‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 13 sur 32 · I. Voyez la lettre précédente. [Note de l'Éditeur · texte numérisé non relu

I. Voyez la lettre précédente. [Note de l'Éditeur

est le système le plus complet de désorganisatiorib sociale qu'il y ait jamais eu sur la terre. J'en réserve de nouvelles preuves pour un moment qui ne me paraît pas éloigné; car je vois qu'on m'annonce de toute part , et même quelquefois avec un air de triomphe et de menace, des réfutations de l'opinion que j'ai exposée. Je les attends avec une véritable impatience. Je n'ai porté à tout ceci, ni animosité, ni esprit de parti, ni aucune espèce de passions privées; je n'y ai mis que la chaleur qui naît d'une persuasion forte ; et, si mes adversaires y apportent les mêmes dispositions, l'esprit public ne peut que gagner à des discussions pareilles. Si donc, au lieu d'injures, et même si, outre des injures, leurs écrits renferment des raisons et des argumens, je répondrai aux raisons et aux argumens.

On m'a accusé d'avoir confondu tous les membres de ces sociétés dans une satire indistincte, et de ne leur avoir laissé que le choix de passer pour manquer de probité ou de lumières'. J'observerai d'abord que manquer de lumières n'a rien de déshonorant. Au surplus, ce n'était point là ma pensée; et, s'il y a quelque passagç de mon écrit qui puisse s'interpréter d'une ma-

I. Voyez la réfutation de Marie- Joseph Chénier, dans le tome V de ses OEuvrcs anciennes. (Note de l'Editeur.)

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iiièrt jiiMi >.^ iciàle^Y^ le {\é9,'A\ une dans ce sens y el j'en demande pardon à qui il appartiendra. Mais je crois n'avoir rien dit de semblable : j'ai , ail contraire, dit vers le commencement que «cette « association ào\\ être ^ en grande partie yComi^osée « de , etc. » Il est clair que ces mots en grande partie ne comprennent pas la totalité; et, lorsque je les ai écrits, j'avais en vue nombre de citoyens qu'un désir d'observation, ou l'espoir de tempérer par leur présence et par leurs conseils l'impétuosité du plus grand nombre, ou d'autres causes honnêtes , attirent dans ces assemblées; et, parmi ces hommes , il en est plusieurs que je sais être des hommes probes et sages, qui m'honorent de leur amitié, et qui mettent du prix à la mienne.

Cette simple réflexion suffirait pour me justifier auprès de mon frère, qui, toutefois, connaît depuis trop long-tems et mon caractère et mes opinions pour que j'aie besoin de me justifier auprès de lui , et qui n'a jamais trouvé , 1 1 ne trouvera jamais en moi que l'amitié qu'on doit à un frère, et les égards qu'on doit aux talens, quoique je sois prêt à défendre mon sentiment même contre lui. Mais je ne conçois guère pourquoi ces diversités d'opinions, entre des frères, sur des questions qui assurément ne sont pas indifférentes, paraissent à ces messieurs un si grand crime

(le ma part. Ne sont-ils pas membres d'une société où ont été reçus, avec acclamations, des hommes qui avaient fait un long voyage pour venir dénoncer leur frère comme ennemis de l'Etat * ?

Je ne veux pas, au reste, qu'on entende par là que, si mon frère avait eu le malheur de donner lieu, ou d'être en butte à quelques soupçons, je me fusse chargé devenir le dénoncer moi-même, en m'autorisant d'un si bel exemple ; car j'avoue , et même sans honte , que mon patriotisme ne s'est pas encore élevé à cette hauteur.

C'est pourtant sur ce fondement qu'un homme a eu le bon sens de me traiter de fratricide , et de laver la tête à M. Rœderer pour ra'avoir mis au nombre des jurés*. Cependant ce magistrat

I. Dans la séance du 20 février 1792 , une députation de la commune de Marseille, composée de quelques membres d'une société agrégée à celle qu'attaque André Chénier, vint informer l'Assemblée nationale des troubles excités dans le Midi , et spécialement dans le département des Bouches-du-Rhône. Entr'autres dépositions faites par l'orateur de la Députation , on remarqua cette phrase , par laquelle il termina son discours : « Quant à moi , né dans la ville d'Arles , appelé par la ville « d'Arles aux fonctions administratives, c'est la ville d'Arles, « c'est le maire d'Arles , mon propre frère , que le péril de la « Patrie me force de vous dénoncer. »

Ces paroles révoltèrent une grande partie de l'Assemblée; et l'on rapporte que le député Crestin , cédant à son indignation, s'écria : « Il est d'une immoralité profonde qu'un frère <■ vienne ici dénoncer son frère. » ( Note de l'Editeur. )

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