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LE PURGATOIRE

CHANT PREMIER

Après une iovocalion aux Muses, le divin poêle raconte qu'au lever de l'aurore, se trouvant dans une Ue avec son guide, il rencontra Caton d'Ulique. — Sur la permission qu'il reçut de monter au Purgatoire, il se dirigea avec Virgile vers la mer. — Là, d'après le conseil de Caton, Virgile lava le visage de Dante, et lui mit une ceinture de jonc.

Pour courir sur de meilleures eaux, maintenant l'esquif de mon génie va hausser les voiles, en laissant derrière lui une mer si cruelle.

Ainsi je chanterai ce second royaume où l'esprit humain ge purifie et devient digne de monter au ciel.

Donc que la poésie morte se relève, ô saintes Muses! puisque je suis vôtre, et qu'ici Calliope s'élève un peu*.

En accompagnant mon chant de cette voix dont les misérahles Pies furent si frappées, qu'elles désespérèrent de leur pardon*.

La douce couleur du saphir oriental qui se mêlait à la sérénité de l'air pur jusqu'à ce premier cercle ',

Ramena la joie dans mes yeux aussitôt que je fus sorti de l'air mort qui m'avait attristé les regards et le cœur.

La belle planète qui conseille d'aimer * faisait sourire tout

* Vos, 6 Calliope, precor, aspirate canenti.

(Virgile.)

■Les tilles de Piérus, roi de Pella en Macédoine, ayant défié les Muses, farea Taincues et changées en pies. (Ovide, V, Met.)

* Le ciel de la lune, selon le système de Ploléméc.

* La planète de Venus,

302 LA DIVUiE COMÉDIE.

Vonejfit, en effaçant le signe des Poissoiis qui venaient à sa suite.

Je me tournai à main droite, et je dirigeai mon esprit vers l'autre pôle, et je vis quatre étoiles * qui ne furent jamais vues que par les premiers hommes.

Le ciel semblait se réjouir de leur éclat. 0 septentrion ! contrée vraiment veuve, puisque tu es privée de contempler ces étoiles !

Lorsque je me fus détaché de cette contemplation, en me tournant un peu vers l'autre pôle, vers le point où le char venait de disparaître •,

Je vis près de moi un vieillard seul, et digne, par ses âiH hors, de tant de respects, qu'un père n'en doit pas inspirer davantage à son flls^

Il portait une longue barbe mêlée de poils blancs et semblable à ses cheveux, dont un double flocon venait tomber 8UP s» poitrine.

liCs rayons des quatre lumières saintes répandaient sur sa figure tant d'éclat, que je le pouvais voir consme si ]% soleil eût été devant lui :

« Qui êtes-vous, vous qui, allant contre le fleuve aveugle^ avez fiii la prison éternelle? dit le vieillard en agitant sa barbe vénérable.

» Qui vous a guidés, ou qui a été votre flambeau pour sortir de la profonde nuit qui rend continuellement noir^ lu vaUée infernale ?

ïè Les lois de l'abîme sont-elles ainsi rompues? ou un nouveau décret a-t-il été rendu dans le ciel, que vous, daiQ'» nés, vous veniez ainsi dans mes grottes? »

>Jors mon guide m'engagea, par ses paroles, ses gestes et ses regards, à être respectueux, à plier le genou et à baisser les paupières.

* Les quatre vertus cardinales, d'après Lombardi, c'est-à-dire la Pradence, U lMtic(>, la Force et la Teiupérancs.

' Le cbar de la grande Ourse.

* Caton d'Utiquc. — Dante imiit Virgile au huitième livre de VÉnéUi

Secretosque pios; his dautero jura Catonem,

Ensuite il répondit : « Je ne suis point venu de moimême; une femme, desœndue du ciel*, m'a prié d'aider celui-ci en l'accompagnant. •

» Mais puisque c'est ta volonté que nous t'expliquions davantage quelle est notre vraie condition, la mienne ne peut être de rien refuser.

» Celui-ci n'a point vu sa dernière soii'ée, mais il en fut si près par sa folie, qu'il ne lui restait que très-peu de temps à parcourir.

» Ainsi, comme je l'ai dit, je fus mandé vers lui pour le sauver , et il n'y avait pas d'autre chemin que celui où je me suis engagé.

» Je lui ai montré toute la race coupable j à cette heure, je veux lui montrer les esprits qui se pmifient sous ton commandement.

» Comment je Tai entraîné, serait trop long à te dire j d'en haut vient la lumière qui m'aide à le conduire ici pour te voir et t'entendre.

» Veuille donc accueillir sa venue ; il s'en va cherchant la liberté qui est si chère, comme le sait celui qui pour elle méprise la vie.

D Tu le sais, toi, qui pour elle ne trouvas pas la mort amère, et laissas à Utique ^la dépouille qui, au grand jour, paraîtra si brillante» .

» Les édits étemels ne sont pas révoqués pour nous. Celui-ci est vivant, etMinos ne me retient pas; moi, je suis du cercle ou sont les yeux chastes

» De ta Marcia qui semble encore te prier, ô cœur saint! de l'avoir pour compagne et pour tienne ; par son amour laisse-toi donc fléchir pour nous;

» Laisse-nous aller dans tes sept royaumes ; et je lui en rendrai grâce, si tu permets que là-bas on parle de toi.

— Marcia plut tant à mes yeux, tant que je fus sm- terrci répondit-il alors, que toutes les grâces qu'elle voulut, elle les obtint de moi;

* Béatrice ; Enf,, ch. U.

304 LA diyuïe comédie.

» A présent qu'elle habite par delà le fleuve coupable, elle ne peut plus m'émouvoir, à cause de la loi qui fut faite quand je sortis des limbes ^

» Mais si une femme du ciel t'anime et te dirige, comme tu le dis, tu n'as nul besoin de ces douces flatteries : il suffit, piès de moi, de te réclamer d'elle.

» Va donc, ceins celui-ci d'un jonc souple et uni*, lavelui le visage, et eflace de lui toute souillure.

» Car il ne conviendrait pas que, l'œil couvert d'aucun image, il parût devant le premier ministre que tu vas voir et qui est de ceux du paradis.

» Cette petite île, là-bas, là-bas, dans ce lieu que battent les ondes, produit des joncs sur sa terre molle et limoneuse.

» Nulle plante donnant des feuilles ou bien qui s'endurcit ne peut y avoir vie , parce qu'elle ne plierait pas aux attaques des eaux ;

» Ensuite ne revenez pas de ce côté. Le soleil qui se lève vous montrera où gravir la montagne par une pente plus douce. »

Alors fl disparut. Et moi je me levai sans parler, et je me rangeai tout près de mon guide, et je dirigeai vers lui mes regards.

