I. M. Rœderer. [l^ote de l'Éditeur
En effet, laissez-nous faire, ne résistez à aucune de nos volontés, soumettez -vous, taisezvous, et vous verrez que nous serons fort contens, qu'il n'y aura point de bruit. La cour de Home, ou les lits de justice, auraient-ils un autre lan-
gage?
«11 en résulterait, au contraire, un avantage «sensible : c'est que l'esprit public s'élève, et « prend un nouveau degré d'énergie au milieu « des fêtes civiques. »
Je ne pense pas qu'il y ait sur la terre beaucoup d'hommes assez idiots pour méconnaître cette vérité - là. Or ce principe lui - même ne suffit-il pas pour démontrer que de pareils honneurs ne doivent point être prodigués , surtout à des hommes indignes, à des hommes à qui la patrie a dû /aire grâce? Est-ce par le triomphe de la rébellion que l'on forme l'esprit public ? Est-ce par les récompenses du crime que l'on excite les hommes à la vertu? Voilà certes un admirable raisonnement! Ainsi, quand les monstres qui ont ensanglanté Avignon viendront recevoir des couronnes à Paris , si quelques hommes de bien , avant d'être assassinés par eux, les dévouent à l'exécration publique, on répondra avec une astuce niaise, et une bénignité captieuse : de quoi s'agit-il? Des patriotes ont tué des aristocrates; on les reçoit avec des fêtes : il ny a rien là que de
simple, et que d'innocent; l'esprit public s'élèue au milieu des fêtes cliniques.
M. le Maire termine sa lettre en espérant qu'il ne restera aux ennemis de la Liberté et de l'Ordre que la honte de voir échouer leurs sinistres projets. C'est ce que j'espère aussi un jour, malgré les clubs et leurs créatures.
J'aurais tort d'oublier, en finissant, l'affectation qui règne dans cette lettre , comme dans tous leurs écrits, à désigner quiconque s'est soulevé contre la turpitude de cette fête comme un artisan de manœuvres et un intrigant. M. Pétion, les intrigans sont ceux qui se dévouent aux intérêts d'un parti, pour obtenir des applaudissemens et des dignités; les intrigans sont ceux qui, étant magistrats publics, flattent lâchement les passions de la multitude, qui règne et les fait régner; qui injurient, outragent, et appellent intrigans les citoyens courageux qui ne veulent ni régner, ni obéir à d'autres lois que les lois mêmes. Voilà quels sont les intrigans; et ceux qui, détachés de tous les partis, seuls, éloignés de toute société tumultueuse, s'élèvent sans ménagement contre ces hommes avides et injustes , les font connaître , bravent leur haine , et méprisent leur inimitié; ceux-là, M. Pétion, ne sont pas des intrigans : ils sont des hommes probes et libres , estimés et honorés par tous les hommes probes,
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qui sont capables d'otre libres. Ils pourront bien , malgré leurs efforts, ne pas réussir à ramener leurs contemporains vers la justice et la vraie liberté; ils pourront bien être livrés à la risée de ces hommes, ou vils, ou sans caractère, qui ne jugent que d'après les succès, et qui ne doutent pas que le plus fort ait raison ; mais ils se consolent avec le sentiment qu'ils font ce qui est bien, comme avec l'espérance que leur nom et leurs travaux attesteront un jour qu'un même joug et qu'un même vertige n'avaient point abattu toutes les âmes et perverti tous les esprits; et ils s'encouragent eux-mêmes , en pensant que , quel que soit leur sort , ils ne feront point rougir leur patrie devant la postérité , qui rend enfin justice à tous. Ceux-là seuls qui ne respectent pas leur propre conscience ne sont pas faits pour savoir craindre les jugemens de la postérité.
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Ce 27 avril 1792.
Lorsque des citoyens, étrangers à tout parti, à toute faction , et méprisant également la haine et l'amitié des méchans, ont appelé la sollicitude générale sur les excès de ces sociétés où des fanatiques obéissent à des fripons, et qui, déchirant leur Patrie de mille manières, ont le front de se normner patriotiques y une foule de réfutations furent annoncées avec le faste le plus menaçant, et avec ce ton de triomphe qu'il serait sage de ne prendre qu'après la victoire. Cependant, malgré de si hautes promesses, quelques injures bien viles et quelques atrocités bien stupides sont les seules réponses par lesquelles on ait essayé jusqu'ici de détruire les faits imputés à ces corporations tyranniques, et les raisonnemens par lesquels il a été prouvé qu'il est de leur nature de faire tous les maux qu'elles font. En attendant qu'il paraisse quelque réponse plus solide, tous les hommes qui savent lire, ce qui n'est pas à beaucoup près aussi commun qu'on le pense, sont priés de réfléchir sur quelques faits récens, auxquels l'agitation du moment et la foule in-
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iioml)rablc de faits pareils qui arrivent chaque jour empêchent qu'on ne donne toute l'attention qu'ils méritent.
