‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 19 sur 60 · IV · texte numérisé non relu

IV

i3o HARMONIES POÉTIQUES

Et, sans se retourner, va chercher la patrie Où le désert cache ses eaux.

Que lui fait qu'au couchant le vent de feu se lève, Et, comme im océan qui laboure la grève. Comble derrière lui l'ornière de ses pas > Suspende la montagne où courait la vallée Ou sème en flots durcis la dune amoncelée? Il marche, et ne repasse pas.

Mais vous, peuples assis de l'Occident stupide. Hommes pétrifiés dans votre orgueil timide, Partout où le hasard sème vos tourbillons Vous germez comme un gland sur vos sombres collines, Vous poussez dans le roc vos stériles racines , Vous végétez sur vos sillons !

Vous taillez le granit, vous entassez les briques, Vous fondez tours, cités, trônes ou républiques; Vous appelez le Temps qui ne répond qu'à Dieu ; Et, comme si des jours ce Dieu vous eût fait maître?

ET RELIGIEUSES. i3i

Vous dites à la race humaine encore à naître : Vis, meurs, immuable en ce lieu!

Recrépis le vieux mur écroulé sur ta race. Garde que de tes pieds l'empreinte ne s'efface , Passe à d'autres le joug que d'autres t'ont jeté' Sitôt qu'un passé mort te retire son ombre , Dis que le doigt de Dieu se sèche, et que le nombre Des jours, des soleils est compté!

En vain la Mort vous suit et décime sa proie , En vain le Temps qui rit de vos Babels , les broie , Sous son pas éternel insectes endormis ! En vain ce laboureur irrité les renverse. Ou secouant le pied les sème et les disperse Comme des palais de fourmis !

Vous les rebâtissez toujours, toujours de même, Toujours dans votre esprit vous lancez anathème A qui les touchera dans la postérité ! Et toujours en traçant ces précaires demeures,

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Hommes aux mains déneige et qui fondez aux heures, Vous parlez d'immortalité!

Et qu'un siècle chancelle, ou qu'une pierre tombe, Que Socrate vous jette un secret de sa tombe. Que le Christ lègue au monde un ciel dans son adieu ! Vous vengez par le fer le mensonge qui règne. Et chaque vérité nouvelle ici-bas saigne Du sang d'un prophète ou d'un Dieu !

De vos yeux assoupis vous aimez les écailles. Semblables au guerrier armé pour les batailles Mais qui doit enivré de ses songes épais, Si quelque voix soudaine éclate à votre oreille , Vous frappez, vous tuez celui qui vous réveille, Car vous voulez dormir en paix!

Mais ce n'est pas ainsi que le Dieu qui vous somme Entend la destinée et les phases de l'homme. Ce n'est pas le chemin que son doigt vous écrit ! En vain le cœur vous manque et votre pied se lasse.

ET RELIGIEUSES. i33

Dans l'œuvre du Très-Haut le repos n'a pas place; Son esprit n'est pas votre esprit !

Marche! sa voix le dit à la nature entière; Ce n'est pas pour croupir sur ses champs de lumière Que le soleil s'allume et s'éteint dans ses mains! Dans cette œuvre de vie où son ame palpite, Tout respire, tout croît, tout grandit, tout gravite. Les cieux, les astres, les humains!

L'œuvre toujours finie et toujours commencée Manifeste à jamais l'éternelle pensée, Chaque halte pour Dieu n'est qu'un point de départ! Gravissant l'infini qui toujours le domine, Plus il s'élève et plus la volonté divine S'élargit avec son regard !

Il ne s'arrête pas pour mesurer l'espace, Son pied ne revient pas sur sa brûlante trace , Il ne revoit jamais ce qu'il vit en créant; Semblable au faible enfant qui lit et balbutie,

t34 harmonies poétiques

Il ne dit pas deux fois la parole de vie; Son Verbe court sur le néant 1

Il court, et la Nature à ce Verbe qui vole J^e suit en chancelant de parole en parole, Jamais, jamais demain ce qu'elle est aujourd'hui Et la création toujours, toujours nouvelle Monte éternellement la symbolique échelle Que Jacob rêva devant lui 1

Et rien ne redescend à sa forme première; Ce qui fut glace et nuit devient flamme et lumière; Dans les flancs du rocher le métal devient or; En perle au fond des mers le lit des flots se change; L'éther en s'allumant devient astre, et la fange Devient homme et fermente encor!

Puis uîi souffle d'en haut se lève, et toute chose Change, tombe, périt, fuit, meurt, se décompose, (^omnir au coup de sifflet des décorations; Jéhova d'im regard lève cl brise sa tente.

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Et le& camps des soleils suspendent dans l'attente Leurs saintes évolutions!

Les globes calcinés volent en étincelles , Les étoiles des nuits éteignent leurs prunelles , La comète s'échappe et brise ses essieux , Elle lance en éclats la machine céleste, Et de mille univers en un souffle il ne reste Qu'un charbon fumant dans les cieux !

Et vous! qui ne pouvez défendre un pied de grève, Dérober une feuille au souffle qui l'enlève, Prolonger d'un rayon ces orbres éclatans , Ni dans son sablier qui coule intarissable , Ralentir d'un moment, d'un jour, d'un grain de sable La chute éternelle du temps !

Sous vos pieds chancelans si quelque caillou roule, Si quelque peuple meurt, si quelque trône croule. Si l'aile d'un vieux siècle emporte ses débris , Si de votre alphabet quelque lettre s'efface.

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Si (l'un insecte à l'autre un brin de paille passe, Le ciel s'ébranle de vos crisi^

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