11 commença : « Mon fils, suis mes pas, et retournons en arrière , car par là cette plaine va toujours en s'abaissant jusqïi'à ses dernières limites. »

L'aube chassait déjà l'heure du matin qui fuyait devant elle, et de loin j'aperçus le tremblement de la mer.

Nous allions dans la plaine déserte, comme des hommes qui cherchent le chemin qu'As ont perdu , et croient aller en vain tant qu'As ne Tout pas retrouvé.

Quand nous fûmes à un endroit où la rosée combat Tardcur du soleil, et, protégée par Tombre, ne peut guère s'évaporer,

Mon maître posa doucement ses deux mains ouvertes sur l'herbe fj-aîche, et moi, m'avisant de son dessein,

'A la venue dii Christ. Enf,^ ch. iv.

* Emblème de la patience, de la simplicité et de rbamililë.

LE mGATOntG. GRAIIT H. 905

Je lui prâieotai mes joues humides de larmes. Alors re« parut par lui cette couleur que l'enfer avait cachée.

Nous arrivâmes ensuite sur la plage déserte qui jamais ne vit naviguer sur ses eaux homme capable de retourner Air la terre.

Là il me fit une ceinture comme Fautre l'avait commandé. O merveille ! à peine arrache-t-U une des humbles plantes qu'une pareille renaît soudain^

Là même d*où il l'avait arrachée > !

CHANT IL

▲■ lever du soleil, les deax poètes, étant encore snr le HTagc, Tirent glisser sur le mef nne barque tonte remplie d'Ames, et qu'un Ange conduisait vers le Purgatoire. — Parmi ces Ames, Dante reconnaît son ami Caselb, musicien illuslre. — Casella s'ooblie à chanter, et Dante à iVconter chantant. — Colère de Caton, qui leur reproche tant de lenteur à s'avancer vers lé lieu où Ion se purifie.

Déjà le soleil était parvenu à rhorizon dont le méridien couvre Jérusalem de son point le plus élevé.

Et la nuit, qui décrit son cercle à l'opposé*, sortait du Cangc en tenant la Balance , qu'elle laisse tomber de ses mains quand elle Tempoi-te sur le jour.

Ainsi là où apparaissait le soleil, les joues blanches et vermeilles de la belle Aurore devenaient, par trop d'âge, d'une couleur d'orange.

Nous étions encore au bord de la mer, pareils à des gens qui pensent à leur chemin, et dont l'esprit marche, mais dont le corp9 demeure.

Mais voilà! de même qu'à rapproche du matin, Mai*s, à travers les épaisses vapeurs, rougit du côté du Ponant, audessus de l'onde marine,

De même (oh! puisse -je la revoh!) une lueur m'apparul,

* Primo avulso non déficit altcr. '

(Virgile, 1. ▼!.)

* A lopposd du signe du Bélier où se trouvait Dante, comme il dit au ehant I de i'Enftr, vers 38«

806 LA DIYmV COMÉDIB.

qui venait sur la mer^ et d*un mouvement si rapide^ que le vol d'aucun oiseau ne pourrait l'égaler.

Et ayant un peu détourné les yeux afin d'interroger moh guide, je la revis plus lumineuse et déjà plus grande.

Puis de chaque côté m'apparaissait je ne sais quoi de blanc d'où sortait peu à peu quelque autre objet Uanc comme le premier.

Mon maitre ne dit mot jusqu'à ce que les premières formes blanches eussent ouvert leurs ailes. Alors ^ reconnaissant bien le gondolier,

n s'écria : « Sus! sus! que tes genoux se plient! Voici l'ange de Dieu! joins les mains; désormais tu verras de pareils ministres.

» Vois comme il dédaigne les moyens humains. Il ne teut point de rames, ni d'autres voiles que ses ailes sur ces rivages si éloignés des vivants.

« Vois comme il les tient dressées vers le ciel, battant l'air de ses plumes étemelles qui ne muent point comme la chevelure des mortels. »

Plus s'approchait de nous l'oiseau divin, plus brillant il apparaissait, de sorte que de près les yeux ne pouvaient soutenir sa splendeur.

Je les baissai ; et lui s'en vint au rivage avec une barque si frêle et si légère, qu'à peine elle enfonçait un peu dans Teau.

A la poupe se tenait le céleste nocher, et tel que sa béatitude se voyait écrite sur ses traits, et plus de cent esprits étaient assis dans la barque.

In exilu Israël de jEgyplo, chantaient-ils tous ensemble^ et à l'unisson, et avec un recueillement digne*de ce grand psaume.

L'ange ayant fait sur eux le signe de la croix sainte, tous se jetèrent sur la plage, et lui s'en retourna, comme il était venu, léger.

La troupe laissée là par l'ange semblait étrangère à ce lieu, et regardait à l'entour comme quelqu'un qui examine dûs choses nouvelles.

Le soleil dardait le jour de tous points, et, avec ses flèches inévitables, il avait chassé le Capricorne de la moitié du ciel,

Quand la nouvelle troupe leva vers nous le front en nous disant : « Si vous le savez, montrez-nous le chemin qui conduit à la montagne. »

Et Virgile répondit : « Vous croyez peut-être que nous connaissons ce lieu, mais, comme vous, nous sommet étrangers,

» Et venus peu d'instants avant vous, mais par une autre route si âpre et si dure, que ce sera comme un jeu pour nous de gravir la montagne. »

Les âmes, qui s'aperçurent à ma respiration que j'étais encore vivant, devinrent pâles d'étonnement;

Et, comme autour d'un messager portant la branche d'oUvier, la multitude se presse pour entendre les nouvelles, et que personne ne craint de se fouler.

Ainsi, autour de moi, se suspendirent ces âmes fortunées^ oubliant de s'aller faire belles.

J*en vis une s'avancer avec tant d'affection pour m'embrasser, qu'elle m'entraîna à faire comme elle.

0 ombres vaines! excepté pour la vue. Trois fois autour d'elle j'enlaçai mes bras, autant de fois je les ramenai seuls sm* ma poitrine *.

Mon étonnement, je crois, se peignit sur ma face, car l^ombre sourit et se retira, et moi, qui la suivais, j'avançai encore.

Elle me dit doucement de rester en repos ; alors je connus qui elle était, et je la priai de s'arrêter un peu pour me parler.

Elle me répondit : « Comme je f aimais avec mon corps mortel, ainsi je t'aime délivré de mon corps ^ aussi je m'arrête. Mais toi, pourquoi viens-tu ici?

* Ter conatus eram coUo dare bracchia circùm.

