L ARCHEVEQUE
Qu'a-t-il fait pour ce nom :'
LE ROI
Demandez à Cadix!
l'archevêque.
Il suffît : ces témoins répondent de ta vie ! Tout siècle les verrait avec un œil d'envie. Charles! réjouis-toi! Lequel de tes aïeux A pu citer jamais des noms plus glorieux?
Mais, silence! Le Roi , le front contre la pierre, Murmure à demi-voix sa touchante prière , Et ses vœux , en soupirs de son cœur échappés , S'exhalent lentement à mots entrecoupés :
Dieîi des astres , Dieu des armées !
Dieu qui conduis de l'œil les sphères enflammées!
Dieu des empires , Roi des Rois !
Au bruit d'un peuple entier qui pousse un cri de fête. Du bronze et de l'airain qui grondent sur ma tête,
Voici l'heure ! écoute ma voix !
Errant sans trône et sans patrie, Triste objet de pitié comme autrefois d'envie,
J'ai mangé le pain de douleur; Et d'exil en exil traînant mon titre illustre. Je n'avais à montrer, pour conserver son lustre,
Que la majesté du malheur!
Adorant tes rigueurs divines,
Dans les murs d'Edimbourg j'habitai ces ruines
Pleines du destin des Stuarts !
Ces palais écroulés, ces tours d'herbes couvertes, Et ces portes sans garde et ces salles désertes
Sympathisaient à mes regards !
Là, victime du rang suprême.
Une Reine voyait son sacré diadème
Jouet de l'amour et du sort; Et, du haut de ces tours où triomphaient ses charmes En regardant la mer, implorait par ses larmes
L'obscurité de l'autre bord !
Que de fois sous le dôme sombre Où je cherchais sa trace, hélas! je vis cette ombre
Mêler ses soupirs à ma voix !
Et m'apprendre en pleurant sur quelle onde incertaine Le vent capricieux de la fortune humaine
Fait flotter le destin des Rois !
Victime, pleurant des victimes,
Trop connu du malheur, de ces leçons sublimes,
Hélas! je n'avais pas besoin!
Quel siècle fut jamais plus fertile en ruines? Mon Dieu! pour contempler tes justices divines,
Fallait-il regarder si loin?
N'ai-je pas vu ce diadème, Par le glaive arraché de la tête suprême, Rouler dans la poussière aux pieds des factions? De la poudre des camps relevé par la gloire ; Joué, gagné, perdu, ravi par la victoire.
Passer avec les Nations?
Hélas! sur ce sable où nous sommes, Quand tout mugit encor de ces tempêtes d'hommes , Qui pourrait envier ce sceptre des humains? C'est la foudre du ciel que porte un bras timide ! Qui toucherait sans crainte à cette arme perfide
Prête d'éclater dans nos mains?
Par un ciel d'exil profanées.
VEILLE DES ARMES. 17 r
L'infortune a doublé ie poids de mes journées;
Je descends la pente des ans ; A peine si mon front que leur souffle moissonne Portera sans fléchir le poids de la couronne
Qui va parer ces cheveux blancs !
La tombe avertit ma paupière; L'espoir à son aspect retournant en arrière
Ferme l'avenir devant moi î Je mourrai; de la mort l'égalité fatale Mêlera quelque jour à la cendre banale
La poussière qui fut un Roi !
Mais ma faiblesse en vain murmure; Le cri d'un peuple entier, l'ordre de la nature ,
Du ciel sont l'arrêt souverain !
Hélas! il faut régner! Régner? quel mot suprême! Etre ici-bas ton ombre? ô mon Dieu! viens toi-même
Tenir le sceptre dans ma main !
Que l'onction qu'on va répandre
Me donne la vertu de craindre et de défendre
Ce trône où je suis condamné !
Et que l'huile sacrée, en coulant sur ma tête, Me prépare au combat que cette heure m'apprête ,
Comme un athlète couronné.
Que jamais mon œil ne sommeille !
Que tes Anges, Seigneur, portent à mon oreille
Ces soupirs, les remords des Rois!
Que mon nom luise égal sur mes vastes provinces! Que le denier du pauvre et le trésor des princes
Y soient pesés du même poids !
Que s' élevant en ma présence , Les cris de l'opprimé , les pleurs de l'innocence M'apportent les besoins du dernier des mortels! Que l'orphelin tremblant, que la veuve qui pleure Près de mon trône admis, l'embrassent à toute heure
Comme les marches des autels!
Aux conquérans livre la gloire !
VEILLE DES ARMES. ^n■^
Qu'aux cœurs de mes sujets ma paisible mémoire
Ne soit qu'un tendre souvenir!
Que mes fastes heureux n'aient qu'une seule page, Que la borne posée à mon noble héritage
Passe immobile à l'avenir!
De ma race auguste Patrone , Toi qui pour les Français effeuillant ta couronne,
A leurs drapeaux prêtas tes lis!
