‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 18 sur 32 · I. Voyez le chapitre précédent. [Note de l'Éditeur · texte numérisé non relu

I. Voyez le chapitre précédent. [Note de l'Éditeur

diligence pour les scélérats qui les avaient commises, en les appelant le Peuple, et en disant que le Peuple était égaré; et si , ensuite , quand la première impression a été un peu affaiblie, il a nié ces crimes avec l'impudence la plus dérisoire; et, lorsqu'aujourd'hui de bons citoyens, des hommes qui ont une Ame et des entrailles , qui aiment leur patrie , mais qui n'aiment pas les hypocrites diseurs de grands mots et fauteurs d'actions détestables, veulent ramener leurs concitoyens au joug des Lois , à un gouvernement équitable et ferme , c'est-à-dire à la Liberté , et leur rappellent avec amertume et avec douleur tous ces amas d'horreurs dont un petit nombre de Cannibales ont souillé le nom français, si ce même parti-là dénonce ces hommes à l'inimitié publique, les accuse de haïr la Liberté , la Constitution , de calomnier le Peuple, il n'est certes pas étrange que les victimes, ou que les parens et les amis des victimes de tant d'excès impunis, détestent le parti qui les a tous causés, tous justifiés; et que les ennemis de la Constitution haïssent par crainte ou par vengeance ceux que les bons citoyens haïssent par amour pour la Constitution et pour l'Humanité.

Mais la seconde partie de la question qui m'a été faite mérite bien quelques éclaircissemens. Il n'est pas exactement vrai que les ennemis de la

MELAlNCiES. uac)

Coiistituliou, et siirlouL qiu; ses ennemis les plus acharnés liaïssent si fort ce parti qui menace de ruiner et la Constitution et la France elle-même; et, si l'on veut se rappeler les discours échappés à des généraux ennemis, ou à des Français peu dignes de l'être, qui disaient : « ce parti-là périra «par lui-même; c'est des Constitutionnels que « l'on viendra difficilement à bout; » et, si l'on veut jeter les yeux sur un misérable pamphlet publié cette année par un ex-ministre ' , qui, soit au contrôle général, soit dans ses écrits, soit dans ses projets contre-révolutionnaires, semble avoir toujours pensé qu'une fatuité sémillante et présomptueuse tenait lieu de talent, on s'assurera que parmi nos ennemis il en est plusieurs à qui leur instinct dit fort bien qu'ils doivent beaucoup plus compter^ pour nous détruire, sur les secourables folies de cette faction que sur les armes étrangères. Certes, si quelque jour on venait à découvrir que plus d'un orateur de ces bruyantes cohues entretient une correspondance lucrative avec les ennemis de la France, je ne serais pas du

I. M. de Caloniie. Ce pamphlet, intitulé : Lettre d'un Publiciste de France à un Publiciste d'Allemagne , fut publié dans le mois d'octobre 1791. M. de Calonne en avait fait imprimer un précédemment sous le titre de Lettre des Princes, dans lequel il avait organisé un plan de contre-révolution en France.

{^Note de l'Editeur.)

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nombre de ceux qui s'en étonneraient. L'un dit qu'il faut appeler au trône de France un des fils du Roi d'Angleterre. L'autre veut qu'on fasse une armée de tous les soldats chassés de leurs corps avec des cartouches jaunes. Cent infamies et cent extravagances pareilles y sont débitées tous les jours. Je ne conteste pas que la sottise, exaltée par des passions turbulentes , ne puisse atteindre à ce degré de démence; mais il ne serait pas impossible non plus que les hommes qui se dévouent ainsi de gaieté de cœur à l'exécration et à l'opprobre ressemblassent à ce Zopyre qui se coupait le nez et les oreilles pour gagner une ville à son maître '. En un mot, comme nos ennemis n'ont pas beaucoup à craindre de ce parti, et peuvent lui devoir beaucoup, il n'est pas bien assuré qu'ils le haïssent; et ceux d'entre eux qui le haïssent n'ont besoin pour cela que des raisons que j'ai indiquées.

Quelques citoyens honnêtes gémissent de voir une aversion insurmontable diviser ceux qui aiment leur patrie, et ceux qui la déchirent en disant l'aimer. Ces citoyens veulent des choses impossibles : car quelle alliance peut-il y avoir entre la franchise, l'industrie, les mœurs publiques j

I. Darius, roi des Perses, /^ojez, dans Justin, liv. I, chap. X, l'histoire de ce Zopyre. [Note de l'Éditeur.)

MÉLANGES. 23i

cl riiypocrisic, la fainéantise, et tous les vices qu'elle entraîne ? Quel lien peut rapprocher ceux qui ne veulent obéir qu'aux Lois et ceux qui veulent que les Lois leur obéissent; ceux qui ne veulent point do maîtres et ceux qui crient à l'esclavage, s'ils ne sont pas maîtres? Ce n'est point de ce que les hommes de bien ne sont pas réunis aux brouillons qu'il faut gémir , mais de ce qu'ils ne le sont pas entre eux ; car alors les brouillons seraient étouffés ou réduits au silence; et la France n'aurait plus d'ennemis.

Je prie le citoyen de Lille à la demande duquel je crois avoir satisfait d'agréer mes remercîmens pour les choses obligeantes qu'il a bien voulu me dire. Plus il y réfléchira, plus il restera persuadé que notre Patrie sera heureuse et libre, seulement lorsque tous les citoyens seront comme lui, et qu'Us ne feront partie d'aucun club, d'aucune société politique, parce qu'ils haïront tout esprit de corps et de parti, pour me servir des judicieuses expressions de sa lettre.

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