‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 20 sur 60 · JI · texte numérisé non relu

JI

Regardez donc, race insensée, Les pas des générations !

Toute la route n'est tracée Que des débris des nations !

Trônes, autels, temples, portiques, Peuples, royaumes, républiques.

Sont la poussière du chemin , Et l'Histoire , écho de la tombe , N'est que le bruit de ce qui tombe Sur la route du genre humain !

Plus vous descendez dans les âges, Plus ce bruit s'élève en croissant.

Comme en approchant des rivages Que bat le flot retentissant ; Voyez passer l'esprit de l'homme,

ET RELIGIEUSES. liy

De Thèbe et de Mempliis à Rome, Voyageur terrible en tout lieu , Partout brisant ce qu'il élève , Partout de la torche ou du glaive Faisant place à l'esprit de Dieu !

Il passe au milieu des tempêtes

Par les foudres du Sinaï ,

Par la verge de ses prophètes,

Par les temples d'Adonaï !

Foulant ses jougs, brisant ses maîtres,

Il change ses rois pour ses prêtres,

Change ses prêtres pour des rois;

Puis , broyant palais , tabernacles ,

Il sème ces débris d'oracles

Avec les débris de ses lois !

Déployant ses ailes rapides ,

Il plonge au désert de Memnon ,

Le voilà sous les Pyramides ,

Le voici sur le Parthénon !

lia, cachant aux regards de l'homme

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T^es fondemens du pouvoir, comme Ceux d'un temple mystérieux !

Là, jetant au vent populaire.

Comme le grain criblé sur l'aire, Les lois , les dogmes et les dieux !

Las de cet assaut de parole , Il guide Alexandre au combat ; L'aigle sanglant du Gapitole Sur le monde à son doigt s'abat; L'univers n'est plus qu'un empire ; Mais déjà l'esprit se retire, Et les peuples poussant un cri , Comme un avide essaim d'esclaves Dont on a brisé les entraves , Se sauvent avec un débri !

Levez-vous , Gaule et Germanie ,

L'iieure de la vengeance est là !

Des ruines c'est le génie

Qui prend les rênes d'Attila !

Lois, Forum, dieux, faisceaux, tout croule,

ET RELIGIEUSES. tSq

Dans l'ornière de sang tout roule.

Tout s'éteint, tout fume; il fait nuit. Il fait nuit, pour que l'ombre encore Fasse mieux éclater l'aurore Du jour* où son doigt vous conduit'

L'homme se tourne à cette flamme Et revit en la regardant , Charlemagne en fait la grande ame Dont il anime l'Occident; 11 meurt; son colosse d'empire En lambeaux vivans se déchire Comme un vaste et pesant manteau Fait pour les robustes épaules Qui portaient le Rhin et les Gaules; Et l'esprit reprend son marteau !

De ces nations mutilées

Cent peuples naissent sous ses pas,

Le christianisme.

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Races barbares et mêlées Que leur mère ne connaît pas ; Les uns indomptés et farouches , Les autres rongeant dans leurs bouches Les mors des tyrans ou des dieux , Mais l'esprit par diverses routes A son tour leur assigne à toutes Un rendez-vous mystérieux.

Pour les pousser oii Dieu les mène , L'esprit humain prend cent détours, Et revêt chaque forme hmnaine Selon les hommes et les jours.

Ici , conquérant , il balaie Les vieux peuples comme l'ivï'aie ; Là, subhme navigateur, L'instinct d'une immense conquête Lui fait chercher dans la tempête Un monde à travers l'équateur !

Tantôt i\ coule la pensée

En bronze palpable et vivant ,

ET RELIGIEUSES. i/ji

Et la parole retracée

Court et brise coiume le vent;

Tantôt, pour mettre un siècle en poudre,

Il éclate comme la foudre

Dans un mot de feu , Liberté !

Puis, dégoûté de son ouvrage,

D'un mot qui tonne davantage.

