‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 2 sur 32 · A LOUIS DAVID, PEINTRE · texte numérisé non relu

A LOUIS DAVID, PEINTRE

Jaeprends ta robe d'or, ceins ton riche bandeau,

Jeune et divine Poésie!

Quoique ces tems d'orage éclipsent ton flambeau , Aux lèvres de David, roi du savant pinceau.

Porte la coupe d'ambroisie.

La Patrie, à son art indiquant nos beaux jours,

A confirmé mes antiques discours , Quand je lui répétais que la Liberté maie

Des arts est le génie heureux;

Que nul talent n'est fils de la faveur royale;

Qu'un pays libre est leur terre natale.

Là, sous un soleil généreux.

Ces arts, fleurs de la vie, et délices du monde,

Forts, à leur croissance livrés,

Atteignent leur grandeur féconde :

Jja palette offre l'âme aux regards enivrés;

Les antres de Paros de dieux peuplent la terre; L'airain coule et respire; en portiques sacrés S'élancent le marbre et la pierre.

Toi-même, belle Vierge, à la touchante voix.

Nymphe ailée, aimable Sirène!

Ta langue s'amollit dans les palais des rois; Ta hauteur se rabaisse; et d'enfantines lois

Oppriment ta marche incertaine; Ton feu n'est que lueur, ta beauté n'est que fard.

I^a Liberté du génie et de l'art T'ouvre tous les trésors; ta grâce, auguste et fière.

De nature et d'éternité Fleurit ; tes pas sont grands ; ton front, ceint de lumière, Touche les cieux; ta flamme agite, éclaire.

Dompte les cœurs. La Liberté, Pour dissoudre en secret nos entraves pesantes.

Arme ton fraternel secours:

C'est de tes lèvres séduisantes Qu'invisible elle vole; et par d'heureux détours Trompe les noirs verroux, les fortes citadelles^ Et les mobiles ponts qui défendent les tours ,

Et les nocturnes sentinelles.

Sou règne, au loin semé par tes doux entretiens. Germe dans l'ombre au cœur des sages :

Ifs atlendenl son heure, unis par tes liens, Tous, en un monde à part, frères, concitoyens,

Dans tous les lieux, dans tous les âges. Tu guidais mon David, à la suivre empressé,

Quand , avec toi , dans le sein du passé , Fuyant parmi les morts sa patrie asservie ,

Sous sa main, rivale des Dieux, I^a toile s'enflammait d'une éloquente vie; Et la ciguë, instrument de l'envie.

Portant Socrate dans les cieux; Et le premier consul, plus citoyen que père.

Rentré seul par son jugement.

Aux pieds de sa Rome si chère Savourant de son cœur le glorieux tourment; L'obole mendié , seul appui d'un grand homme ; Et l'Albain terrassé dans le mâle serment

Des trois frères sauveurs de Rome^.

Un plus noble serment d'un si digne pinceau

Appelle aujourd'hui l'industrie.

Marathon ! tes Persans et leur sanglant tombeau Vivaient par ce bel art: un sublime tableau

I. Ces tableaux, la gloire de la peinture française, sont exposés, pour la plupart , au Musée du Luxembourg. {Note de l'Éditeur. y

Naît aussi pour notre Patrie ' .

Elle expirait; son sang était tari; ses flancs

Ne portaient plus son poids. Depuis mille ans A soi-même inconnue , à son heure suprême ,

Ses guides, tremblans, incertains, Fuyaient: il fallut donc, dans le péril extrême, De son salut la charger elle-même.

Long-tems, en trois races d'humains.

Chez nous l'homme a maudit ou vanté sa naissance

Les ministres de l'encensoir,

Et les Grands , et le Peuple immense.

Tous à leurs envoyés confiront leur pouvoir. Versailles les attend. On s'empresse d'élire; On nomme : trois palais s'ouvrent pour recevoir

Les Représentans de l'Empire ^.

1. A cette époque, l'esquisse du tableau de David était déjà connue du public ; une souscription particulière avait même été ouverte à ce sujet.

