DE MORT
Tu t'élances bouillant de honte et fie délire : Le lambeau mutilé du gage qu'on déchire
Reste dans les dents du lion.
On en appelle au fer; il t'absout! Qu'il se lève Celui qui jetterait ou la pierre, ou le glaive
A ton jour d'indignation !
Mais tout pouvoir a des salaires A jeter aux flatteurs qui lèchent ses genoux ,
Et les courtisans populaires
Sont les plus serviles de tous!
Ceux-là des rois honteux pour corrompre les âmes Offrent les pleurs du peuple, ou son or, ou ses femmes ,
Aux désirs d'un maître puissant ; Les tiens, pour caresser des penchans plus sinistres, Te font sous Téchafaud, dont ils sont les ministres,
Respirer des vapeurs de sang !
Dans un aveuglement funeste Ils te poussent de l'œil vers un but odieux, Comme l'enfer poussait Oreste, E.n cachant le crime à ses yeux !
La soif (le ta vengeance, ils l'appellent justice : Eh bien, justice soit! Est-ce un droit de supplice
Qui par tes morts fut acheté ?
Que feras-tu, réponds, du sang qu'on te demande? Quatre têtes sans tronc, est-ce donc là l'offrande
D'un grand peuple à sa liberté?
N'en ont-ils pas fauché sans nombre?
N'en ont-ils pas jeté des monceaux, sans combler
Le sac insatiable et sombre
Où tu les entendais rouler?
Depuis que la mort même, inventant ses machines. Eut ajouté la roue aux faux des guillotines
Pour hâter son char gémissant, Tu comptais par centaine, et tu comptas par mille! Quand on presse du pied le pavé de ta ville,
On craint d'en voir jaillir du sang!
— Oui, niais ils ont joué leur tête.
— Je le sais; et le sort les livre et te les doit! C'est ton gage, c'est ta conquête; Prends, ô peuple! use de ton droit.