‹ Œuvres anciennes d'André Chénier, revues, corrigées, et mises en ordreChapitre 20 sur 21 · SUR LES DANSES GRECQUES · texte numérisé non relu

SUR LES DANSES GRECQUES

Je relis toujours avec un nouveau plaisir, Monsieur, ce que vous avez écrit sur les Grecs. Le parallèle que vous faites de cette nation parvenue à la célébrité avec les Grecs modernes asservis et subjugués par un peuple barbare est de la plus grande justesse. La Grèce ancienne, peuplée de cette foule de héros que la fable a divinisés, arrosée par les eaux fécondes de l’Hippocrène, illustrée par la naissance des Muses , ressemblait à un jardin toujours paré des seules mains de la Nature. La Grèce moderne, ayant perdu sa liberté, n’a plus les mêmes ornemens; mais la Nature, qui n’est point marâtre, lui a conservé son génie; et l’on ne peut disconvenir, d’après vous, que les Grecs, tout défigurés qu’ils sont, ne soient encore reconnaissables. Quoique Athènes et Lacédémone n’aient plus de législateurs, de philosophes , ni de guerriers ; quoique la Grèce n’ait plus d’Homère, elle ne laisse pas, comme vous l’ob-

LETTRES

servez très-judicieusement, de conserver son caractère et son génie, qui, aidés de la Liberté, feraient encore renaître de ses cendres les mêmes hommes et les mêmes vertus *. Telles sont, Monsieur, les réflexions que j’ai faites à la lecture de votre livre, dont je voudrais pouvoir vous dire tout le bien qu’il mérite, et tout celui que j’en pense; mais comme mon suffrage pourrait paraître intéressé, je me borne à vous faire, au nom de la Grèce moderne, le plus juste hommage de notre reconnaissance, puisqu’en remuant les cendres de nos pères, vous tirez les Grecs de l’oubli où le tems, les préjugés, et la barbarie de leurs conquérans les avaient ensevelis.

Encouragée par votre exemple, Monsieur, autant que par vos conseils, je me suis hasardée à ajouter quelques observations à celles que vous avez vous-même faites sur les danses grecques, dans votre treizième lettre. Les remarques savantes dont vous avez embelli cette partie des amusemeus de la Grèce rendent vos recherches d’autant plus intéressantes qu’elles ne permettent pas

i. Que Madame Chénier connaissait bien le génie de ses compatriotes! Que n’est-elle aujourd’hui témoin de leurs héroïques efforts pour recouvrer leur antique indépendance! Oui sans doute , aidé de la Liberté, un peuple illustre par ses aïeux s’indigne bientôt des chaînes que lui impose un conquérant vil et barbare. La Liberté, ce premier besoin des hommes, reçut du ciel la Grèce pour berceau : la Liberté sauvera la Grèce.

( Note de l’Editeur. )

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