Etoile du bonheur, sois l'astre de la France, Et conserve à jamais ta bénigne influence
Aux premiers soldats de ton Fils!
La première lueur de la naissante aurore,
A travers les vitraux oii le jour se colore.
Comme l'aube obscurcit les étoiles des nuits.
Fait pâlir de la nef les feux évanouis ,
Et la double clarté qui se combat dans l'ombre
Se mêle, en s'avançant, sous la voiite moins sombre.
A ce jour progressif, dt; ces dômes sacrés
L'œil suit dans le lointain les contours éclairés, Et de la basilique embrassant l'étendue, Découvre à ses arceaux la foule suspendue : Les tribunes , longeant les courbes des piliers , Croisent dans tous les sens leurs immenses sentiers : Sous leur poids orageux le cintre ébranlé gronde; Un long torrent de peuple à grands flots les inonde , En déborde, et couvrant les arcs, les monumens, Des dômes découpés les hauts entablemens, Aux voûtes de la nef se suspend en arcades, S'enlace comme un lierre aux fûts des colonnades, Du parvis à la frise et d'arceaux en arceaux , Se déroule en guirlande ou se groupe en faisceaux, Et du pilier gothique embrassant le feuillage, Tremble comme l'acanthe au souffle de l'orage. De ses noirs fondemens jusqu'au sommet des tours, Un peuple tout entier tapissant ses contours , Pressé comme les flots de l'antique poussière, Semble avoir du vieux temple animé chaque pierre.
L'airain guerrier résonne : et les enfans de Mars Se rangent en silence autoift* des étendards :
Là, ceux dont le regard que le calcul éclaire
Dans les champs des combats est l'aigle du tonnerre,
Et qui , d'une étincelle échappée à leurs mains ,
Font voler à son but la foudre des humains;
Là, ces géans coiffés de sauvages crinières
Dont le poil fauve et noir tombe sur leurs paupièies ;
Ces centaures brillans , messagers des combats ,
Qui traînent à grand bruit leurs sabres sur leurs pas;
Et ceux qui font rouler sur le fèr d'une lance
Ces légers étendards où la mort se balance;
Et ceux dont, au soleil, les casques éclatans
Font ondoyer encor des panaches flottans ;
Et ceux qui, revêtus de leurs brillantes mailles,
N'offrent qu'un mur d'airain sur leur front de batailles
Et dont le pied, pressant les flancs d'un noir coursier,
Résonne sur le sol comme un faisceau d'acier !
DiGEON, Valin, Maubourg, dirigent leurs courages
Enfans des deux drapeaux, braves de tous les âges.
Ces preux autour du Roi n'ont qu'un cœur et qu'un rang
L'Espagne a confondu les couleurs dans leur sang.
Là ce jeune guerrier, ce débris de deux guerres Dont le laurier s'unit au cyprès de deux frères ;
ijG CHANT DU SACRE.
Ce sang, dont la Vendée a vu couler les flots, N'épuisa point en lui la source des héros*.
Mais, sur ce dais oîi l'or en longs plis se déroule,
Quel populaire instinct porte l'œil de la foule?
Ah ! c'est le sang royal qui parle aux cœurs français !...
A l'ombre de ces lis entourés de cyprès,
Dont la tige sur elle avec amour s'incline.
Voilà l'Ange exilé ! la royale Orpheline !
Son front, que des bourreaux le fer a respecté.
Garde de la douleur la noble majesté !
On sent à son aspect que, digne de sa mère,
Le Ciel lui fit une ame égale à sa misère !
A ces pompes du trône on la ramène en vain ,
Son cœur désenchanté les goûte avec dédain ;
Et peut-être au moment où son œil les contemple,
Son ame, s'envolant dans les cachots du Temple,
Rêve aux jours de l'enfance où , sous ces murs affreux
La Rochejaquelein.
Que la main des bourreaux obscurcissait pour eux, Un rayon du soleil , à travers une grille , Etait la seule pompe, hélas! de sa famille!...
La veuve de Berri, des couleurs du cercueil,
Couvre son front mêlé d'espérance et de deuil;
Ses longs cheveux épars, se dénouant d'eux-même,
Semblent en retombant pleurer un diadème ;
Son regard, effleurant le faste de ces lieux,
N'y voit qu'un vide immense et se reporte aux cieux.
Hélas! le sort, voilant l'aube de sa jeunesse,
A brisé dans ses mains une coupe d'ivresse...
Le coup qu'elle a reçu répond à tous les cœurs ;
Ses yeux dans tous les yeux ont retrouvé ses pleurs.
Là, deux sœurs; un exil, un palais les rassemble*; Le malheur, la pitié, les invoquent ensemble. Le siècle les admire et ne les connaît pas. Le pauvre les regarde et les nomme tout bas.
* LL. AA. RU. Madame la duchesse ot Mademoiselle J'Orléaiis.