Le 28 septembre 1791, l'Assemblée nationale, considérant que le 10 juin 1789 est le jour qui a donné à la France une constitulion libre, décréta, sur une motion de Barrère, que le tableau de Jacques - Louis David serait achevé aux frais du trésor public, et qu'il serait placé dans le lieu destiné aux séances de l'Assemblée nationale. (Note de l'Éditeur.)

'1. L'ouverture des Etats-Généraux eut lieu le 5 mai 1789, dans la vaste salle dite des Menus , à Versailles. Le lendemain parut une proclamation du Roi , portant que les Députés des trois ordres se réuniraient ce jour même dans la salle destinée à les recevoir; mais les deux ordres privilégiés ne crurent pas devoir y

ij: jeu de paume.

D'abord Ponlifes, Grands, de cent titres ornés, Fiers d'un règne antique et farouche,

De siècles ignorans à leurs pieds prosternés,

De richesses, d'aïeux, vertueux ou prônés. Douce Egalité! sur leur bouche,

4 ton seul nom, pétille un rire acre et jaloux; Ils n'ont point vu sans effroi, sans courroux,

Ces élus plébéiens , forts des maux de nos pères , Foits de tous nos droits éclaircis ,

De la dignité d'homme, et des vastes lumières Qui du mensonge ont percé les barrières. Le sénat du Peuple est assis ' :

Il invite en son sein, où respire la France,

Les deux fiers sénats; mais leurs cœurs N'ont que des refus. Il commence :

Il doit tout voir; créer l'Etat, les lois, les mœurs.

Puissant par notre aveu , sa main sage et profonde

obtempérer; et. ils s'assemblèrent séparément, chacun clans une salle particulière, pour s'y occuper de la vérification des pouvoirs de leurs députés. {^Note de l'Editeur.)

I. Le 17 juin 1789, les Députés du Tiers-état, réunis dans la salle des Etats-Généraux, voyant les deux ordres privilégiés rebelles aux invitations réitérées qu'ils leur avaient faites de se joindre à eux, déclarèrent l'œuvre commune delà restauration du peuple commencée , et se constituèrent en Assemblée nationale. ( Note de l'Editeur.)

Veut sonder notre plaie , et de tant de douleurs Dévoiler la source féconde.

On tremble; on croit, n'osant encor lever le bras,

Les disperser par l'épouvante.

Ils s'assemblaient: leur seuil , méconnaissant leurs pas. Les rejette ; contre eux , prête à des attentats ,

Luit la baïonnette insolente".

Dieux! vont-ils fuir? Non, non: du peuple accompagnés,

Tous , par la ville ils errent indignés : Gomme Latone, enceinte, et déjà presque mère,

Victime d'un jaloux pouvoir.

Sans asile flottait, courait la terre entière,

Pour mettre au jour les dieux de la lumière.

Au loin fut un ample manoir.

Où le réseau noueux, en élastique égide.

Arme d'un bras souple et nerveux ,

Repoussant la balle rapide.

Exerçait la jeunesse en de robustes jeux. Peuple! de tes élus cette retraite obscure

I. Le ao juin 1789,168 députés du tiers-état, s'étant présentés à la porte principale de la salle des États, la trouvèrent fermée et défendue par des soldats. Us se réunirent dans le jeu de paume de la rue Saint-François à Versailles; et là ils prêtèrent le serment solennel de ne point se séparer avant que la Constitution fîit achevée et établie. [Note de l'Éditeur.)

Fut la Délos. O murs! temple à jamais fameux! Berceau des lois ! sainte Masure !

jN allons pas d'or, de jaspe, avilir à grands frais

Cette vénérable demeure:

Sa rouille est son éclat! Qu'immuable à jamais Elle règne au milieu des dômes, des palais;

Qu'au lit de mort tout Français pleure, S'il n'a point vu ces murs où renaît son pays; Que Sion , Delphe, et la Mecque , et Sais , Aient de moins de croyans attiré l'œil fidèle;

Que ce voyage souhaité Récompense nos fils; que ce toit leur rappelle Ce Tiers-état , à la honte rebelle ,

Fondateur de la Liberté; Comme en hâte arrivait la troupe courageuse

A travers d'humides torrens ,

Que versait la nue orageuse; Cinq prêtres avec eux; tous amis, tous parens, S'embrassant au hasard dans cette longue enceinte; Tous jurant de périr ou vaincre les tyrans;

De ranimer la France éteinte ;

De ne se point quitter que nous n'eussions des lois Qui nous feraient libres et justes ;

lo LE JEU DE PAUME.

