cet être fuyant, A ses tortures près tout semblable au néant , Sur ce moi fugitif insoluble problème Qui ne se connaît pas et doute de soi-même. Insecte d'un soleil par un rayon produit, Qui regarde une aurore et rentre dans sa nuit. Et que sentant en moi la stérile puissance D'embrasser l'infini dans mon intelligence, J'ouvre un regard de Dieu sur la nature et moi , Que je demande à tout : Pourquoi ? pourquoi ? pourquoi? Et que pour seul éclair, et pour seule réponse Dans mon second néant je sens que je m'enfonce , Que je m'évanouis en regrets superflus, Qu'encore une demande et je ne serai plus! ! ! Alors j« suis tenté de prendre l'existence Pour un sarcasme amer d'une aveugle puissance , De lui parler sa langue! et semblable au mourant Qui trompe l'agonie et rit en expirant,
n'abiiiKT nia raison dans un dernier délire Et de finir aussi par un éelat de rire'
Ou de dire : Vivons! et dans la volupté
Noyons ce peu d'instans au néant disputé !
Le soir vient! dérobons quelques heures encore
Au temps qui nous les jette et qui nous les dévore;
Enivrons-nous du moins de ce poison humain
Que la mort nous présente eu nous cachant sa main !
Jusqu'aux bords de la tombe il croît encor des roses ,
De naissantes beautés pour le désir écloses,
Dont le cœur feint l'amour, dont l'œil sait l'imiter,
Et que l'orgueil ou l'or font encor palpiter !
Plongeons-nous tout entiers dans ces mers de délices;
Puis, au premier dégoût trouvé dans ces calices,
Avant l'heure oii les sens de l'ivresse lassés
Font monter l'amertume et disent : C'est assez!
Voilà la coupe pleine oîi de son ambroisie
Sous les traits du sommed la mort éteint la vie!
Huvons; voilà 1e flot qui no fora qu'un pli
Kl nous l'ocouvrira d'un elornol oubli,
Glissons-y j dérobons sa proie à l'existence ! A la mort sa douleur, au destin sa vengeance , Ces langueurs que la vie au fond laisse croupir, Et jusqu'au sentiment de son dernier soupir; Et fût-il un réveil même à ce dernier somme, Défions le destin de faire pis qu'un homme!
Mais cette lâche idée où je m'appuie en vain ,
N'est qu'un roseau pliant qui fléchit sous ma main !
Elle éclaire un moment le fond du précipice,
Mais comme l'incendie éclaire l'édifice,
Comme le feu du ciel dans le nuage errant
Éclaire l'horizon , mais en le déchirant !
Ou comme la lueur lugubre et solitaire
De la lampe des morts qui veille sous la terre,
Eclaire le cadavre aride et desséché
Et le ver du sépulcre à sa proie attaché.
Non ! dans ce noir chaos, dans ce vide sans terme. Mon ame sent en elle un point d'appui plus ferme.
La conscience! instinct d'une autre vérité, Qui guide par sa force et non par sa clarté, Comme on guide l'aveiigh; en sa sombre carrière. Par la voix, par la main, et non par la lumière. Noble instinct ! conscience ! 6 vérité du cœur ! D'un astre encor voilé prophétique chaleur ! Tu m'annonces toi seule eu tes mille langages Quelque chose qui luit derrière ces nuages! Dans quelque obscurité que tu plonges mes pas, Même au fond de ma nuit tu ne t'égares pas ! Quand ma raison s'éteint ton flambeau luit encore Tu dis ce qu'elle tait; tu sais ce qu'elle ignore; Quand je n'espère plus, l'espérance est ta voix; Quand je ne crois plus rien , tu parles et je crois !
Et ma main hardiment brise et jette loin trelle La coupe des plaisirs, et la coupe mortelle; Et mon ame qui veut vivre et souffrir encor, Reprend vers la lumière un généreux essor, Et se fait dans l'abîme oii la douleur la noie De l'excès de sa peine une secrète joie;
ET RETJGIEUSES. 91
Comme le voyageur parti dès le matin ,
Qui ne voit pas encor le terme du chemin ,
Trouve le ciel brûlant, le jour long, le sol rude,
Mais fier de ses sueurs et de sa lassitude ,
Dit en voyant grandir les ombres des cyprès :
J'ai marché si long-temps ({ue je dois être près !
A ce risque fatal , je vis, je me confie;
Et dût ce noble instinct, sublime duperie,
Sacrifier en vain l'existence à la mort,
J'aime à jouer ainsi mon ame avec le sort!