Ter frustra coniprensa manos effugit imago, Par levibus ventis volacrique simillima soinno. (Virgile, I. VI.)

9M ' ijk MTiMibiinilMiL'^^

— Mon CaseUaS je fttls ce tojagi pour relomtierM monde des \ivant8, dont Je soif aaéorc. Âfaîs toi, canuDent ce lieu doux et tcnible t'a-t-41 été si longlemiïs n^ruséfi

Et lui à moi : « Nul tort ne m'a été fait par celui-là qui nous passe quand et comme il M'pIaU^ bieu qu'il m'id plusieurs fois refusé ce passage^

)» €ar c'est une volonté juste qui est la règle de h $i<mi^ En vérité, depuis trois mds il a recueilli tous ceux qm ont voulu entrer avec la paix divine ^.

» Ainsi, moi^ qui me trouvais sur le boi^ de la m&à Peau du Tibre devient salée, je fus reçu par lui mm J)îefl* veillancc,

» Auprès de cette embouchure oii 0 dresse ses ailFi^ pai'ce que là se rassemblent toij^fours ceux qui ne descendent pas vera TAch&'on'. i> ,

Et moi : « Si une nouvelle loi ne t'enlève pas la mëmoiM ou Fusage de ces chants amoureux qui avaîent couioiÉ d'apaiser toutes mes peines ^

» Console un peu mon âme, qui, en venant ici avecsOi corps, s'est remplie de tant de troubles et de terreurs, i ,

Il se mit alors à chanter avec tant de douceur : lootr qui parle à mon esprit *, que sa douce voix vibre encore ta fond de mon âme.

Mon maître et moi, et les ombres qui entouraient je chanteur, nous paraissions contents, comme si nul autre penser n'eût dû nous toucher.

Nous marchions suspendus et attentifs à ces chants; nttb voilà que le noble vieillard s'écria : « Qu'est ceci, es^Nrits paresseux?

» QueJle est cette négligence? pourquoi différer ainâ? Gourez à la montagne vous dépouiller de l'écorce qui empêche Dieu de pénétrer jusqu'à vous! »

' « C'csloit un cxccUeot musicien de Florence, grand ainy do Dante, areckfMl il alloit souvent se resjouir quand il estoit las d'estudier. » (Grangier.)

* C'est-à-dire, tons ceux qui ont prolité des indulgences do jubilé oi mois de décembre de l'année 1360 par Bouiface YlII.

' Le port d'Ostic, près de Rome.

* € Amor ckc uclla meute mi ragiona } » début d'une cantonc de D^nle.

UB nmcATomc. cbaitt m. 309

Telles lescolombes ràrnies pour dérober le blë ou Fhraie fea TODt à leur pftture tranquillement^ et sans faire entenfae leur roucoulement ordinaire,

Mais si une chose surrient dont elles aient peur, quittent nudainement leur manger^ parce qu'un soin plus grand les ■dsit;

Telles ces âmes nouvellement arrivées délaissèrent le diant pour s'enfuir vers la côte^ comme un homme qiii va et ne sait où il arrivera.

Notre fuite, à nous, ne fut pas moins prompte.

CHANT III

Uf deax po^t s'apprêtent & gniTir le mont da Purgatoire. — Ils ea tromreDi la nMe bien pénible — Ames des Excommuniés, qui doivent attendre nn crrtaia Itaqw avnnt de povrolr se rendre an lien expiatoire. — Parmi ces Ames est celle de Mainfroy, roi de la PoniUe et de la Sicile.

Pendant que cette fuite soudaine dispersait dans la campagne ces âmes qui s'en retournaient vers la montagne où la raison nous attire ^,

Je me rapprochai de mon fidèle compagnon : eh ! comment, sans lui, aurais-je fait mon voyage? qui m'auiuit soutenu jusqu'au sommet de la montagne?

11 me semblait avoir des remords de lui-même. 0 conscience digne et pure ! comme une petite faute est pour toi une amère morsiu'e !

Quand ses pieds quittèrent enfin cette marche hâtée quiôte à toute action sa noblesse, mon esprit, jusqu'alors enchaîné,

Dirigea son attention vers le point où il tendait, et tourna mes regards du côté de ce mont qui s'élève jusqu'au ciel le plus haut.

Le soleil qui, derrière moi, brillait rouge, se trouvait rompu devant moi , parce que mon corps était un obstacle aux rayons.

> la montagne dn Porgatoire.

Je me retournai avec la crainte d'être abandonné^ quand je vis que devant moi seulement la terre était obacure^

Et mon soutien me dit : « Pourquoi cette déûancei et ' pourquoi te retourner ainsi? Ne me crois-tu plus avec toi? Crois-tu que je ne suis plus ton guide ?

» Déjà Vesper se trouve là où est enseveli le corp3 ddas lequel je formais une ombre. Naples le possède et l'a enlevé à Brindes *;

» Maintenant si nulle ombre ne s'étend devant moi ^ n% t'en étonne pas plus que du spectacle des deux 5 car un rayon ne projette aucune ombre sur un autre rayon.

» La vertu divine rend tios corps , qui ressemblent aux vôtres^ capables de sentir les tourments^ et le froid et le chaud; mais comment cela se fait^ elle ne veut pas nous le découvi'ir.

j> Insensé est celui qui espère que noire raison pourra pénétrer le mystère infini qui tient une seule substance «n trois personnes.

» Race humaine, contentez-vous du quia*. Si vous aviez pa tout voir^ il n'eût pas été nécessaire que Marie enfantât.

n Et tels ont désiré vainement, dont eût été satisfait lô désir qui leur est éternellement imposé Comme supplice.

* Je parle d'Aristote, de Platon, et de beaucoup d'autres. » Ici il pencha le front ^ ne dit plus rien et resta colnmé troublé.

Nous arrivâmes enfîn au pied de la montagne! Là nous trouvons les roches si escarpées, que les jambes les plus promptes nous seraient inutiles.

La route la plus déserte, la moins frayée, entre Lerici et Turbia ', est, auprès de celle-ci, un escalier lai'ge et facile.

* Brindes, où rooarot Virgile.

Manlua me genuit, GtUbrI rapuère, tetiel ntine Parlbenope... (Vuo.)

* Du parce que, state contcnti, umana gente, al quia. — Comme DantO) dantMt texte italieD, nous conservons en français toutes ces formules latines de Tcoole*

* Deux bourgs dans l'état de Gènes.

