‹ Œuvres;Chapitre 33 sur 112 · C NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT · texte numérisé non relu

C NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT

Turgot, l'homme de son siècle qui était le plus pénétré de l'importance des idées religieuses, fut accusé de conspirer la ruine de la religion, parce que son respect pour elle l'empêchait de consentir à ce qu'elle fût un instrument entre les mains de la politique. Maurepas, qui n'y voyait pas autre chose, se ligua avec le clergé, et persuada à Louis XVI, chez qui une foi sincère repoussait Thypocrisie, et n'excluait pas les lumières d'une conscience droite, que la tranquillité de l'État exigeait qu'on ne changeât rien aux serments du sacre. On dit qu'à Reims, ce prince faible et consciencieux remplaça, par des paroles inintelligibles, les formules que le clergé avait réussi à maintenir. Turgot, après l'accomphssement de la cérémonie, lui adressa un Mémoire, dans lequel il prouve au monarque que ses convictions religieuses lui font un devoir impérieux de ne pas tenir pour valides des engagements injustes \

Les réformes que Turgot accomplit postérieurement, les projets insensés que des ennemis ou des rêveurs enthousiastes lui prêtèrent, accrurent le nombre des adversaires de son administration dans une proportion si considérable, que, dès la fin de 1775, on pouvait déjà conjecturer que le vertueux ministre ne resterait pas longtemps au pouvoir. L'année 1776 devait voir la lutte de l'intérêt privé contre l'intérêt général s'élever à son apogée; mais elle devait voir aussi le dernier principe ne conserver, pour ainsi dire, qu'un seul défenseur, et un prince qui voulait sincèrement le bonheur du peuple, sacrifier aux clameurs de l'égoïsme le seul homme qui fût capable de raffermir son autorité chancelante.

Turgot, qui considérait l'inégalité des conditions comme un fait nécessaire, qui trouvait normal le partage des hommes en propriétaires, en capitalistes et en simples travailleurs, mais qui professait également que « la morale regarde tous les hommes

gitimer l'union des hérétiques. En outre, pour exprimer des doléances si peu conformes au véritable esprit du christianisme, il avait choisi deux hommes qui croyaient à peine en Dieu , Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, et l'abbé de Talleyrand-Périgord que, par une autre singularité, nous devions voir mourir avec le titre de membre de l'Académie des Sciences morales et politiques. • Voyez tome 11, page 492.

NOTICE HISTORIQUE SUR TURGOT. ci

du même œil, quelle reconnaît dans tous un droit égal au bonheur^ >, tirait de cette dernière opinion la conséquence, que l'inégalité n'est rationnelle qu'autant qu'elle dérive uniquement de la nature des choses. De là, sa haine pour les privilèges, les monopoles et toutes les institutions, en un mot, qui tendent à distribuer la richesse d'une manière artificielle, et à déshériter la moralité, l'intelligence, le travail, du droit de l'acquérir. De là, son insistance sur le grand principe de la liberté industrielle et commerciale, qu'il réclamait plus encore au nom de la justice qu'au nom de l'économie politique. Delà, en un mot, son amour profond de l'égalité civile, que tous ses actes eurent pour but d'établir. De là, enfin, les mémorables édits pour l'abolition de la corvée, la suppression des jurandes, la libre circulation des vins, et plusieurs autres encore, derniers efforts d'un ministère qui préparait, dans l'avenir, la complète émancipation du travail.

Turgot commença cette difficile entreprise dès le mois de janvier 1776, en soumettant au roi un Mémoire où il lui proposait V l'abolition de la corvée, 2" celle des droits existant à Paris sur les grains, farines, et autres denrées de nécessité première pour le peuple; 3° celle des offices sur les quais, halles et ports de la même ville; 4° celle des jurandes; 5° celle de la caisse de Poissy, et 6° enfin, une modification dans la forme dets droits imposés sur les suifs \ Ce Mémoire, accompagné du texte des édits, qui l'étaient eux-mêmes de préambules où le législateur parle pour la première fois aux hommes un langage oMgne d'eux et de lui-même, fut mis sous les yeux du Conseil. On ne sait pas, d'une manière bien précise, l'impression qu'en éprouvèrent les collègues du contrôleur-général ; mais on peut la préjuger par l'esprit des observations auxquelles Miron.>énil se livra sur la loi relative à la suppression de la corvée.

* Deuxième lettre sur t'a tolérance, II, p. 680.

* Les édits concernant, I es grains et les offices opéraient dans la capitale une réforme du genre de celles qt li avaient eu lieu à Rouen et dans les autres villes. On comptait à Paris 5,200 charg eurs, déchargeurs, rouleurs, etc., de grains, que la dernière mesure supprimait.

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