‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 39 sur 60 · A MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE

Jalouse de ses dons , la gloire leur enlève Tout ce qui laisse aimer!

Ainsi quand je te vois, jeune et belle victime, Qu'un génie éclatant choisit pour son malheur, Je cherchai sur ton front le rayon qui t'anime Et je fermai mon cœur;

Mais un jour, c'était l'heure où le soin du ménage Retient la jeune fille à son foyer pieux, Où l'on n'a pas encor composé son visage Pour l'œil des envieux;

J'entrai comme un ami qui vient avec l'aurore Solliciter sans bruit la porte d'un ami. Qui l'entr'ouvre et du seuil que son pied touche encore Demande : A-t-il dormi ?

Jjcs meubles dispersés dans la salle nocturne , La lampe qui fumait, oubliée au soleil,

DELPHINE GAY. ^Sg

Etalaient ce désordre, emblème taciturne D'une nuit sans sommeil :

Des harpes et des chants, souvenirs d'une fête, Des livres échappés à des doigts assoupis, Et des feuilles de fleurs qui couronnaient ta tête Y jonchaient les tapis.

La veille avait flétri de ta blanche parure Les longs plis qu'à ton sein le nœud pressait encor. Et tes cheveux cendrés jusques à ta ceinture Roulaient leurs ondes d'or;

Ton visage était pâle , une sombre pensée De ton front incliné lentement s'effaçait, Et dans ta froide main ta main entrelacée Sur tes genoux glissait.

Au bord de tes yeux bleus tremblaient deux larmes pures : I^a pervenche à ses fleurs ainsi voit s'étancher

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Deux perles de la nuit que des feuilles obscures Empêchent de sécher !

Sur tes lèvres collé , ton doigt disait : Silence ! Car l'enfant de ta sœur dormait dans son berceau , Et ton pied suspendu le berçait en cadence Sous son mobile arceau.

La mort avait jeté son ombre passagère Sur cette jeune couche; et dans ton œil troublé, Dans ton sein virginal tout le cœur d'une mère D'avance avait parlé;

Et tu pleurais de joie, et tu tremblais de crainte. Et quand un seul soupir trahissait le réveil , Tu chantais au berceau l'amoureuse complainte Qui le force au sommeil !

Ah! qu'une autre te voie, enfant de l'harmonie. Trouvant que sur les cœurs un empire est trop peu,

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