Un membre estimé de l'Assemblée constituante adresse au Maire de Paris une lettre éloquente et vraie, dont tous les bons citoyens lui ont su gré : on propose dans un club de le traduire devant les tribunaux. Cette cent-millième ineptie ne serait pas remarquable, si elle n'était sortie de la bouche d'un homme qui, je ne sais comment, se trouve siéger à l'Assemblée nationale. Or, rappelons-nous, je vous prie, avec quels cris ces mêmes gens-là invoquaient la liberté de la presse, lorsque tous les bons citoyens demandaient qu'une loi réprimât la licence calomniatrice des conseillers de meurtre et de pillage. Sans doute la liberté de la presse consiste, selon eux, à protéger l'audace du crime , et à punir le courage de la probité.
Un magistrat est dénoncé par des membres de ces mêmes confréries, pour avoir dîné chez un homme qui ne leur plaît pas. Cette incroyable dénonciation est discutée , vérifiée ; elle donne lieu à une espèce de cause judiciaire où ce magistrat, homme recommandable d'ailleurs, descend jusqu'à plaider lui-même, et ne craint pas d'avilir la dignité dont il est revêtu, non par un club, comme il leur permet de le croire , mais par les
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électeurs représentans du peuple du département de Paris, en employant un discours étudié pour se justifier d'une pareille accusation devant un pareil tribunal. Or, quelle autre raison peut engager à une telle démarche un magistrat de cette capacité , si ce n'est l'idée qu'il se forme du crédit et de l'influence de ces sociétés à qui il parlait? je demande maintenant si ce témoignage ne dépose pas contre ces sociétés; je demande si la liberté peut exister là où les particuliers ont un tel crédit et une telle influence; je demande si l'on ne croit pas lire l'histoire des sénats de Tibère et de Domitien; si l'on ne croit pas entendre Tigellin ou Narcisse dénonçant à Néron qu'un tel a dormi pendant qu'il chantait, ou n'a pas juré par sa voix divine.
On me répondra qu'au fond tous ces discours, toutes ces dénonciations, tous ces plaidoyers, se réduisent à un vain bruit de paroles ; que ces clubs , quelque importance qu'ils se donnent, parviennent, après bien des efforts, à produire l'ignominieuse bambochade des soldats de Châteauvieux, ou telle autre comédie semblable, mais qu'ils n'acquièrent aucun pouvoir sur la réputation , sur la vie , sur la liberté des citoyens : c'est ce qu'ont le courage de nous répéter encore aujourd'hui beaucoup de personnes, qui, sans doute, ignorent l'état de la ville d'Arles et de toutes nos pro-
vinccs du Midi. Mais, quand même j'accorderais cette réponse, elle prouverait seulement l'impuissance de ces clubs; et mon observation n'en révélerait pas moins leur esprit, leur but, leurs prétentions; et, si la vengeance et le châtiment ne se mesurent que sur le mal qu'on a fait, la haine et le mépris se mesurent fort bien sur celui qu'on a voulu faire.
La guerre où nous entrons, et que plus de sagesse, de dignité, de prudence, auraient sans doute évitée , mais qui , de quelque prétexte que nos ennemis la colorent, n'est que la continuation de l'antique guerre des Nobles et des Rois contre les hommes , va ouvrir un nouveau champ aux intrigues , à l'activité , aux fureurs , peut-être à l'agrandissement de cette ligue de confréries qui possèdent la France.
Quand de pareilles congrégations existent, les opinions de leurs chefs sont abandonnées comme opinions particulières si elles ne réussissent pas; mais, en cas de réussite, fussent -elles contradictoires, elles passent toutes pour les opinions de la société. Ainsi , ne doutons pas que , quoi qu'il arrive , ils en profiteront pour leurs intérêts. Ils feront en sorte de trouver leurs propres succès dans les succès ou dans les revers communs. Nos biens ou nos maux augmenteront, ou leur
force, ou leur crédit; et ils continueront à s'appeler insolemment le Peuple français.
Si la guerre est malheureuse , ils diront : nous l'avions prévu; nous ne voulions pas de guerre; et ils citeront quelque bavardage de quelqu'un de leurs docteurs.
