‹ Œuvres;Chapitre 15 sur 112 · NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT. XXXV · texte numérisé non relu

NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT. XXXV

foule de commodités rassemblées isouvent de climats fort éloignés. Je prends le plus mal équipé : mille mains , peut-être cent mille, ont travaillé pour lui. La distribution des professions amène nécessairement l'inégalité des conditions. Sans elle, qui perfectionnera les arts utiles ? qui secourra les infirmes ? qui étendra les lumières de l'esprit? qui pourra donner aux hommes et aux nations cette éducation, tant particulière que générale, qui forme les mœurs? qui jugera paisiblement les querelles? qui donnera un frein à la férocité des uns, un appui à la faiblesse des autres ? Liberté I... je le dis en soupirant, les hommes ne sont peut-être pas dignes de toi! Egalité, ils te désireraient, mais ils ne peuvent t' atteindre* !»

En ce qui touche l'éducation et les mœurs, Turgot se livre à des considérations judicieuses reproduites même par Rousseau dans V Emile 'j et parles lignes suivantes il accuse son profond respect pour le mariage, cette institution sans laquelle l'homme ne se serait jamais tiré de l'état de barbarie : « Il y a longtemps que jepense, dit-il, que notre nation a besoin qu'on lui prêche le mariage et le bon mariage. Nous faisons les nôtres avec bassesse , par des vues d'ambition ou d'intérêt ; et , comme par cette raison il y en a beaucoup de malheureux, nous voyons s'établir de jour en jour une façon de penser bien funeste aux États, aux mœurs, à la durée des familles, au bonheur et aux vertus domestiques. On craint les liens du mariage; on craint les soins et la dépense des enfants. Il y a bien des causes de cette façon de penser, et ce n'est point ici le lieu de les détailler. Mais il serait utile à l'Etat et aux mœurs qu'on s'attachât à réformer là-dessus les opinions, moins par raisonnement que par sentiment, et assurément on ne manquerait pas de choses

à dire Je sais que les mariages d'inclination même ne

réussissent pas toujours. Ainsi, de ce qu'en choisissant on se trompe, on conclut qu'il ne faut pas choisir. La conséquence est plaisante ! »

• L'admirable effet de la division du travail, tracé dans le chap. i" du liv. I de la Richesse des nations, n'est pas autre chose que le développement des idées précédeotes.

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