‹ Œuvres;Chapitre 23 sur 112 · L NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT · texte numérisé non relu

L NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT

La terre est l'unique source de toute richesse , et les cultivateurs, chaque année, recueillent immédiatement cette richesse des mains de la nature.

Le produit brut annuel de la terre se divise nécessairement en deux parts ; l'une, soit que la circulation s'en opère en nature ou à l'aide de l'argent, sert à rembourser les avances et à solder les profits et les salaires des cultivateurs ; l'autre est, sous forme de monnaie, livrée aux propriétaires à titre de revenu , qui est la richesse que donne la terre au delà des frais et reprises de ceux qui l'exploitent.

La classe industrielle vit en partie sur le produit net ou revenu de la terre, et en partie sur son produit brut, par l'échange qu'elle fait de son travail, au moyen de l'argent, avec les propriétaires et les cultivateurs.

Les deux classes laborieuses ont cela de commun, qu'elles vivent de profits ou de salaires. La classe propriétaire jouit seule d'un revenu, et c'est sur ce revenu, la seule richesse qui soit disponible dans l'État, que l'impôt doit porter exclusivement.

Mais, entre les deux classes laborieuses, « il y a cette différence essentielle » , dit Turgot , « que le cultivateur produit son propre salaire, et en outre le revenu qui sert à salarier la classe des artisans et autres stipendiés; au lieu que les artisans reçoivent simplement leurs salaires, c'est-à-dire leur part de la production des terres en échange de leur travail, et ne produisent aucun revenu. Le propriétaire n'a rien que par le travail du cultivateur ; il reçoit de lui sa subsistance et ce avec quoi il paye les travaux des autres stipendiés. Il a besoin du cultivateur par la nécessité de l'ordre physique, en vertu duquel la terre ne produit point sans travail ; mais le cultivateur n'a besoin du propriétaire qu'en vertu des conventions et des lois qui ont dû garantir aux premiers cultivateurs et à leurs héritiers la propriété des terres qu'ils avaient occupées , lorsméme qu'ils cesseraient de les occuper, et cela pour prix des

plaçant lui-même à un point de vue scientifique analogue, n'hésitait pas à diviser les travailleurs en prodMC/î/Jî et «on productifs.

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avances foncières par lesquelles ils ont mis ces terrains en état d'être cultivés, et qui se sont pour ainsi dire incorporées au sol même. Mais ces lois n'ont pu garantir à l'homme oisif que la partie de la production que la terre donne au delà de la rétribution due au cultivateur. Le propriétaire est forcé d'abandonner celle-ci, à peine de tout. perdre. Le cultivateur, tout borné qu'il est à la rétribution de son travail, conserve donc cette primauté naturelle et physique qui le rend le premier moteur de toute la machine de la société, qui fiiit dépendre de son travail seul et sa subsistance, et la richesse du propriétaire, et le salaire de tous les autres travaux \ »

Cette théorie générale du mécanisme de la formation et de la distribution de la richesse a pour complément ces autres obsenations, empruntées encore à la nature des choses.

«Le simple ouvrier, qui n'a que ses bras et son industrie, n'a rien qu'autant qu'il parvient à vendre à d'autres sa peine. Il la vend plus ou moins cher;. mais ce prix, plus ou moins haut, ne dépend pas de lui seul ; il résulte de l'accord qu'il fait avec celui qui paye son travail. Celui-ci paye le moins cher qu'il peut; comme il a le choix entre un grand nombre d'ouvriers, il préfère celui qui travaille au meilleur marché. Les ouvriers sont donc obUgés de baisser le prix à l'envi les uns des autres. En tout genre de travail, il doit arriver, et il arrive en effet, que le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui lui est nécessaire pour lui procurer la subsistance *. »

De cette doctrine, féconde en conséquences de la plus haute portée dans l'application, il résulte que, si l'on considère toutes les nations diverses comme n'en formant qu'une seule, hypotlièse où se sont toujours placés les physiocrates qui recherchaient les principes immuables de la science pure, et non les règles plus ou moins ciiangeantes de l'économie politique appliquée, il n'y a pas d'autre valeur ' annuellement créée dans

' Réftex. sur la form. et la distrib. des richesses, § 17, torae 1, page 45.

* Uid., § 6, page 10.

* Nous disons valeur, et non richesse. Nous renvoyons ceux qui ne nous comprendraient pas à l'étude attentive du Traité de Turgot et à ses Observations sur te Mémoire de M. Gra^liny page 434 de ce volume.

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