‹ Œuvres;Chapitre 17 sur 112 · XXXVIII NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT · texte numérisé non relu

XXXVIII NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT

craindre le fanatisme et le combat perpétuel des superstitions et de la lumière ; il faut craindre le renouvellement de ces sacrifices barbares qu'une terreur absurde et des horreurs superstitieuses ont enfantés chez des peuples ignorants. Il faut une instruction publique répandue partout, une éducation pour le peuple qui lui apprenne la probité, qui lui mette sous les yeux un abrégé de ses devoirs sous une forme claire, et dont les applications soient faciles dans la pratique...»

Mais la protection dont il s'agit ici n'est pas celle que le catholicisme entendait et entendra toujours se faire attribuer. Quoique profondément imbu de l'importance du sentiment religieux, Turgot ne s'en dissimulait pas les écarts ; et s'il lui donnait pour cortège, comme un grand écrivain de nos jours', « l'esprit de discipline , les bonnes mœurs, les œuvres de charité, le dévouement aux hommes jusqu'au sacrifice, » il y comprenait également « les ignorances , les superstitions, les faiblesses d'esprit, Iqs routines de la pensée, les créduhtés pieuses, les nuages, les ténèbres, les fantômes de l'enfance, du temps, vieux vêtements du passé, dont les cultes n'aiment pas à se dépouiller, parce qu'ils font partie de leur respect et de leur crédit sur l'imagination des peuples. » Aussi le philosophe du dix-huitième siècle ajoute-t-il :

«La société peut choisir une religion pour la protéger, mais elle la choisit comme utile et non comme vraie ; et voilà pourquoi elle n'a pas le droit de défendre les enseignements contraires : elle n'est pas compétente pour juger de leur fausseté; ils ne peuvent donc être l'objet de ses lois prohibitives; et, si elle en fait, elle n'aura pas le droit de punir les contrevenants: je n'ai pas dit les rebelles, il n'y en a point où l'autorité n'est pas légitime. »

Pratiquement, Turgot demande l'indépendance absolue des prêtres de toutes les religions, dans l'ordre spirituel. Il veut, en outre, que chaque village ait son curé ou le nombre de ministres nécessaires à son instruction, et que la subsistance de ces ministres soit assurée indépendamnient de leur troupeau,

* M. de I^amartine, VEtat, PEglise et V Enseignement.

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c'est-à-dire par des biens-fonds. Il prévoit avec raison que, sans cette mesure, qui ne s'applique du reste qu'à la religion protégée par l'État, on verrait, par l'effet des révolutions qui s'opèrent dans l'esprit humain , tous les cultes s'élever successivement sur les ruines les uns des autres, et l'avarice laisser une grande partie du territoire privé de tout enseignement religieux. Quant aux cultes simplement tolérés, il en met l'entretien à la charge exclusive de leurs sectateurs, et pense que l'État ne doit pas permettre qu'ils soient dotés de fonds inaliénables, parce que c'est créer un obstacle à la fusion désirable, et qui pourrait se réaliser à la longue, de toutes les croyances rehgieuses.

Les Lettres sur la tolérance et le Conciliateur n'agitent pas seulement la question des vi'ais rapports de l'Église et de l'État. On peut encore considérer ces opuscules comme un cours de morale appliqué à la politique, qu'il est impossible de lire sans un profond respect pour la mémoire de Turgot. On jugera de tout ce que nous ne saurions dire à cet égard, par ces paroles dirigées contre le faux principe , qu'on peut sans scrupule sacrifier tous les droits individuels au bien prétendu de l'État : « On s'est beaucoup trop accoutumé dans les gouvernements, s'écrie-t-il, à immoler toujours le bonheur des particuhers à de prétendus droits de la société. On oublie que la société est faite pour les particuliers; qu'elle n'est instituée que pour protéger les droits de tous, en assurant l'accomplissement de tous les devoirs mutuels. »

Les articles Foires et marchés, et Fondation, de l'Encyclopédie , continuèrent la démonstration de cette rare intelligence économique dont Turgot avait donné la preuve dans la Lettre sur le papier-monnaie. Si on les rapproche de l'article Économie politique , charité que Jean-Jacques faisait dans le même temps au gigantesque Dictionnaire de Diderot, rien ne sera plus propre à montrer quelle différence il y a d'un véritable philosophe à un rhéteur ou à un utopiste. Mais c'est surtout dans V Éloge de Gournay que l'éducation de l'illustre disciple des physiocrates paraît être terminée. Le panégyrique des

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