LE PURGATOIRE. CHAr<T III. 311

« Maintenant qui sait de quel côté descend le sentier, dit mon maître en arrêtant ses pas, aOn que puisse monter celui gui va sans ailes? »

Et pendant qu'il tenait les yeux baissés, songeant au chemin dans sa pensée, et que je regardais en haut autour des rochers,

A main gauche, j'aperçus une foule d'âmes qui dirigeaient, leurs pas vers nous, et pourtant ne semblaient pas marcher, tant elles venaient lentement.

a Lève les yeux, dis-je à mon maître, en voilà de ce côté qui nous donneront conseil, si tu ne peux en recevoir de toi-même, »

Alors il me regarda, et d'un air plus rassuré me répondit : « Allons de leur côté, car elles viennent lentement; et à toi meilleure espérance, mon doux fils. )»

Cette troupe était encore loin, et je dis qu'après mille pas que nous avions faits, il restait entre nous autant d'espace qu'un bon frondeur en mesurerait d'un coup de pierre ,

Quand elles se réunirent toutes contre lès durs rochers de la rive escarpée, et s'arrêtèrent immobiles et serrées, comme celui qui, doutant de son chemin, regarde et s'arrête.

a 0 vous qui eûtes une bonne fin, esprits déjà élus, s'écria Virgile, oh! par cette douce paix qui, je le crois, est attendue de vous tous,

TU Diies^nous où la montagne s'abaisse, afin qu'il nous soit possible de la gravir, car la perte du temps est plus déplaisante à qui mieux l'apprécie. »

Gomme les brebis sortent de leur enclos à une, à deux, à trois, et que les autres s'arrêtent timides, baissant à terre leurs yeux et leur museau.

Et ce que fait la première les autres le font, montant sur son dos si elle n'avance, simples et paisibles, et ne sachant pourquoi elles font ainsi ;

De même je vis se mouvoir, pour venir à nous, la première âme de cette bande fortunée, pudique de visage, et modeste dans sa démarche.

Lorsqu'elles virent qu'à ma droite, et par l'effet de mon

3i2 LA DIVINE COMÉDIE.

oorps^ la lumière était rompue sm* la terre ^ de façon qu'il y avait une ombre de moi à la grotte,

Elles s'aiTêtèrent , puis reculèrent de quelques pasj et toutes les autres qui venaient après, sans savoir pourquoi , en firent autant.

(( Sans attendre votre demande, je vous avoue que c'est un corps humain que vous voyez ; c'est pourquoi la lumière du soleil est ainsi coupée sur la terre.

» Ne vous émerveillez pas, mais croyez que ce n'est point sans une vertu venue du ciel qu'il cherche à franchir cette barrière, »

Ainsi paila le maître. Alors cette noble troupe : « Eh bien, tournez-vous, dit-elle, marchez devant nous, » et tous nous faisaient signe du dos de la main.

Et un des esprits conunença : « Qui que tu sois, tout en allant ainsi, tourne sur moi les yeux, et cherche en ta mémoire si là-bas tu ne me vis jamais. »

Je me tournai vers lui et le regardai fixement; il était blond et beau, et de gentil aspect; mais un coup avait partagé en deux un de ses sourcils.

Quand je me fus excusé humblement de ne l'avoir jamais vu, il me dit : « Maintenant, vois! » et il me montra une blessure en haut de sa poitrine;

Puis il reprit en souriant : <( Je suis Mainfroy S petit-fils de l'impératrice Constance; donc, je t'en prie, quand tu retourneras sur la terre,

» Va voir ma gracieuse fille, cette mère de l'honneur de Sicile et d'Aragon, et dis-lui la vérité si on dit le contraire.

» Quand on eut percé mon corps de deux coups mortels ', je me remis en pleurant à celui qui volontiers pardonne.

» Mes péchés furent horribles, mais la bonté infinie de Dieu a des bras si grands qu'elle prend tous ceux qui se tournent vers elle.

» Si le pasteur de Cosence, qui fut envoyé par Clément

* Mainrroy ou Blanfred, roi de la Fouille et de la Sicile. A la balaiUo de Cepperano contre Charles d'Anjoa.

U PUtCATOUE. OUlfT IT. SI3

ila chasse de noes os S avait su voir en Diea la face de sa misâdcorde^

« Mes os seraient encore à la tête du pont^ ptès de Bënd- Tent^ et sous la garde des lourdes pierres.

y» Maintenant la pluie les mouille^ le vent les remue hors du royaume^ presque au bord du Verde où on les jeta sous la nuûëdiction des torches éteintes.

» Mais^ par leur malikliction^ l'amour divin n'est pas tellement banni qu'il ne puisse revenir^ tant que l'espérance est verte et peut donner sa fleur.

» U est vrai que celui qui meurt contumace envers la sainte Église^ encore qu'il se repentît à la un, doit rester en dehors de cette rive

» Trente fois autant de temps qu'il est resté dans son obstination^ à moins que cet aiTêt ne soit abrégé par des prières secourables.

» Vois donc si tu veux me faire joyeux en révélant à ma IxMine Constance* comment tu m'as vu^ et quel interdit me retient^

9 Car ici-bas on avance beaucoup par les prières de Il-bas. »

CHANT IV

Par VB lentlcr étroit et très-escarpé, Dante, soutenu par Virgile, arrive péniblement sur nne plate-forme. — Là sont retenus les Nc'gligents, ou ceux qui ont attendu jusqu'à la mort pour se repentir. — Dante reconnaît Delacriua.

Quand^ par l'efTet du plaisir ou de la douleur dont quelqu'une de nos facultés serait frappée, Tâme se recueille en cette faculté.

Il parait que l'âme ne fait plus attention à aucune autre

* L*évèque de Cosence, en Calabre, envoyé par le pape Clément IV pour déterrer le corpc de Maufred excommunié pour ses crimes et ses hérésies.

* Sa fille, qui avait le même nom que l'impératrice Constance, sa bisaïeule.

Si4 LA MnHC CffMtÉftt^

hctdtë^ etced est contre reirenr de ceux qaierQieqlf^|| nous une âme naît et 9e dévebfqie aom vne autre âme*.'

Par cette raison, lorsqu'on entend ou lorsqpi'oa tottiM^ diose qui absorbe fortement rânie dirigée vers elk| te tf^ passe, et llicmune ne s'en aperçoit pas;

Car fane est la faculté qui écoute^ rantre edie tpi rame tout entière I Tune est convpne liéCi et r«iitre eafl

l'eus de ced une sAre expérience en écoutant l'<is(rit^^l en l'admirant parler; car le soldl atait bien fiçpidrt «î^. quante degrés, ;""

Et moi Je ne m'en étals pas a?isé, quand nous irtninflii ||| point où ces âmes nous crièrent à la ftns : « Ici ^ ï'oliM YOtre demande. »

Le villageois, au tempg oti le raisin brunit, ferm fm unefourcbée d'épines une ouverture souvent plus li||||

Que n'était le sentier où mon maître et moi nopi Mii* tftmes seuls, quand la troupç des âmes sq ftit séjpfirioll nous.

