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A cette leçon sur le crédit succède une autre , qui n'est pas moins irréprochable, sur la monnaie. Si l'on en compare le texte aux idées émises, à la même époque et sur la même matière, par Montesquieu, dans Y Esprit des lois, il sera facile de se convaincre que le rapprochement ne tourne pas à l'avantage du grand publiciste qui venait d'assurer à son nom l'éternel hommage de la postérité. Sans doute Montesquieu , quoiqu'il définisse la monnaie : un signe qui représente la valeur de toutes les marchandises^, n'est pas tombé dans les erreurs monstrueuses de l'abbé Terrasson; sans doute, encore, il n'a pas mérité le reproche trop dur de n'avoir rien entendu à la théorie des instruments de l'échange ^ ; mais cependant il faut convenir qu'il y a loin, de ses concepts vagues et hasardés sous ce rapport, aux théorèmes lumineux et positifs de Turgot. On voit dans le dernier un écrivain complètement maître de son sujet , et dans le premier un homme de génie dont l'intelligence s'est aventurée hors de ses domaines.
La doctrine, que la monnaie est un signe , doctrine moins singulière à coup sûr que son application, dont il avait l'exemple sous les yeux, avait amené l'académicien défenseur du système à s'exprimer ainsi : « Qu'importe que le signe soit d'argent ou de papier ? Ne vaut-il pas mieux choisir une matière qui ne coûte rien , qu'on ne soit pas obligé de retirer du commerce où elle est employée comme marchandise , enfin qui se fabrique dans le royaume, et qui ne nous mette pas dans une dépendance nécessaire des étrangers et possesseurs
* Esprit des lois, livre XXII, chapitre ii.
■^ J.-B. Say, Cours d'économie politique, tomel, page 382, seconde édition. — Say fait suivre ce reproche de ces mots : « Et j'ajouterai que personne n'y entendait plus que lui, jusqu'à Hume et Smith. » Il nous semble qu'ici l'illustre économiste se laisse emporter beaucoup trop loin par sa juste admiration pour le philosophe de Glascow. On trouve, longtemps avant Smith, des idées justes émises sur la nalure et la fonction de la monnaie. L'écrit de Turgot, que nous citons, en est une preuve ; son Mémoire sur les valeurs et monnaies une autre, et une autre encore, le Prospectus d'un nouveau Dictionnaire du commerce, par l'abbé Morellet. Et quant à Hume, on ne peut certainement pas le comparer, comme économiste , ni à Turgot , ni à Morellet. Law n'était pas non plus un ignorant en cette matière.
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des mines , qui prolitent avidement de la séduction où l'éclat de l'or et de l'argent a fait tomber les autres peuples; une matière qu'on puisse multiplier selon ses besoins, sans craindre d'en manquer jamais , enfin qu'on ne soit jamais tenté d'employer à un autre usage qu'à la circulation ? Le papier a tous ces avantages, qui le rendent préférable à l'argent. »
Mais Turgot répond au Qu'importe de l'abbé Terrasson, par un exposé des vrais principes de la matière. Il fait voir en peu de mots que la monnaie n'est pas un signe de richesse, mais une richesse réelle ; qu'elle ne représente pas les marchandises, mais qu'elle est marchandise elle-même. Il dit pourquoi les métaux précieux sont plus propres que tout autre produit à remplir la fonction de monnaie , pourquoi il est de l'essence de la monnaie d'être une matière pourvue de valeur, et quel rôle joue réellement le papier, quand il apparaît dans la circulation. « C'est donc, lit-on dans la Lettre à l'abbé de Cicé, comme marchandise, que l'argent est, non pas le signe, mais la commune mesure des autres marchandises ; et cela, non pas par une convention arbitraire fondée sur Y éclat de ce métal , mais parce que , pouvant être employé sous diverses formes comme marchandise, et ayant, à raison de cette propriété , une valeur vénale un peu augmentée par l'usage qu'on en fait aussi comme monnaie, pouvant d'ailleurs être réduit au même titre et divisé exactement , on en connaît toujours la valeur. L'or tire donc son prix de sa rareté , et, bien loin que ce soit un mal qu'il soit employé en même temps et comme marchandise et comme mesure , ces deux emplois soutiennent son prix. »
« Il est absolument impossible , ajoute l'auteur, que le roi substitue à l'usage de l'or et de l'argent celui du papier. L'or et l'argent, même à ne les regarder que comme signes, sont actuellement distribués dans le public, parleur circulation même, suivant la proportion des denrées , de l'industrie, des terres, des richesses réelles de chaque particuHer, ou plutôt du revenu de ses richesses comparé avec ses dépenses. Or, cette proportion
nepeut jamais être connue, parce qu'elle est cachée, et parce I. h
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qu'elle varie à chaque instant par une circulation nouvelle. Le roi n'ira pas distribuer sa monnaie de papier à chacun suivant ce qu'il possède de monnaie d'or, en défendant seulement l'usage de celle-ci dans le commerce ; il faut donc qu'il attire à lui l'or et l'argent de ses sujets, en leur donnant à la place son papier, ce qu'il ne peut faire qu'en leur donnant ce papier comme représentatif ôe l'argent. Pour rendre ceci clair, il n'y a qu'à substituer la denrée à l'argent, et voir si le prince pour» rait donner du papier pour du blé , et si on le prendrait, sans qu'il fût jamais obligé de rendre autrement. Non , certainement, alors les peuples ne le prendraient pas; et si on les y voulait contraindre, ils diraient javec raison qu'on enlève leur blé sans payer. Aussi les billets de banque énonçaient leur valeur en argent ; ils étaient de leur nature exigibles; et tout cré^dit l'est, parce qu'il répugne que les peuples donnent de l'argent pour du papier. Ce serait mettre sa fortune à la merci du prince... C'est donc un point également de théorie et d'expérience , que jamais le peuple ne peut recevoir le papier que comme représentatif de l'argent, et par conséquent convertible en argent, »
La lettre découvre ensuite toute l'absurdité de l'hypothèse du remplacement de l'impôt par des émissions périodiques de papier-monnaie. Il faut alors, explique Turgot, ou que le papier vienne faire concurrence aux espèces dans la circulation, ou qu'il y tienne lieu des métaux précieux démonétisés. Dans le premier cas, la nature des choses veut que le prix de tout ce qui est dans le commerce ^s' élève avec l'accroissement des unités monétaires; mais le papier qui n'est qu'un signe, un simple instrument de l'échange , dépourvu de toute valeur intrinsèque, ne pourra se maintenir en équilibre avec l'argent qui, à cette même qualité d'instrument de l'échange, joint celle de marchandise. Les billets se décrieront donc de jour en jour; et plus ils se décrieront, plus les besoins de l'État forceront à les multiplier, c'est-à-dire à user d'un remède qui aggravera le mal, et finira par anéantir ce crédit imaginaire. Dans /^second cas, en le supposant praticable d'abord, on n'échappe