I. Ce fait est rapporté par Chardin dans le Recueil de ses
Voyages en Perse. ( Note de l'Editeur. )
MÉLANGES. aicj
néraux sont égorgés, que les prisonniers sont mis en pièce , que les prisons et les châteaux-forts sont le seul asile où l'on puisse soustraire les ambassadeurs et les étrangers paisibles aux emportemens d'une populace forcenée. Est-ce là que nous voulons choisir nos exemples; et les troupes françaises vont-elles devenir des janissaires?
Si quelque chose pouvait encore aigrir la douleur de tous les cœurs vraiment patriotiques , ce serait le ton et les discours de tous ces fanatiques odieux , de tous ces vils brouillons qui peuplent les clubs, et que le mauvais génie de la France a suscités et entretient contre elle. De là sont partis tous nos maux ; là , s'est fomentée l'indiscipline, la sédition; là, s'est déclarée la rébellion contre toutes les autorités légitimes, la haine pour tous les hommes vertueux, la protection pour tous les malfaiteurs. Ils ont déjà vomi sur la tombe du malheureux Théobald Dillon et des compagnons de son infortune les calomnies atroces et lâches qui , depuis quatre ans , sont les seuls honneurs, les seules expiations qui aient suivi les meurtres de tant de victimes : ne doutons pas que les auteurs de tant de désordres ne mettent tout eu œuvre pour les faire durer; ne doutons pas qu'ils ne combattent pour la révolte et le brigandage, comme pour leurs autels et leurs foyers; ne doutons pas qu'ils n'intéressent
les droits de l'homme à l'impunité de ceux qui abandonnent et massacrent leurs généraux ; ne doutons pas que ces plumes mensongères et féroces, qui font à la Patrie l'insulte de se nommer patriotiques , ne travaillent maintenant et ne s'évertuent pour venir, quand la première douleur sera passée, nous intéresser au sort de soldats qui n'ont su manier leurs armes que pour des assassinats ; nous dire qu'à la vérité ils ont été égarés, mais que les chefs étaient des Aristocrates; qu'ils étaient vendus ; et il ne tiendra pas aux efforts de ces misérables que nous n'entendions quelque bouffon , qui n'aura fait que changer de tréteaux , nous proposer de décerner le triomphe à ces fuyards meurtriers.
O vous tous, dont l'âme sait sentir ce qui est honnête et bon! Vous tous, qui avez une patrie; qui savez ce que c'est qu'une patrie; qui saviez ce que vous disiez , quand vous jurâtes de la défendre; et pour qui vii're libre ou mourir signifie quelque chose! Citoyens français, vous tous qui avez des fils, des femmes, des parens, des frères, des amis, avec qui et pour qui vous voulez vaincre, avec qui ou avant qui vous êtes résolus de mourir! jusques à quand parlerons-nous de notre liberté pour rester esclaves de factions impies! Élevez donc la voix, montrez-vous; que la Nation paraisse, et fasse rentrer dans le néant
MÉLANGES. aar
tous CCS altroupcmciis (ridiots qui usurpent son nom, ot (|ui, commandés par des fripons, vont nous pertire si vous n'y mcîltez loiis la main! Ce moment est le seul qui nous reste : c'est le moment précis où nous allons décider de notre avenir. Malheur à nous si nous fermons l'oreille au premier avis que la guerre vient de nous donner! Si notre conduite est courageuse et sage; si nos Ileprésentans savent déployer en cette occasion ce grand caractère d'équité, de constance, de vigueur, qui est digne d'eux et de nous; si ceux des régimens de ligne qui ont montré un courage français, si ce bataillon de braves gardesnationales que la ville de Paris doit éternellement s'honorer d'avoir vu naître; en un mot, si tous les guerriers qui ont agi en bons soldats, en bons citoyens, en hommes libres, sont loués et récompensés comme ils le méritent; si ceux qui ont abandonné leur général sont chassés avec ignominie, et interdits pour jamais de l'usage des armes et des droits du citoyen; si les meurtriers de leurs chefs sont punis du dernier supplice^; si les lâches qui massacrent les prisonniers sans
1. On lit dans le Moniteur du aS mai 1792 qu'un des assassins du général Dillon, nommé Vasseur, fut condamné à mort par le , Jury du jugement de la ville de Douay. ( Note de l'Éditeur,)
défense sont livrés à la nation ennemie , afin que toute l'Europe sache que la Nation française désavoue ce droit des gens emprunté des Cannibales, et qu'elle n'est pas devenue libre pour faire la guerre comme les Barbares; si la Loi investit les généraux de tout le pouvoir nécessaire pour contenir leur armée dans une discipline exacte , et les punit de leur mollesse plutôt que de leur rigueur; si la Justice est toujours présente, et suit immédiatement le crime ; si l'intolérable audace des confréries usurpatrices est réprimée; si les projets des généraux, la marche des armées, les plans d'attaques, ne sont plus, avant leur exécution, l'objet de discussions de clubs, le mal peut se réparer facilement ; nos généraux peuvent reprendre confiance; et nos troupes regagner leur propre estime et celle des étrangers. La perte d'un poste est peu de chose; mais l'honneur de la France a été plus compromis par de détestables actions qu'il ne l'avait été depuis des siècles.
Si, au lieu de tout cela, on n'apporte qu'indolence et que faiblesse là où justice et fermeté peuvent seules nous sauver, quel officier, ayant de l'âme et des talens, voudrait rester dans une telle armée! Quel général voudrait commander des troupes capables de l'assassiner après l'avoir déshonoré! Quel citoyen ne frémirait pas
de faire la guerre à des ennemis à qui le massacre impuni de leurs prisonniers donnerait, ou un droit de représailles atroces, ou l'occasion bien honteuse pour nous de nous pardonner, et de nous vaincre en générosité et en vertu! Et quel peuple ne se croirait pas juste en méprisant un peuple qui ne serait devenu libre que pour oublier sa civilisation , et se dépouiller de l'humanité!
