‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 59 sur 60 · IV · texte numérisé non relu

IV

370 HOMxMAGE

Je n'ai pas écouté chanter en moi mon ame Dans la grotte sonore où le barde des rois Sentait au sein des nuits l'hymne à la main de flamme Arracher la harpe à ses doigts.

Et je n'ai pas marché sur des traces divines Dans ce champ où le Christ pleura sous l'olivier; Et je n'ai pas cherché ses pleurs sur les racines D'où les anges jaloux n'ont pu les essuyer ! Et je n'ai pas veillé pendant des nuits sublimes Au jardin où, suant sa sanglante sueur, L'écho de nos douleurs et l'écho de nos crimes Retentirent dans un seul cœur.

Et je n'ai pas couché mon front dans la poussière Où le pied du Sauveur en partant s'imprima; Et je n'ai pas usé sous mes lèvres la pierre Où , de pleurs embaumé , sa mère l'enfenna ; Et je n'ai pas frappé ma poitrine profonde Aux lieux où, par sa mort conquérant l'avenir, Il ouvrit ses deux bras pour embrasser le monde Et se pencha pour le bénir.

A L'ACADÉMIE DE MARSEILLE. 37 r

Voilà pourquoi je pars, voilà pourquoi je joue Quelque reste de jours inutile ici-bas, Qu'importe sur quel bord le vent d'hiver secoue L'arbre stérile et sec et qui n'ombrage pas ! L'insensé! dit la foule. — Elle-même insensée! Nous ne trouvons pas tous notre pain en tout lieu ; Du barde voyageur le pain c'est la pensée, Son cœur vit des œuvres de Dieu !

Adieu donc , mon vieux père , adieu mes sœurs chéries. Adieu ma maison blanche à l'ombre du noyer, Adieu mes beaux coursiers oisifs dans mes prairies. Adieu mon chien fidèle, hélas! seul au foyer!! Votre image me trouble et me suit comme l'ombre De mon bonheur passé qui veut me retenir, Ah! puisse se lever moins douteuse et moins sombre L'heure qui doit nous réimlrî

Et toi terre, livrée à plus de vents et d'onde Que le frêle navire où flotte mon destin ! Terre cjui porte en toi la fortune du monde ! Adieu ! ton bord échappe à mon œil incertain !

37^ HOINLVI VGE A L'ACAD. DE MARSEILLE.

Puisse un rayon du ciel déchirer le nuage Qui couvre trône et temple et peuple et liberté, Et rallumer plus pur our ton sacré rivage Ton phare d'immortalité !

Et toi Marseille, assise aux portes de la France Comme pour accueillir ses hôtes dans tes eaux, Dont le port sur ces mers rayonnant d'espérance S'ouvre comme un nid d'aigle aux ailes des vaisseaux, Où ma main presse encor plus d'une main chérie, Où mon pied suspendu s'attache avec amour, Reçois mes derniers vœux en quittajit la patrie, Mon premier salut au retoui!

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