Oeuvres anciennes d'André Chénier
Lorsque Andrë Chënier publia son Jeu de paume , en i 791, il s'était déjà fait connaître comme publiciste dans un grand nombre d'articles politiques fortement pensés, qu'il avait imprimés dans divers journaux du tems, et que nous avons recueillis dans ce volume. Son début dans la carrière poétique fut accueilli avec transport; on admira ce coup d'essai d'une muse libre et fière; et l'impression de son succès fut si profonde qu'aujourd'hui même elle subsiste encore dans le souvenir de la plupart de ceux qui ont traversé la révolution. Malheureusement cette première inspiration d'André Chénier était aussi la dernière que les Français dussent applaudir de son vivant.
En appelant l'attention générale sur cet ouvrage, nous sommes loin cependant de vouloir le présenter comme irréprochable; mais, pour bien le juger, il faut se reporter au tems où il fut publie; il faut se retracer l'empressement, le besoin que chacun avait alors de se communiquer ses idées et ses sensations. C'est dans ce moment d'enthousiasme que parut le Jeu de paume : production pour ainsi dire improvisée, et portant l'empreinte naturelle aux travaux subitement enfantés par un cerveau bouillant et généreux : le bizarre à côté du sublime.
Mais un autre mérite , plus réel , et qui sera plus facilement appxécié , sauvera cet ouvrage de l'oubli : c'est le motif même qui l'a dicté. On consultera cet écrit comme un monument historique; et l'on saura quelque gré à l'auteur d'avoir tracé en peu de pages un tableau si fidèle et si varié des événemens précurseurs de l'illustre Assemblée nationale.