Si elle est heureuse , ils diront : c'est nous qui avons fait la guerre; et ils citeront encore.
Si la guerre est heureuse ; si l'impétuosité française, animée par l'enthousiasme naturel à des hommes qui combattent pour la Liberté de leur pays , nous procure d'abord des succès : alors que de cris! que de soupçons! que de conspirations découvertes! Cette victoire n'aura pas été remportée sur les ennemis, mais sur la Constitution; M. La Fayette sera en chemin contre Paris à la tête de son armée ; et César et le Rubicon rempliront les pages de mille éloquens pamphlets.
Si , au contraire , l'indiscipline de nos troupes , la mésintelligence, et d'autres causes, nous attirent d'abord des revers : alors d'autres cris , d'autres craintes; des délations chaque jour: nos soldats auront été trahis; nos généraux seront des perfides, vendus aux ennemis, vendus à la Cour; il faudra s'assurer de ceux-ci, emprisonner ceuxlà, etc.
Observez que , dans ce moment , où la guerre
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n'est pas encore commencée, la plupart de ces choses ont déjà été dites.
Les Carthaginois avaient presque pour usage de mettre en croix leurs généraux malheureux; et les Romains consolaient un de leurs généraux qui, par sa faute, avait mis la république près de sa ruine : c'est que les premiers savaient qu'ils pouvaient devenir esclaves, et que les autres sentaient qu'ils pouvaient être battus, mais non vaincus; et cjue, tant qu'il existerait quelques Romains, la république vivrait encore.
« De deux factions qui régnaient à Carthage, « dit un grand homme, peu estimé dans les clubs, « l'une voulait toujours la paix, l'autre toujours « la guerre, de façon qu'il était impossible d'y a jouir de l'une , et d'y bien faire Vautre ^ »
Un parleur, connu par sa féroce démence et par une inexplicable haine contre un général dont on ne saurait le soupçonner d'être jaloux, a fait, depuis quelque tems, de beaux sermons sur la Providence, et assure qu'il compte beaucoup sur son secours. Il faut qu'il la prie de nous conduire de manière qu'on ne puisse nous appliquer ce passage de Montesquieu. C'est elle aussi qu'il faut charger d'empêcher que nous ayons fait une im-
1. Montesquieu, Grandeur et Décadence de l'Empire romain. {Note de l'Éditeur.)
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prudence funeste, en provoquant de mille manières le mécontentement des Suisses: ce qui peut découvrir soixante lieues de nos frontières à un Roi qui a des terres chez eux, et qui est notre ennemi.
Puisse aussi la Providence décréter que nous faisons sagement de n'avoir aucune défiance, et de compter même sur l'amitié d'une nation avide , entreprenante, calculatrice, et constante dans ses projets; qui n'a jamais fait un pas que vers l'empire absolu de la mer; dont toute la prospérité est fondée sur le commerce; qui n'a jamais vu qu'avec un œil d'envie celui que nous faisons dans les deux Mondes; et à qui nos belles colonies des îles de France et de Bourbon semblent être le seul point d'où nous puissions encore songer à nous lancer sur ce qui fut à nous dans le continent de l'Inde, et d'où nos voiles puissent encore être connues sur les mers asiatiques, où ces colonies ne se défendent point par des arrêtés de club! Cette nation est riche; et elle possède une marine immense et florissante, c'est-àdire, où la discipline, sans laquelle il n'existe point de force, est sévèrement observée; où les équipages rebelles sont poursuivis par la puissance publique à quatre mille lieues de l'Europe; où un Jury, composé souvent des complices des accusés, n'est point chargé de décider de leurs
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crimes! Cette nation n'appelle point patriotisme les pompeuses amplifications de rhétorique qui nuiraient à ses intérêts; et cette nation nous hait, précisément comme si ses clubs n'entretenaient aucune correspondance avec les nôtres.
Lorsqu'on réfléchit sur l'effrayante anarchie qui agite principalement nos plus beaux ports, et qui, si elle continue, nous réduit sur mer à une telle impuissance de repousser les outrages que trente victoires ne seraient pas plus avantageuses à nos ennemis; et, lorsqu'ensuite on rapproche cela des discours de beaucoup d'orateurs qui se sont emparés de nos affaires, et qui, nous excitant par de grands mots vides de sens aux plus aveugles défiances sur tous les objets, ne nous endorment et ne nous rassurent que sur celui-là, dont le danger est si évident, il semble qu'on serait excusable de leur rendre ce soupçon de trahison et de vénalité, qu'ils répandent si bêtement sur tous ceux qui ne parlent pas comme eux. Du moins est-il certain que , s'ils étaient payés par les Puissances ennemies de la France, ils ne pourraient pas les servir d'une manière plus sûre et plus efficace; mais il faut leur laisser les accusations sans preuves; et je ne suis pas de ceux qui attribuent au crime ce que l'ignorance et la stupidité présomptueuses expliquent suffisammejit.