Il réveille l'humanité !

Et tout se fond , croule ou chancelé , Et comme un flot du flot chassé , Le temps sur le temps s'amoncèle, Et le présent sur le passée.

Et sur ce sable où tout s'enfonce, Quoi donc, ô mortels! vous annonce L'immuable que vous cherchez ?

Je ne vois que poussière et lutte.

Je n'entends que l'immense chute Du temps qui tombe et dit : Marchez !

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Marchez! l'humanité ne vit pas d'une idée! Elle éteint chaque soir celle qui l'a guidée, Elle en allume une autre à l'immortel flambeau ; Comme ces morts vêtus de leur parure immonde. Les générations emportent de ce monde Leurs vêtemens dans le tombeau î

Là c'est leurs dieux ; ici les mœurs de leurs ancêtres , Le glaive des tyrans, l'amulette des prêtres, Vieux lambeaux , vils haillons de cultes ou de lois ; Et quand après mille ans dans leurs caveaux ou fouille On est surpris de voir la risible dépouille De ce qui fut l'homme autrefois!

Robes, toges, turbans, tunique, pourpre, bure, Sceptres , glaives , faisceaux , hache , houlette , armure , Symboles vermoulus fondent sous votre main.

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Tour à tour au plus fort , au plus fourbe , au plus digne. Et vous vous demandez vainement sous quel signe Monte ou baisse le genre humain?

Sous le vôtre , 6 Chrétiens ! l'homme en qui Dieu travaille Change éternellement de formes et de taille ; Géant de l'avenir à grandir destiné, Il use en vieillissant ses vieux vêtemens; comme Des membres élargis font éclater siu* l'homme Les langes où l'enfant est né !

L'humanité n'est pas le bœuf à courte haleine , Qui creuse à pas égaux son sillon dans la plaine, Et revient ruminer sur un sillon pareil; C'est l'aigle rajeuni qui change son plumage, Et qui monte affronter de nuage en nuage De plus hauts rayons du soleil !

Enfans de six mille ans qu'un peu de bruit étonne, Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui tonne, D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en va!

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Que vous font les débris qui jonchent la carrière? Regardez en avant et non pas en arrière, IjC courant roule à Jéhova '

Que dans vos cœurs étroits vos espérances vagues Ne croulent pas sans cesse avec toutes les vagues ! Ces flots vous porteront, hommes de peu de foi! Qu'importent bruit et vent , poussière et décadence ? Pourvu qu'au-dessus d'eux la haute Providence Déroule l'éternelle loi ?

Vos siècles page à page épellent l'Évangile ! Vous n'y lisiez qu'un mot et vous en lirez mille! Vos enfans plus hardis y liront plus avant! Ce livre est comme ceux des sibylles antiques Dont l'augure trouvait les feuillets prophétiques Siècle à siècle arrachés au vent.

Dan$ la foudre et l'éclair votre Verbe aussi vole ! Montez à sa lueur, courez à sa parole, Attendez sans effroi l'heure lente à venir!

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Vous! enfans de celui qui l'annonçant d'avance Du sommet d'une croix vit briller l'espérance Sur l'horizon de l'avenir!

Cet oracle sanglant chaque jour se révèle; L'esprit en renversant élève et renouvelle ; Passagers ballottés dans vos siècles flottans ! Vous croyez reculer sur l'océan des âges , Et vous vous remontrez après mille naufrages Plus loin sur la route des temps !

Ainsi quand le vaisseau qui vogue entre deux mondes A perdu tout rivage et ne voit que les ondes S'élever et crouler comme deux sombres murs , Quand le maître a brouillé les nœuds nombreux qu'il file, Sur la plaine sans borne il se croit immobile Entre deux abîmes obscurs.

C'est toujours , se dit-il , dans son cœur plein de doute , Même onde que je vois, même bruit que j'écoute, Le flot que j'ai franchi revient pour me bercer,

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