‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 32 sur 60 · DE MORT · texte numérisé non relu

DE MORT

Mais alors jette au vent l'honneur de ta victoire; Ne demande plus rien à l'Europe, à la gloire,

Plus rien à la postérité !

En donnant cette joie à ta libre colère, Va-t'en ; tu t'es payé toi-même ton salaire :

Du sang, au lieu de liberté!

Songe au passé, songe à l'aurore De ce jour orageux levé sur nos berceaux;

Son ombre te rougit encore

Du reflet pourpré des ruisseaux !

Il t'a fallu dix ans de fortune et de gloire Pour effacer l'horreur de deux pages d'histoire.

Songe à l'Europe qui te suit, Et qui dans le sentier que ton pied fort lui creuse Voit marcher tantôt sombre et tantôt lumineuse

Ta colonne qui la conduit !

Veux-tu que sa liberté feinte Du carnage civique arbore aussi la faux ? Et que partout sa main soit teinte De la fange des échafauds '^

Veux-tu que le drapeau qui la porte aux deux mondes , Veux-tu que les degrés du trône que tu fondes,

Pour piédestal aient un remords?

Et que ton Roi, fermant sa main pleine de grâces, Ne puisse à son réveil descendre sur tes places,

Sans entendre hurler la mort?

Aux jours de fer de tes annales Quels dieux n'ont pas été fabriqués par tes mains?

Des divinités infernales

Reçurent l'encens des humains ' Tu dressas des autels à la terreur publique , A la peur, à la mort. Dieux de ta République;

Ton grand- prêtre fut ton bourreau !

De tous ces dieux vengeurs qu'adora ta démence , Tu n'en oublias qu'un, 6 peuple! la Clémence !

Essayons d'un culte nouveau.

Le jour qu oubliant ta colère, Comme un lutteur grandi, qui sent son bras plus fort, De l'héroïsme populaire Tu feras le dernier effort ;

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