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Hommes libres et droits , qui ne vous êtes inscrits sur aucune liste; qui n'avez d'autre bannière que la Constitution et les Lois, la Justice et l'Humanité, sans lesquelles il n'est point de lois durables, ne vous découragez point! C'est à vous qu'il appartient de détruire tant de germes de maux et d'afflictions. C'est à vous qu'il appartient de démêler les trames des brouillons; de les épier, de les poursuivre, de les démasquer, de les flétrir, sans ménagement et sans relâche. L'intrépide Vérité , parlant par votre bouche , réchauffera tous les cœurs. Cette immense majorité de la Nation, qui est vraiment le Peuple français, se reconnaîtra et parlera enfin; et les pervers, épouvantés de leur petit nombre , rentreront dans leur boue après vous avoir honorés de leurs outrages.
Quand un pays est dans l'état où nous sommes, rien ne peut égaler l'effronterie des hommes de parti à nier ce qui est , et à soutenir ce qui n'est pas. Quelque chose qu'ils disent ou qu'ils fassent, ils sont toujours sûrs que tout le parti élèvera la voix pour crier qu'ils ont eu raison , sans examiner ce que c'est qu'ils ont fait ou dit , et même sans le savoir.
Vous serez accusés de vénalité par cette foule de misérables qui n'attendent qu'un acheteur; et qui, étrangers à tout sentiment honnête, ne con-
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çoivc'iil pas qu'on aiiiK; sa patrie assez pour les haïr par cette seule raison. Ils diront qu'en prêchant les lois et la paix vous ne cherchez qu'à semer le trouble, puisque vous cherchez à soulever tous les citoyens contre leur tyrannie, et que vous ne les laissez point régner en paix. Ils appelleront vos écrits des écrits infâmes ^ comme si la raison, le courage, l'amour des lois et de la liberté, l'horreur pour les tyrans, et surtout pour la pire espèce de tyrans, je veux dire ceux qui tyrannisent au nom de la Liberté , pouvaient être des choses infâmes; mais ces messieurs se sont promis d'altérer toute la langue , comme ils ont déjà perverti le sens des mots Patriotisme y Œ'isme, Liberté y Egalité, République, etc., et, dans leur nouveau jargon, un ouvrage est infâme, lorsqu'il dévoile des infamies. Enfin des législateurs journalistes, que des lâchetés mal calculées ont perdus, et qui n'emploient désormais beaucoup d'esprit, de lumières et de renommée, qu'à déguiser ce qu'un vil mensonge a de plus absurde , pour envenimer ce qu'il a de nuisible et d'atroce, ne manqueront pas de vous dire en cent manières différentes que vous êtes pensionnaires de la Liste civile, que vous voulez rétablir la Noblesse ; que vous êtes des intrigans, puisque vous abhorrez leurs basses intrigues. Ils vous harcèleront chaque jour de cent autres
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impertinences aussi ingénieuses, qu'ils savent assaisonner d'un fiel à travers lequel perce la rage de s'être avilis sans ressource et surtout sans profit : duperie qui est la seule chose dont ils soient humiliés. Vous ne ferez aucune attention à toutes ces turpitudes , persuadés que tôt ou tard la Raison, la Justice, la Vertu, l'emportent sur les clameurs des sycophantes; que les calomnies périssent avec les calomniateurs; que la Vérité demeure ; et que les fourbes ambitieux et menteurs finissent toujours par être aussi méprisés que méprisables.
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Ce 3 mai 179'i.
