‹ Œuvres anciennes d'André ChénierChapitre 30 sur 32 · SUR LES ENTERREMENS GRECS · texte numérisé non relu

SUR LES ENTERREMENS GRECS

Après m'étre entretenue des danses avec vous, Monsieur, je vais, comme vous, passer à un objet plus triste: je vais ajouter quelque chose à ce que vous avez dit des enterremens. J'ai été extrêmement attendrie par le portrait que vous faites de cette mère qui suit le convoi de sa fille , et qui , par la force de ses expressions, peint l'agitation de son âme et l'excès de sa douleur '. Il n'appartient qu'aux Grecs , comme vous l'observez très-bien, de peindre aussi fortement ce qu'ils sentent. Une imagination très-vive, avec une

I. Voyez la dix-huitième lettre du Voyage littéraire de la Grèce de M. Guys. Elle est intitulée : Enterremens grecs.

[Note de l'Editeur.)

DE IV1.VDAME CllÉNlEll. 3/|i

languo fort expressive, Unir donne peut-ètrcî plus de moyens de rendre les mouvemens de la nature; et les usages de leurs pères, qu'ils ont fidèlement conserves, donnent à ces mouvemens plus de liberté. IjCS descriptions que vous faites sont si vraies qu'elles mettent les objets sous les yeux. En lisant le détail de l'enterrement dont vous nous faites le récit , j'ai cru me trouver à Constantinople , où j'ai été témoin d'un spectacle tout aussi touchant, dans une occasion à-peu-près semblable.

Une dame grecque, que vous connaissez, Monsieur, aussi distinguée par son état que par la beauté de son âme, et qui joignait à tous les agrémens de son sexe ceux d'une belle éducation , vivait avec un frère cadet, qui, par excès de vertu, avait renoncé aux honneurs et aux places auxquels son état et ses alliances lui donnaient droit d'aspirer \ 11 avait pour sa sœur toute la tendresse d'un frère , et toute l'amitié d'un ami vertueux. Ce frère chéri fut attaqué d'une fièvre maligne à Buyuk-déré^; et il mourut après quatre jours de maladie, malgré tous les secours que lui prodi-

I. M. T. . . .y, dont un des freines avait été interprète de la Porte , et plusieurs fois agent des pi"inces de Valachie et de Moldavie, auxquels cette famille était alliée. (iV. de M. Gujs.)

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