Tout un peuple, inondant jusqu'aux faîtes des toits, De larmes, de silence, ou de confuses voix.

Applaudissant ces vœux augustes.

O jour! jour triomphant! jour saint! jour immortel !

Jour le plus beau qu'ait fait luire le ciel Depuis qu'au fier Clovis Bellone fut propice ' !

O Soleil! ton char étonné S'arrêta ; du sommet de ton brûlant solstice Tu contemplais ce divin sacrifice.

O jour de splendeur couronné!

Tu verras nos neveux, superbes de ta gloire.

Vers toi d'un œil religieux

Remonter au loin dans l'histoire.

Ton lustre impérissable, honneur de leurs aïeux, Du dernier avenir ira percer les ombres; Moins belle, la comète aux longs crins radieux

Enflamme les nuits les plus sombres.

Que faisaient cependant les Sénats séparés? Le front ceint d'un vaste plumage , Ou de mitres, de croix, d'hermines décorés^,

1. Dans la fameuse bataille de Tolbiac, remportée sur les Germains près de Cologne , en 496 , et qui valut à la religion catholique la conversion du roi vainqueur. ( Note de l'Editeur.)

2. Ces de'tails sont historiques. FoyeZyA&as les Mémoires de Ferrières , tome I, la description des costumes divers prescrits aux trois ordres. (Note de l'Editeur.)

LE JEU DE PAUME. ii

Que IcHtaiciit-ils dVfforts pour demeurer sucrés;

Pour arrêter le noble ouvrage ; Pour n'être point Français; pour commander aux lois ;

Pour ramener ces tems de leurs exploits Où ces tyrans, valets sous le tyran suprême,

Aux cris du Peuple indifférens, Partagaient le trésor, l'état, le diadème?

Mais l'Équité dans leurs sanhédrins même

Trouve des amis : quelques Grands , Et des dignes Pasteurs une troupe fidèle.

Par ta céleste main poussés.

Conscience, chaste Immortelle!

Viennent aux vrais Français, d'attendre enfin lassés, Se joindre , à leur orgueil abandonnant les prêtres D'opulence perdus , des Nobles insensés ,

Ensevelis dans leurs ancêtres.

Bientôt ce reste même est contraint de plier.

O Raison, divine Puissance!

Ton souffle impérieux dans le même sentier Les précipite tous ' : je vois le fleuve entier

I. Ces défections partielles et quotidiennes amenèrent enfin la réunion des tiois ordres. Elle eut lieu le 22 mai 178g; et le lendemain 2?> fut le jour fixé pour la tenue d'une séance royale, f^oyez les journaux du tems et les Mémoires de Fcrrièrcs ^ tome I. [ISotc de l'Éditeur.)

Rouler en paix son onde immense, Et dans ce lit commun tous ces faibles ruisseaux

Perdre à jamais et leurs noms et leurs eaux. O France! sois heureuse entre toutes les mères.

Ne pleure plus des fils ingrats, Qui jadis s'indignaient d'être appelés nos frères : Tous revenus des lointaines chimères,

La famille est toute en tes bras.

Mais que vois-je? Ils feignaient. Aux bords de notre Seine

Pourquoi ces belliqueux apprêts?

Pourquoi vers notre Cité-reine Ces camps, ces étrangers, ces bataillons français. Traînés à conspirer au trépas de la France ^ ? De quoi rit ce troupeau d'eunuques du palais?

Riez, lâche et perfide engeance;

D'un roi facile et bon corrupteurs détrônés,

Riez; mais le torrent s'amasse.

Riez; mais du volcan les feux emprisonnés Rouillonnent. Des lions si long-tems enchaînés Vous n'attendiez plus tant d'audace ?

I . L'auteur veut parler ici de cette armée de dix mille hommes , rassemble'e autour de Versailles et commandée par le comte de Belley, sous les ordres du maréchal de Broglie. Voyez les mêmes Mémoires. (Note de l'Éditeur.)