A dire , en répandant au seuil d'un autre monde
Mon cœur comme un parfum et mes jours comme une onile ;
Voyons si la vertu n'est qu'une sainte erreur ,
L'espérance un dé faux qui trompe la douleur,
Et si , dans cette lutte où son regard m'anime ,
Le Dieu serait ingrat quand l'honmie est magnanime*
Alors, semblable à l'ange envoyé du Très-Haut Qui vint sur son fumier prendre Job en défaut. Et (jui , trouvant son cœur plus fort que ses murmures , Versa l'huile du ciel sur ses mille blessures;
Le souvenir de Dieu descend, et vient à moi,
Murmure à mon oreille, et me dit : Lève-toi !
Et ravissant mon ame à son lit de souffrance.
Sous les regards de Dieu l'emporte et la balance;
Et je vois 1 infini poindre et se réfléchir
Jusqu'aux mers de soleils que la nuit fait blanchir;
Il répand ses rayons et voila la nature ;
Les concentre, et c'est Dieu; lui seul est sa mesure,
Il puise sans compter les êtres et les jours
Dans un être et des temps qui débordent toujours ;
Puis les rappelle à soi comme une mer immense
Qui retire sa vague et de nouveau la lance ,
Et la vie et la mort sont sans cesse et sans fin
Ce flux et ce reflux de l'océan divin !
Leur grandeur est égale et n'est pas mesurée
Par leur vile matière ou leur courte durée;
Un monde est un atome à son immensité.
Un moment est un siècle à son éternité ,
Et je suis, moi, poussière à ses pieds dispersée
Autant que les soleils , car je suis sa pensée !
Et chacun d'eux reçoit la loi qu'il lui prescrit,
La matière en matière et l'esprit en esprit !
Graviter est la loi de ces globes de flamme;
Souffrii- poui- expier est le destin de l'ame;
Et je combats en vain l'arrêt mystérieux ,
Et la vie et la mort, tout l'annonce à mes yeux.
L'une et l'autre ne sont qu'un divin sacrifice;
Le monde a pour salut l'instrument d'un supplice;
Sur ce rocher sanglant oîi l'arbre en fut planté
Les temps ont vu mûrir le fruit de vérité ,
Et quand l'homme modèle et le Dieu du mystère,
Après avoir parlé , voulut quitter la terre ,
Il ne couronna pas son front pâle et souffrant
Des roses que Platon respirait en mourant ;
Il ne fit point descendre une échelle de flamme
Pour monter triomphant par les degrés de l'ame !
Son échelle céleste, à lui, fut une croix.
Et son dernier soupir, et sa dernière voix
Une plainte à son Père, un pourquoi sans réponse,
Tout semblable à celui que ma bouche prononce!....
Car il ne lui restait que le doute h. souffrir,
Cette mort de l'esprit qui doit aussi mourir!...
Ou bien de ces hauteurs rappelant ma pensée , Ma mémoire ranime une trace effacée,
9^4 TIARMOTSTES POÉTIQUES
Et (le mon cœur trompe rapprochant le lointain, A mes soirs pâlissans rend l'éclat du matin , Et de ceux que j'aimais l'image évanouie Se lève dans mon ame; et je revis ma vie!
Un jour, c'était aux bords oii les mers du midi Arrosent l'aloès de leur flot attiédi , Au pied du mont brûlant dont la cendre féconde Des doux vallons d'Enna fait le jardin du monde; C'était aux premiers jours de mon précoce été. Quand le cœur porte en soi son immortalité, Quand nulle feuille encor par Torage jaunie N'a tombé sous nos pas de l'arbre de la vie , Quand chaque battement qui soulève le cœur Est un immense élan vers un vague bonheur , Que l'air dans notre sein n'a pas assez de place , IjC jour assez de feux, le ciel assez d'espace, Et que le cœur plus fort que ses émotions Respire hardiment le vent des passions, (yomme au réveil des flots la voile du navire
Appelle l'ouragan, palpite, et le respire! Et je ne connaissais de ce monde enchante Que le cœur d'une mère et l'œil d'une beauté ; Et j'aimais; et l'amour, sans consumer mon ame, Dans une ame de feu réfléchissait sa flamme, Gomme ce mont brûlant que nous voyons fumer Embrasait cette mer, mais sans la consumer! Et notre amour était beau comme l'espérance. Long comme l'avenir, pur comme Tinnocence.
Et son nom? — Eh! qu'importe un nom! Elle n'est plus Qu'un souvenir planant dans un lointain confus, Dans les plis de mon cœur une image cachée. Ou dans mon œil aride une larme séchée !