Et vous, à qui le vœu de vos concitoyens a confié les destinées de l'Empire, il est tems enfin de voir et de mesurer le précipice où nous courons à grands pas. Vous avez trop long -tems écouté ceux qui apYteWenl patriotisme la haine de toute subordination; liberté, l'impunité de tous les crimes; qui n'ont des entrailles fraternelles que pour les brigands et les meurtriers, et qui cherchent une réputation d'humanité dans une pitié insolente pour des scélérats. Souvenez-vous que rien n'est plus humain, plus indulgent, plus doux que la sévère inflexibilité des lois justes; que rien n'est plus cruel, plus impitoyable que la clémence pour le crime; qu'il n'est point d'autre liberté que l'asservissement aux lois; que rien n'est aussi despotique , aussi sanguinaire que l'anarchie. Législateurs ! la France a entrepris avec courage et même avec joie une guerre dont le succès assurera sa liberté et celle de l'Europe entière.
C'est à la France à fournir son armée ; mais c'est à vous à la faire; et pour cela vous avez à créer et à réparer. Vous êtes chargés d'empêcher que les Français, en jurant de défendre leur liberté contre tous leurs ennemis, n'aient fait un serment frivole et vain. Des despotes étrangers, tout en disant qu'ils ne veulent point nous faire la guerre , osent nous dicter la Constitution sous laquelle il leur plaît que nous vivions: Législateurs! c'est vous qui déciderez si ces outrageantes propositions sont des ordres à redouter, ou si elles ne sont que des bravades ridicules. Souvenez-vous enfin qu'une armée indisciplinée n'est redoutable qu'à son pays.
MKI,AN(;iiS. ïa5
Ce II mai 1792.
Un citoyen de Taille me demande, dans une lettre que j'ai reçue aujourd'hui , « par quelle inv( concevable et incompréhensible singularité les « meilleurs amis de la Constitution et ses enne- « mis les plus acharnés ont à-peu-près la même « façon de penser et la même aversion pour le (f. parti des Jacobins: ce qui, ajoute-t-il, lui pâte raît un paradoxe, qu'il serait charmé de me voir « résoudre dans le Journal de Paris. » C'est ce que je puis faire très-aisément, en admettant la vérité du fait sur lequel il m'interroge, et en prévenant que par ces mots : le parti des Jacobins je n'entends point tous les individus qui se sont assemblés jusqu'ici dans l'église de ce nom, mais ceux qui forment véritablement un parti, qui président à toutes les opérations de ces sociétés , qui ont des plans et une administration, et qui, entretenant une vaste correspondance avec une multitude de sociétés semblables , éparpillées sur la France, ont composé et font vivre cette corporation, la plus destructive, la plus anti-sociale qu'il y ait jamais eu sur la terre, et que je ne
OEuvres anciennes. I 3
cesserai de poursuivre tant qu'elle existera, ou tant que j'existerai.
Si, comme vraisemblablement il n'en doute pas , et comme aucun homme clairvoyant ne peut en douter, c'est à ce parti-là seul qu'il iaut attribuer l'anarchie qui nous tourmente, et la désorganisation complète vers laquelle la France s'achemine à grands pas; si c'est ce parti-là qui, en affectant de se nommer Amis de la Constitution , ne s'est encore signalé que par des attaques ouvertes ou cachées, et par des déclamations violentes contre la Constitution ; qui , en parlant toujours des Lois, s'est mis au-dessus des Lois, fait les Lois, protège quiconque se dit patriote et désobéit aux Lois; qui, en parlant toujours de la Liberté, attaque violemment, dans les assemblées , dans les places publiques , dans les spectacles, dans les églises, et jusque dans les domiciles, la liberté de tout le monde; qui applaudit chaque jour de fougueuses inepties, menaçantes pour les propriétés , et défend ou excuse toutes les hordes de brigands par qui les propriétés sont ravagées; si c'est ce parti-là qui a semé partout la terreur, les soupçons, les défiances; qui hait et dénonce tout corps, tout magistrat , tout général , tout citoyen fidèle à son serment, et exécuteur des Lois; qui arme et soulève les soldats contre leurs chefs, appelle civisme
une ignominieuse indiscipline, et a seul causé, et tléja i^allie, et vantera dans peu les atrocités, honteuses pour le nom français, dont la ville de Lille vient d'être le théâtre ' ; si c'est ce parti-là qui fait tout cela, on ne peut nier qu'il n'inspire une juste haine à tous les vrais amis de la Constitution, c'est-à-dire à tous les amis de la justice, de l'humanité, des lois et de l'honneur national. Si, d'autre part, tous ceux à qui le nouvel ordre de choses déplaît, et que la Loi seule doit punir lorsque leur mécontentement ose aller jusqu'à la révolte ; si beaucoup d'autres encore, qu'on n'a accusés de mécontentement que parce qu'ils étaient riches ou d'un nom illustre , ont été en butte à mille fantaisies tyranniques de ce même parti; si ce parli-là a inventé exprès pour eux une jurisprudence autre que celle de la Constitution et de la Justice ; s'il les a poussés au désespoir, à la fuite , au crime ; si des troupes d'assassins ont incendié, pillé, dévasté leurs maisons; si, en beaucoup d'endroits, ils ont été frappés, massacrés , déchirés , et quelquefois mangés , et leurs femmes et leurs filles injuriées, fouettées, violées, et quelquefois égorgées; et si ce parti-là, lorsqu'il n'a pas osé approuver entièrement toutes ces actions, a du moins tâché d'inspirer de l'in-