LE JEU DE PAUME. i3

liC Peuple est réveillé; le Peuple est souveraiu :

Tout est vaincu. La Tyrannie en vain, Monstre aux bouches de bronze, arme pour cette guerre

Ses cent yeux, ses vingt mille bras,

Ses flancs gros de salpêtre , où mugit le tonnerre :

Sous son pied faible elle sent fuir sa terre;

Et meurt sous les pesans éclats Des créneaux fulminans , des tours et des murailles ,

Qui ceignaient son front détesté.

Déraciné dans ses entrailles, L'enfer de la Bastille, à tous les vents jeté. Vole, débris infâme, et cendre inanimée ^; Et, de ces grands tombeaux, la belle Liberté,

Altière, étincelante, armée,

Sort. Comme un triple foudre éclate au haut des cieux , Trois couleurs dans sa main agile

Flottent en long drapeau. Son cri victorieux

Tonne : à sa voix, qui sait, comme la voix des Dieux, En hommes transformer l'argile,

La terre tressaillit. Elle quitta son deuil; Le genre humain d'espérance et d'orgueil

Sourit ; les noirs donjons s'écroulèrent d'eux-mêmes ; Jusque sur les trônes lointains

I. Cet événement mémorable eut lieu le 14 juillet 1 789. {Note de l'Éditeur. )

i4 LE JEU DE PAUME.

IjOS tyrans, ébranlés, en hâte à leurs fronts blêmes, Pour retenir leurs tremblans diadèmes ,

Portèrent leurs royales mains.

A son souffle de feu, soudain de nos campagnes

S'écoulent les soldats épars,

Comme les neiges des montagnes; Et le fer ennemi, tourné vers nos remparts, Comme aux rayons lancés du centre ardent d'un verre, Tout-à-coup à nos yeux fondu de toutes parts,

Fuit et s'échappe sous la terre.

Il renaît citoyen ; en moisson de soldats

Se résout la glèbe aguerrie; Cérès même et sa faux s'arment pour les combats. Sur tous ses fils, jurant d'affronter le trépas.

Appuyée au loin , la Patrie Brave les rois jaloux, le transfuge imposteur,

Des paladins le fer gladiateur, Des Zoïles verbeux l'hypocrite délire.

Salut, Peuple français! Ma main Tresse pour toi les fleurs que fait naître la lyre. Reprends tes droits, rentre dans ton empire:

Par toi sous le niveau divin La fière Égalité range tout devant elle.

Ton choix , de splendeur revêtu ,

Fait les grands; la race mortelle

LE JRll un PAUME. i.G

Piii- loi It'vr son fiorif , si long-tems abattu. Devant \vs nations. Souverains légitimes, C.es fronts, dits souverains, s'abaissent; la Vertu Des bonncurs aplanit les eimes.

O Peuple deux fois né! Peuple vieux et nouveau!

Tronc rajeuni par les années!

Phénix, sorti vivant des cendres du tombeau! Et vous aussi, salut! vous, porteurs du flambeau

Qui nous montra nos destinées!

Paris vous tend les bras, Enfans de notre choix M

Pères d'un peuple! Architectes des lois! Vous qui savez fonder d'une main ferme et sûre

Pour l'homme un code solennel , Sur tous ses premiers droits sa charte antique et pure. Ses droits sacrés, nés avec la Nature,

Contemporains de l'Eternel.

Vous avez tout dompté; nul joug ne vous arrête;

Tout obstacle est mort sous vos coups;

I. L'Assemblée nationale partit de Versailles, avec le Roi, le lo octobre 1789, et vint s'installer à Paris. Elle tint provisoirement ses se'ances à l'Archevêché; et, le 9 novembre, elle se transporta clans la salle dite du Manège, près des Tuileries. Aujourd'hui cet emplacement est occupé par une partie de la rue de Rivoli. (Note de l'Éditeur.)

i6 LE JEU DE PAUME.

Vous voilà montés sur le faîte.

Soyez prompts à fléchir sous vos devoirs jaloux. Bienfaiteurs , il vous reste un grand compte à nous rendre : Il vous reste à borner et les autres et vous ;

Il vous reste à savoir descendre.

Vos cœurs sont citoyens : je le veux; toutefois

Vous pouvez tout : vous êtes hommes.