On parvient à San-Léo , on descend à Nol}, on vmtui raide des pieds jusqu'au sommet de Bismantua; mais ii% faut voler •,

Je dis avec les ailes légères et les plumes d'un grand désir^ derrière celui qui, me conduisant, me d<Hmait l'espé* rance et éclairait mon chemin,

Nous montions entre les pans rompus des rochers; de chaque côté leurs parois nous serraient, et le sol sur lequ^ i^ous maixhions nous forçait de nous aider des pieds et dés mains '.

Quand nous fûmes sur le bord supérieur du haut ri?age et en plaine découverte : « Mon Maître, dis-je, quelle vols prendrons-nous? »

* Voir Çan. u du baitième coBcila : c Apparet quofldaqi ia Itiiitnn w/gkbdUk Teaisseï ut booiinem duas animas babere impodenter dogmalixent. >

• San-Léo, ville dans le duché d'Urbin ; Noli, port entre Final et SavoDe; Kimaiiu^i montagne de Lombardie.

' < Cecy mmutre combien esloit dirOcilo à escbeler UnontHT • du I

pour à laquelle parvenir il faut «'ayder des pieds qui sont pris pour la I

lontë, et des mains qui signilient les bonnes et saintes œuvres. > (Grangier.)

£t lui à moi : a Qu'aucun de tes pas ne recule; mais gagne derrière tiioi le sommet du monl jusqu'à ce que nous apparaisse une escorte sage. »

Le fiommet était si haut^ qu'il ddpassait la portdc de la tfie^ et la c6te plus droite que la ligne qui va du milieu du cadran au centre.

J'étais las de monter; alors je m'écriai : « 0 mon doux pare I toume-td^ et vois que je vais rester seul si tu ne t'arrêtes pas.

— Mon fils, traîne-toi jusqulci^ » répondit-il en me montrant un rocher qui^ de ce côté^ régnait autour de la mon*" tagne.

Ses paroles m'cperonncrent si fortement, que je m'eiTorçai de grimper après lui, tant que cette roche circulaire se trouva enfin sous mes pieds.

Nous nous assîmes là tous les deux, tournés vers le levant d'oïl nous étions montés, car on se plaît à regarder le chemin qn'oh vient de faire.

Je dirigeai d'abord mes yeux vers les bas-fonds, ensuite }e les élevai vers le soleil, et je m'étonnai que nous en (\i8rions frappés à gauche.

Le poète remarqua bien que je demeurais stupéfié à regarder le char de la lumière qui était entre nous et l'aquilon.

Donc il me dit : « Si Castor et Polliix accompagnaient ce miroir qui jette son éclat et dessus et dessous,

» Tu veiTais le zodiaque rougissant tournoyer encore plus près des Ourses, s'il ne soilait pas de son chemin accoutumé;

» Et si tu veux pouvoir comprendre comment cela est ainsi, tout recueilli en toi-même, imagine que la montagne de Sion et cette montagne sont placées sur la teiTC,

y> De telle façon que toutes deux ont un même horizon et différents hémisphères; donc le chemin que sut mal parcourir le char de Phaéton,

» Tu le verrais nécessairement sur un flanc de cette montagne S tandis que tu le verrais sm* un flanc opposé de

I La montagne du Purgstoirf.

l'autre montagne *, pourvu que ton intelligence examine clairement la chose.

— Certes, mon maître, lui répondis-je, jamais je n'ai vu si clairement comme je vois à cette heure, là où mon esprit semblait itie faire faute.

» Ainsi rhémicercle du mouvement supérieur, qui, dans certain art, s'appelle équateur, et qui reste toujours entre le soleil et l'hiver,

Y> Par les raisons que tu m*as données, s'éloigne de cette montagne vers le septentrion, quand les Hébreux voyaient ce même cercle vers les régions brûlantes du midi.

D Mais, s'il te plaît, j'apprendrais volontiers combien nous avons encore à marcher, car celte montagne s'élève plus haut que ne peuvent s'élever mes regards. »

Et lui à moi : a Cette montagne est telle, qu'à sa base elle est toujours rude à commencer; mais plus on avance en montant, moins elle donne de fatigue.

» Donc, quand elle te paraîtra si douce que ta marche sur ses hauteui's sera légère comme, là-bas, l'est sur la pente de l'eau la marche d'un batelet,

» Alors tu seras à la fin de ce sentier. Attends d*être là pour te reposer de ta peine. Je ne réponds plus rien, car je tiens tout cela pour vrai. »

Et comme il finissait cette parole, une voix résonna près de nous : « Peut-être seras-tu auparavant dans la nécessité de t'asseoir. »

Au son de cette voix chacun de nous se towna, et nous vîmes à gauche une grande pierre que ni lui ni moi n'avions d'abord aperçue.

Nous nous en approchâmes; là étaient des âmes qui se tenaient étendues à Tombre du rocher, comme des gens qui s'étendent par indolence.

Une d'elles, qui me semblait fatiguée, assise parmi les

La moDtagoe de Siom

autres^ embrassait ses genoux et tenait dessus son visage baissé *.

(( 0 mon doux scignem* ! dis-je , considère celui-ci qui se montre plus indolent que si la paresse était sa propre sœur. y> \

Alors celte âme se tourna vers nous, nous examina en dirigeant ses regards par-dessous sa cuisse, et dit : « Va donc là-haut, toi qui es si vaillant ! » .

Je connus alors qui était cet esprit, et la fatigue qui hâtait encore un peu mon haleine ne m'empêcha point d'aller à lui. Et quand

J'en fus tout près, il leva la tète, mais à peine, en disant : « As-tu bien compris pourquoi le soleil mène son char du côté de ton épaule gauche ? »

Ses gestes paresseux et ses brèves paroles excitèrent quelque peu mes lèvres à rire; puis Je commençai : m Belacqua, je ne te plains plus maintenant * ;

» Mais, dis-moi, pourquoi t'asseoie et t'accroupîr ici? Attends-tu une escorte, ou bien tes anciennes habitudes font-elles repris? »

Et lui : « 0 frère! que sert d'aller en haut, puisqu'il ne me laisserait pas ari'iver au lieu des expiations, l'ange de Dieu qui s'assied là sur la porte ?

» Il faut que le ciel me retienne dehors autant d'années que j'en ai passé dans la vie, paice que j'ai remis jusqu'à la fin les bons soupirs de la pénitence.