Et nous étions assis à l'heure du réveil. Elle et moi, seuls, devant la mer et le soleil. Sur les pieds tortueux des châtaigniers sauvages Qui couronnent TEtna de leurs derniers feuillages; Et le jour se levait aussi dans notre cœur,
q6 harmonies poétiques
Long, serein, rayonnant, tout lumière et chaleur; Jjes brises qui du pin touchaient les larges faîtes , Y prenaient une voix et chantaient sur nos têtes , Par l'aurore attiédis les purs souffles des airs En vagues de parfum montaient du lit des mers, Et jusqu'à ces hauteurs apportaient par bouffées Des flots sur les rochers les clameurs étouffées , Des chants confus d'oiseaux, et des roucoulemens. Des cliquetis d'insecte ou des bourdonncmens , Mille bruits dont partout la solitude est pleine, Que l'oreille retrouve et perd à chaque haleine , Témoignages de vie et de félicité , Qui disaient : Tout est vie, amour et volupté! Et je n'entendais rien que ma voix et la sienne, La sienne, écho vivant qui renvoyait la mienne; Et ces deux voix d'accord , vibrant à l'unisson , Se confondaient en une et ne formaient qu'un son !
Et nos yeux descendaient d'étages en étages. Des rochers aux forêts, des forêts aux rivages, Du rivage .-i la mer. dont l'écume d'abord
D'une frange ondoyante y dessinait le bord , Puis, étendant sans fin son bleu semé de voiles, Semblait un second ciel tout blanchissant d'étoiles; Et les vaisseaux allaient et venaient sur les eaux , Rasant le flot de l'aile ainsi que des oiseaux, Et quelques-uns, glissant le long des hautes plages, Mêlaient leurs mats trerablans aux arbres des rivages . Et jusqu'à ces sommets on entendait monter Les voix des matelots que le flot fait chanter ! Et l'horizon noyé dans des vapeurs vermeilles S'y perdait; et mes yeux plongés dans ces merveilles, S'égarant jusqu'aux bords de ce miroir si pur, Remontaient dans le ciel de l'azur à l'azur, Puis venaient, éblouis, se reposer encore Dans un regard plus doux que la mer et l'aurore , Dans les yeux enivrés d'un être ombre du mien , Où mon délire encor se redoublait du sien! Et nous étions en paix avec cette nature. Et nous aimions ces prés , ce ciel , ce doux murmure , Ces arbres, ces rochers, ces astres, cette mer; Et toute notre vie était un seul aimer ! Et notre ame, limpide et cahne comme l'onde, Dans la joie et la paix réfléchissait le monde; Et les traits concentrés dans ce brillant milieu IV. y
Y formaient une image, et l'image était... Dieul
Et cette idée, ainsi dans nos cœurs imprimée,
N'en jaillissait point tiède, inerte, inanimée,
Comme l'orbe éclatant du céleste soleil.
Qui flotte terne et froid dans l'océan vermeil.
Mais vivante , et brûlante , et consumant notre ame ,
Comme sort du bûcher une odorante flamme !
Et nos cœurs embrasés, en soupirs s'exlialaient ,
Et nous voulions lui dire... et nos cœurs seuls parlaient;
Et qui m'eût dit alors qu'un jour la grande image
De ce Dieu pâlirait sous l'ombre du nuage,
Qu'il faudrait le chercher en moi , comme aujourd'hui ,
Et que le désespoir pouvait douter de lui?
J'aurais ri dans mon cœur de ma crainte insensée,
Ou j'aurais eu pitié de ma propre pensée !
Et les jours ont passé courts comme le bonheur,
Et les ans ont brisé l'image dans mon cœur,
Tout s'est évanoui!... mais le souvenir reste
De l'apparition matinale et céleste ,
Et comme ces mortels des temps mystérieux
Que visitaient jadis des envovés des cieux.
Quand leurs yeux avaient vu la divine lumière
S'attendaient à la mort et fermaient leur paupière
Au ravon pâlissant, de mon soir obscurci,
Je (lis : J'ai vu mon Dieu ; je puis mourir aussi ! Mais celui dont la vie et l'amour sont l'ouvrage N'a pas fait le miroir pour y briser l'image!
Et sûr de l'avenir, je remonte au passé;
Quel est sur ce coteau du matin caressé ,
Aux bords de ces flots bleus qu'un jour du matin dore ,
Ce toit champêtre et seul d'où rejaillit l'aurore?
La fleur du citronnier l'embaume, et le cyprès
Ij'enveloppe au couchant d'un rempart sombre et frais ,
Et la vigne y couvrant de blanches colonnades ,
Court en festons joyeux d'arcades en arcades!
La colombe au col noir roucoule sur les toits,
Et sur les flots dormans se répand une voix.
Une voix qui cadence une langue divine,
Et d'un accent si doux que l'amour s'y devine.
Le portique au soleil est ouvert ; une enfant
Au front pur, aux yeux bleus, y guide en triomphant
Un lévrier folâtre aussi blanc que la neige,
Dont le regard aimant la flatte et la protège;
De la plage voisine ils prennent k- sentier
loo HARMONIES POÉTIQUES.
Qui serpente à travers le myrte et l'ciglantier; Une barque non loin, vide et légère encore, Ouvre déjà sa voile aux brises de l'aurore, Et berçant sur leurs bancs les oisifs matelots , Semble attendre son maître, et bondit sur les flots !