Hommes, d'un homme libre écoutez donc la voix! Ne craignez plus que vous. Magistrats, peuples, rois,

Citoyens, tous tant que nous sommes!

Tout mortel dans son cœur cache, même à ses yeux,

L'ambition, serpent insidieux.

Arbre impur, que déguise une brillante écorce.

L'empire, l'absolu pouvoir.

Ont , pour la Vertu même , une mielleuse amorce. Trop de désirs naissent de trop de force :

Qui peut tout pourra trop vouloir.

Il pourra négliger, sûr du commun suffrage.

Et l'équitable humanité.

Et la décence au doux langage.

L'obstacle nous fait grands : par l'obstacle excité , L'homme, heureux à poursuivre une pénible gloire, . Va se perdre à l'écueil de la prospérité.

Vaincu par sa propre victoire.

Mais au peuple, surtout, sauvez l'abus amer

De sa subite indépendance; Contenez dans son Ut cette orageuse mer ; Par vous seuls dépouillé de ses liens de fer,

Dirigez sa bouillante enfance.

Vers les lois, le devoir, et l'ordre, et l'équité.

Guidez, hélas! sa jeune liberté.

Gardez que nul remords Aen attriste la fête.

Repoussant d'antiques affronts , Qu'il brise pour jamais, dans sa noble conquête. Le joug honteux qui pesait sur sa tête,

Sans le poser sur d'autres fronts !

Ah! ne le laissez pas, dans la sanglante rage

D'un ressentiment inhumain,

Souiller sa cause et votre ouvrage !

Ah! ne le laissez pas sans conseil et sans frein, Armant, pour soutenir ses droits si légitimes, La torche incendiaire et le fer assassin ,

Venger la raison par des crimes !

Peuple ! ne croyons pas que tout nous soit permis.

Craignez vos courtisans avides , O Peuple souverain ! A votre oreille admis ,

i8 LE JEU DE PAUME.

Cent orateurs bourreaux se nomment vos amis :

Ils soufflent des feux homicides.

Aux pieds de notre orgueil prostituant les droits^

Nos passions par eux deviennent lois; La pensée est livrée à leurs lâches tortures.

Partout cherchant des trahisons , A nos soupçons jaloux, aux haines, aux parjures, Ils vont forgeant d'exécrables pâtures.

Leurs feuilles, noires de poisons, Sont autant de gibets affamés de carnage.

Ils attisent de rang'en rang

La proscription et l'outrage.

Chaque jour, dans l'arène, ils déchirent le flanc D'hommes, que nous livrons à la fureur des bêtes; Ils nous vendent leur mort; ils emplissent de sang

Les coupes qu'ils nous tiennent prêtes.

Peuple ! la Liberté , d'un bras religieux ,

Garde l'immuable équilibre De tous les droits humains, tous émanés des Cieux. Son courage n'est point féroce et furieux ;

Et l'oppresseur n'est jamais libre.

Périsse l'homme vil! Périssent les flatteurs,

Des rois, du peuple infâmes corrupteurs! L'amour du souverain , de la loi salutaire ,

Toujours teint leurs lèvres de miel ;

Peur, Avarice, ou Haine, est leur dieu sanguinaire. Sur la Vertu toujours leur langue aiuère

Distille l'opprobre et le fiel.

Hydre en vain écrasé, toujours prompt à renaître;

Séjans, Tigellins, empressés

Vers quiconque est devenu maître; Si, voués au lacet, de faibles accusés Expirent sous les mains de leurs coupables frères ; Si le meurtre est vainqueur; si des bras insensés

Forcent des toits héréditaires;

C'est bien : fais-toi justice, ô Peuple souverain!

Dit cette cour lâche et hardie.

Ils avaient dit: c'est bien, quand, la lyre à la main, L'incestueux chanteur, ivre de sang romain.

Applaudissait à l'incendie'.

Ainsi de deux partis les aveugles conseils

Chassent la paix. Contraires , mais pareils , Dans un égal abyme une égale démence

De tous deux entraîne les pas.

L'un, Vandale stupide, en son humble arrogance. Veut être esclave et despote, et s'offense

Que ramper soit honteux et bas.

Page 1