A moins que i5e m'aide une oraison s'élevant d'un cœur vivant dans la grâce, à quoi bon une autre prière, puisqu'elle n'est pas écoutée dans le ciel? y»

Et déjà le poêle montait devant tnoi en disant : « Viens maintenant, tu vois que le soleil touche le méridien et que la nuit

» Va couvrir de son pied le rivage de Maroc. »

' Abscondil piger manns suas sub ascellas suas, et laborat si eas ad ot coDTCriiU (Salomoo.) ' C'étuii un excellent joaeur de cithare.

318 LA DIVIKE COMÉDIE.

CHANT V

PsrvMti à an lieu pins életë, le poëte reuconire ceux qui, ëUiii morU et moH violente, eurent cependant le temps de se repentir et de se réconcilier avec Diea. — Dante raconte la iin tragique de plusieurs d'entre eux. — La Pia.

J'avais déjà quitté ces ombres, et je suivais les traces de mon guide, quand derrière moi, et en dirigeant son doigt vers ma personne^

Une d'elles s'écria: «Vois! il ne semble pas que le rayon de la lumière brille à gauche de celui qui va le dernier, et il semble se mouvoir comme un vivant. »

Je tournai les yeux au son de ces paroles, et je vis les âmes tout étonnées me regarder moi seul, moi seul et la lumière qui était rompue par mon corps.

D De quoi ton esprit va-t-il tant s'embarrasser, dit le maître, que tu en retardes ta marche, et que t'importe ce qui se murmure ici?

D Marche derrière moi, et laisse dire ces gens. Sois comme une tour solide, dont la cime ne croule jamais par le soufHe des vents,

r> Car toujours Thommc en qui pensée vient sur pensée éloigne de lui le but, car l'impétuosité de l'une affaiblit l'autre*. »

Que pouvais-je répondre , sinon : « Je viens? » Ainsi rd* pondis-je, couvert un peu de cette rougeur qui rend quelquefois un homme digne de pardon.

Cependant, par le travers de la côte, s'en venaient vers nous des âmes qui, verset à verset, chantaient le Mùerere.

Quand elles s'aperçurent qu'à cause de mon corps je ne donnais point passage aux rayons, elles changèrent leur chant en un 0 long et rauque*;

Et deux d'entre elles, en manière de messagers, comii-

' Plnrikus intentus minor est ad singula scnsus. * Mutar lor canlo io un 0 longe e roco.

rent à notre rencontre, et nous dirent : u Informez-nous de votre condition. »

Et mon maître : « Vous pouvez vous en aller et rapporter à ceux qui vous ont envoyés que le corps de celui-ci est de vraie chair.

n S'ils se sont arrêtés pour voir son ombre, conmie j'imagine, on leur a suffisamment répondu; qu'ils lui fassent honneur, car il pourra leur devenir bien cher. »

Jamais je ne vis, au commencement de la nuit, les vapeurs embrasées fendre le ciel pur, ni le soleil abattre les nuages d'août si promptement.

Que ces âmes ne retournassent encore en moins de temps à leur point de départ, et arrivées là elles s'en revinrent à nous avec les autres, comme un escadron qui galope à bride abattue.

« Cette troupe de gens qui nous presse est nombreuse i dit le poète, et vient pour te faire quelque prière; toi, cependant, va, et tout en allant écoute.

— 0 âme qui t'en vas pour être un jour heureude, avec les mêmes membres avec lesquels tu es née, venaient-ils en criant, modère un peu tes pas.

)) Regarde si jamais tu n'as vu aucun de nous dont tu puisses là-bas porter des nouvelles. Ah ! pourquoi t'en vastu? Ah ! pourquoi ne t'arrêtes-tu pas?

» Nous avons tous fini par une mort violente, et nous fûmes pécheurs jusqu'à notre heure dernière ; alors la lumière du ciel nous a rendus sages,

)) Si bien que, repentants et pardonnes, nous scmimét sortis de la vie en paix avec Dieu qui aiguillonne notre cœur du désir de le voir. »

Et moi : « Pourquoi dans vos traits déformés ne recoQ'^ nais-je aucun de vous? Maâs si quelque chose vous plaît que je puisse faire, esprits bien nés,

)) Vous, dites-la, et moi je la ferai, au nom de cette paix qui m'entraîne derrière les pas de ce guide et me fait ainsi la chercher de monde en monde. »

Et l'un commença : « Chacun se fie à ta bienveillance

sans aucun sermenl de toi, pourvu que l'impuissance ne détruise pas ta bonne volonté.

» Donc, moi qui parle avant tous les autres, je te prie^ si jamais tu vois ce pays situé entre la Romagne et le royaume de Charles*,

» De m'accorder le don de tes prières à Fano, afin qu'on y adore pour moi et que je puisse me puriûer de mes fautes si graves.

Y> Je suis né dans cett<4 ville, mais les profondes blessures d'où sortit le sang qui m'animait me furent faites dans cette cité, antique giron des ^n ténor ides*,

n Là où je me croyais le plus en sûreté. D'Esté fit faire cela, lui qui m'avait en haine beaucoup plus que la justice ne le voulait >•

n Si je m'étais enfui vers la Mira, lorsque je fus atteint à Oriaco, je serais encore là où l'on respii^;

» Mais je courus au mai ai s, où les roseaux et la fange m'emban'assèrent tellement que je tombai, et là je vis de mes veines un lac s'étendre siu* la terre. »

Ensuite une autre âme me dit : « Si jamais s'accomplit ce désir qui t'entraîne vers la haute montagne, daigne avec une tendre piété prêter secours au mien.

)) Je fus de Montcfcltro, et je suis Buonconte^. Ni Jeanne ni les autres n'ont cure de moi, c'est pourquoi je vais avec ceux-ci le front baissé. »

Et moi à lui : « Quelle violence ou quelle aventure t'a ainsi aiTaché de Campaldino, que jamais on n'y connut ta sépulture?

— Oh! répondit-il, au pied du Casentin passe un fleuve qui a nom l'Archiano, et qui naît dons l'Apennin, au-dessus de l'Eremo*.

* ta Marche d'AncÀiie. — • Fano, ville dans la Marche. >C*est-à*dire, Padoue, foodce par Anlenor.

'Azzon m d'Bslc Ut assassiner à Oriaco Jacopo dcl Cassero, l'ombre qui Vêt» Cnsc ici.

* BuoncoDte, 61s de Guido de Monlcfellro, et rpoax de Jeanne, Ail tué If U Juin 1289, à la Intaille de Campaldino. H était contre let Gneiféi.