Citoyens français! aujourd'hui qu'un événement déplorable et honteux, au commencement de la guerre ^ , vient de nous avertir sévèrement de quel prix est la sagesse et la raison, gardons nous de cette mobilité d'esprit qui a toujours semblé le caractère de notre nation. Le moindre succès élève nos espérances jusqu'à un degré qui tient à la folie. Le moindre revers nous plonge dans l'abattement. Mais, si, au milieu d'une juste douleur , nous voulons enfin mûrement examiner les causes des malheurs qui viennent de nous affliger, et prendre fortement les remèdes sûrs que ces malheurs nous indiquent , nous n'avons point lieu de nous décourager. Ouvrons
1. Il est ici question de l'assassinat de Théobald Dillon , général à l'armée du Nord , massacré par ses propres soldats sous les murs de Lille, le 27 avril 1792, dans l'affaire désastreuse de Saint-Amand , dont les Autrichiens payèrent si chèrement l'avantage à Jemmapes, quelques mois après. Voyez, pour plus amples détails , tous les journaux du tems , et spécialement le Recueil des séances de l'Assemblée nationale.
[Note de l'Éditeur.)
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seulement les yeux; souvenons-nous que fortune, hasard, bonheur, ne sont que de vains mots; que le succès est la récompense de la bonne conduite; que les revers sont les châtimens de l'imprudence. Puisque nous avons négligé les conseils de la sagesse , mettons au moins à profit les fautes qu'elle nous avait prédites. Que le passé corrige l'avenir; et, alors, non-seulement les tristes scènes dont nous gémissons ne seront point un augure sinistre; mais plutôt elles auront été comme un épouvantail placé à l'entrée d'une route dangereuse, pour nous apprendre à la quitter au plus vite.
Jusqu'ici les hommes qui voyaient avec effroi le relâchement de toute discipline dans nos armées , l'insubordination et la révolte réduites en système, et devenues notre code militaire; les soldats encouragés à aller puiser dans les clubs les principes les plus détestables, ou les conséquences les plus pernicieuses et les plus fausses de principes vrais ; les chefs dégoûtés de mille manières, outragés, chassés, frappés, assassinés impunément, et toujours condamnés sans être entendus; les soldats toujours excusés, justifiés sans examen, applaudis, récompensés, quand on etit dû les punir : ceux qui voyaient avec effroi toutes ces choses et mille autres semblables, qui en gémissaient hautement, et qui voulaient
nous en faire envisager les funestes suites, passaient , sinon pour des traîtres et des perfides , au moins, aux yeux des plus modérés, pour des hommes imbus de vieux préjugés, incapables d'ouvrir leur esprit à des institutions nouvelles, et de s'élever à la hauteur de la Révolution. Mais, bien loin de là, ces hommes, injuriés chaque jour par une foule de scélérats mercenaires, étaient et seront toujours des amis de la Patrie , des amis de l'humanité et des lois, qui, au lieu d'aller, par des déclamations furieuses, caresser les passions d'une multitude oisive et ignorante, emploient leurs loisirs et leurs réflexions à étudier l'histoire et la nature des choses. Ils savent que, lorsque des hommes armés et réunis ne sont point contenus dans les règles et dans les limites d'une exacte discipline, la débauche, l'insouciance, une fainéantise contagieuse , ne tardent pas à énerver leurs âmes et leurs corps; ils savent que l'insubordination dans les armées est de l'essence des empires despotiques, où les soldats au moins vengent quelquefois les maux de tous, mais toujours par des maux encore plus grands; et que les peuples libres, qui ont fait de plus grandes choses que les autres dans la guerre, ne l'emportent sur leurs rivaux que par la rigide austérité de leur discipline. On croit citer en exemple contraire les ennemis mêmes contre lesquels
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nous combattons; mais, ces Allemands, sont-ce leurs pères qui leur ont transmis leur art militaire, ou s'ils l'ont emprunté d'ailleurs? Leurs armées ressemblent-elles à celles de ces antiques hordes septentrionales, ou sont-elles gouvernées par des règles semblables à celles des armées romaines? Qu'on ne traite donc plus avec une dérision aussi insensée qu'orgueilleuse la discipline allemande ou prussienne; et qu'on sache imiter les despotes dans les choses où les despotes ont imité les peuples libres.
Jetons même, puisqu'il le faut, un coup d'œil sur l'horrible et honteux événement dont nous avons souillé le commencement de cette guerre. Je ne remarque point que des soldats français ont fui ; car les choses qui suivirent furent telles qu'on ne songe point à reprocher leur fuite à des soldats français. Ils ont assassiné leurs chefs ; ils ont massacré des prisonniers désarmés. De pareilles horreurs composent-elles l'histoire des peuples libres, ou celle des tyrannies orientales? C'est là que les armées ressemblent à ces animaux féroces que l'on apprivoise dans les mêmes pays pour les dresser à la chasse, mais qui, lorsqu'ils manquent leur proie , reviennent furieux , et font trembler leurs conducteurs ^ C'est là que les gé-