* Couvent de Camaldulcs.

» Là OÙ son nom se perd, j'arrivai, la gorge percée, fuyant à pied et ensanglantant la plaine;

)> Là je perdis la vue, et ma parole finit par le nom de Marie ; là je tombai, et il n'y resta plus que ma chair.

» Je te dirai la vérité, et tu la rediras parmi les vivants : l'ange de Dieu me. prit, et celui de l'enfer criait : « 0 toi du ciel, pourquoi me Tôtes-tu?

» Tu emportes la partie étçmelle de celui-ci pour une petite larme qui me l'enlève; mais je traiterai autrement l'autre partie de lui-même. »

)) Tu sais bien comme dans l'air se condense cette humide vapeur qui se résout en eau dès qu'elle monte là où le froid la saisit ;

» Arrivé là, le Mauvais-Vouloir, qui à chercher le mal met son intelligence , déchaîna les exhalaisons et le vent par le pouvoir que lui donne sa nature*.

» Ensuite, dès que le jour fut éteint, il couvrit de nuages la vallée, depuis Prato-Magno jusqu'au sommet de l'Apennin, et il prépara le ciel,

)) De façon que l'air épais se résolut en eau; la pluie tomba, et les ravins regorgèrent de tout ce que la terre n'en put absorber;

» Puis, selon la pente des grandes eaux, elle se précipita vers le fleuve royal avec tant de rapidité, que rien ne put la retenir.

» L'Archiano furieux trouva mon corps glacé vers son embouchure, et le poussa dans l'Arno en ouvrant sur ma poitrine la croix

» Que j'avais faite de mes bras quand me vainquit Is^ douleur. Il me ballotta sur ses rives et dans ses bas-fonds, ensuite sous sa proie de sable il me couvrit tout entier.

— Ah! quand tu seras de retour dans le monde, et re-

' C'est une chose certain* en tiiéologie que les démons ont pouvoir de Taire pleuvoir, gresler, negcr et choses semblables, comme prouve saint Augustin au eh. nu de la Cite de Dieu : OmiUs transformatio corporalium rernm qua: iicR potesl per ali<|uam virlulem naluralcm, iicr daemoncm lieri potest. {Grangier.}

922 LA DIYIKE COMÉDIE.

pose de la longue roule ^ continua un troisième ef(prit succédant au second,

» Souviens-toi de moi qui suis la Pia : Sienne m'a &ite, la Maremmo m'a défaite; il le sait bien celui-là qui^ pea avant,

» Avait, en m'épousant , passé à mon doigt son anneau de pierreries ^ »

CHANT VI

Jl parie encore des NrgJigeRto qui ne se sont repentis qu'an moment de \Mr mort violente. — Comme Vii^ilc demandait à une Ame, se tenant à rdcarti le seoticf le plus facile de la montagne, Dante reconnaît en elle Sordello de Mantoae. — Dante et Sordello s'emhrassent. — Apostrophe conli^ les discordes de Ftorenee et contre toute l'Italie*

Quand on quitte le jeu de la chance*, celui qui perd demeure tout chagrin en répétant les coups, et triste il se les apprend.

Avec l'autre s'en va toute la foule : celui-là devant et celui-ci derrière 5 celui-ci de côté se rappelle au souvetiir du gagnant)

Lui ne s'arrête pas; il écoute Tun et Vautre; celui à qui il tend la main cesse de la presser, et ainsi il se défend de la foule.

Tel j'étais au milieu de cette troupe épaisse, tournant çà et là le visage, et par mes promesses je m'en dégageai.

Là était TArétin'* qui reçut la mort des bras cruels de

* La Pia, de la noble famille des Tolomei, de Sienne, fut enfermée par son mari, messcr Ncllo délia Pietra, qui l'accusait d'adullère, dans un cliftleau des Maremmes. L'air empesté de ce pays la tna.

Siena mi fe*; disfecemi Maremma.

Sept vers ont suffi au poëtc pour faire revivre à jamais et venger la triste Pla : apparition merveilleuse qui, après avoir, de nos jours, inspire madame AmaUe- Taslu, a donne un drame plein d'omolions à M. Auguste de Bclloy.

* Il giuoco dclla Zara.

* .Vesser Benlncasa d'Arczzo, auditeur n la rote de Rome, fut assassiné par QUm éi Tacco dont il avait condamné à niorl le frrro et le neveu»

Ghino di Tacco , et cet autre qui se noya en donnant la chasse à ses ennemis*.

Là priait, les mains élevées, Federigo Novello •, et celui-là de Pise qui fit paraître la grandeur d'âme du bpi? ^arzucco*.

Je vis le comte Orso^j et cette âme séparée de son corps par astuce et par envie, comme elle le disait, et non pour ses crimes;

/e veux dire Pierre de la Brosse*; donc pendant qu'elle est encore sur terre, que la princesse de Brabant se mette en garde afin de n'être pas un jour dans le troupeau de douleur.

Quand je fus délivré de toutes ces onù)res qui priaient que d'autres fissent pour elles des prières, afin de hâter le temps où elles deviendraient saintes.

Je commençai : « 0 ma lumière! tu nies, il me semble, expressément en ton texte que Toraison fléchisse les décrets du ciel •;

» Et ces âmes me prient cependant pour cela; leur espérance serait-elle donc vaine? ou le sens de ton dire , ne Tai-je pas bien compris? »

Et lui à moi : « Ce que j'ai écrit est très-clair, et l'espérance de ces âmes ne les trompe pas, si on l'examine avec un esprit sain :

» En efiet, la hauteur du jugement de Dieu îi'est point abaissée parce que le feu de l'amour accomplit en un instant ce qu'aurait dû faire l'âme ici reléguée.

» Et là où j'établis ce point, la faute ne pouvait se purger par la prière, puisque le pécheur, objet de cette prière, était séparé de Dieu.

* Cione de' Tarlatti d'Arezzo. ,

* Il fut tué par un Bostoli, surnomme Foroaiuolo.

* Marzucco baisa les mains de l'assassin de son Gis Farinata.

* 01*50, fils du comte Napoleone di Barbaja, fut tué' par le conttilbert son onelè.

* Secrétaire et favori de Philippe le Bel ; accusé Êàuaseoiefti pw la reine d'avoir voulu la kéduirc, il fut «tndamné à la potence.

' Pesine fata deûm flocti sperare precande.

(Virgile.) -

Il Donc ne t'an*ête pas à un doute si profond, et attenc celle qui sera la lumière entre la vérité et ton intelligence

D Je ne sais si tu m'entends; je parle de Béatrice, tu 1 Terras sur le faite de ce mont^ riante et heureuse. ^

Et moi : « Bon guide , allons en plus grande hâte , je n me fatigue plus autant que devant; et puis vois comme ai sormais la montagne jette de l'ombre.

— Nous avancerons aujourd'hui autant que nous pouj rons^ répondit-il; mais ce chemin est d'une autre form que tu ne penses.

» Avant que tu sois là-haut, tu verras revenir celui qi déjà se couvre de cette côte, de sorte qu'avec ton corps t ne peux rompre ses rayons.

— Mais vois cette âme immobile qui, seule et tout rdcait, regarde vers nous; celle-là nous enseignera la voi la plus courte. y>

Nous vînmes à elle : ô âme lombarde ! comme tu te tenai altière et dédaigneuse ! en tournant vers nous les yeux, qu tu étais noble et grave !

Elle ne disait pas une parole , mais nous laissait venir regardant seulement à la manière d'un Uon qui se repose ^

Or Virgile s'approcha d'elle, la priant de lui montrer 1 meilleiu* chemin, et elle ne répondit pas à sa demande.

Mais elle s'infoima de notre pays et de notre vie ; et 1 doux guide commença: «Mantoue...» Aussitôt l'ombre toute ramassée sur elle-même,

Se leva vers lui du lieu où auparavant elle se tenait, ei disant : « 0 Mantouan! je suis Sordello, de ta terre ché rie ! » et l'un l'autre ils s'embrassaient ".

Ah ! Italie esclave, hôtellerie de douleur, navire sans ne cher dans une grande tempête, non plus reine des provin ces, mais lieu de prostitution !

* Tftcito ti ripose il fier Circasso A guisa di leoa quando si posa

Girando gli occhi. (Tasso, Jérut,, cant. z.)

* Sor>U'llo, poëtc de Uanloue, ccrivait en langue provençale; il est auteur d Triior des Trésors,

LE PUROATOIRE. CDANT VI. 32S

Cette belle âme fut prompte, rien qu'au doux nom de 3a terre natale, à faire fête à son concitoyen ;

Et maintenant tes vivants ne peuvent être sans guerre, et ceux-là qu une môme muraille et qu'un même fossé renferment se rongent les uns les autres.

Cherche, misérable, autour de tes rivages, et puis regarde dans ton sein si une seule partie de toi-même y jouit de la paix.

A quoi sert-il que Justinien ait rajusté ton frein, si la selle est vide ? Sans lui la honte serait moindre pour toi.

0 race qui devrais être obéissante et laisser César s'asseoir sur la selle, si tu comprenais bien ce que Dieu ie prescrit.

Regarde comme cette bête est devenue rétive pour n'avoir pas été conigée avec les éperons , depuis que tu as mis la main sur sa bride !

0 Albert de Germanie, qui abandonnes cette bête, devenue indomptée et sauvage, et qui devrais enfourcher ses arçons.

Qu'un juste jugement tombe du ciel étoile sur ton sang, et qu'il soit nouveau et évident, tel enfin que ton succès» seur en ait peur.

Car, éloignés d'ici par la cupidité, vous avez souffert, toi et ton père, que le jardin de l'empire fût déserté.

Homme sans soin , viens voir les Montaigus et les Capulets, les Monaldi et les Filippeschi, ceux-ci déjà tristes, ceuxlà pleins de soupçons.

Viens, cruel, viens voir l'oppression de tes nobles, répare leurs négligences , et tu veiTas comme Santafiora est en sûreté;

Viens voir ta Rome qui pleure, veuve délaissée, et le criant jour et nuit ; a Mon César, pouix|uoi n'es-tu pas avec moi? »

Viens voir comme on s'aime, et si nulle pitié pour nous ne t'excite, du moins aie honte de ta renommée.

* O siimmo Giove,

Ct)e fosti *n torra, per noi crociflsso.

326 LA Mms coséoDC*

Et sH est permis de le dire, ô souverain Jupiter^ qui fus sur terre pour nous cmcifié, tes justes yeux se sont-Us tournés ailleurs?

Ou est-ce une préparation que, dans Fabîme de tes conseils, tu fais à quelque grand bien inaccessible à notre prévoyance?

Car les terres d'Italie sont toutes pleines de tyrans ; le plus vil, s'il entre dans un parti, aussitôt devient un Mar^ èellus.

Ma Florence, tu peux être contente de cette digres^on; elle ne te toucbe pas, grâce à ton peuple qui s'applique à être si sage !

Plusieurs ont la justice dans le cœur, mais leur cœur est lent à la dâM)cher, afln de ne pas tirer l'arc imprudemment ; et ton peuple a la justice sur le bord de ses lèvres.

Plusieurs refusent ailleurs les charges publiques ; mais ton peuple, plein de sollicitude, répond, sans être invité, aux charges de la loi, et crie : « Je m'y soumets! »

Donc sois joyeuse, car tu as bien de quoi, tu es riche, tu as la paix, tu as de la prudence. Si je dis vrai, l'effet ne me dément pas.

Athènes et Lacëdémone, qui tirent les antiques lois, et furent si remplies de civilisation , donnèrent dans l'art de bien se conduire un petit exemple.

Auprès de toi qui fais de si subtils règlements, que ceux qu'en octobre tu files n'arrivent pas jusqu'à la moitié de novembre.

Combien de fois dans ces temps, dont tu peux te souvenir, as-tu changé les lois, les monnaies, les offices, les coutumes, et renouvelé les membres de ta cité?

Ah ! si tu veux te le rappeler et si tu vois la lumière , tu te verras semblable à cette malade qui ne peut trouver ime position sur la plume.

Mais qui, en se retournant, tâche de se garantir de la douleur.

CHANT VIL

Virgile se fait connaître à Sordello, de Maotone, qui se prosterne et embrasse les gcnoax de son concitoyen. — Sordello apprend aux poètes qu*on ne peut gravir de nuit le mont du Purgatoire. -~ Ensuite il leur fait voir des Négligents qui, rétenus par les honneurs et le pouvoir, ont tardé à se repentir. — -Assis dans une prairie couverte de fleurs, ils attendent le moment de se purifier. — Henri d'Angleterre, le marquis de Montferrat.

Après que les salutations courtoises et joyeuses eurent été répétées trois et quatre fois, Sordello se retira d'un pas en arrière et dit : « Qui ètes-vous?

— Avant que se fussent dirigées vers cette montagne les âmes dignes de monter à Dieu^ mes restes furent ense-' velis par Octave.

» Je suis Virgile, et pour aucune autre faute je n'ai perdu le ciel, sinon pour n'avoir pas eu la foi. » Ainsi répondit mon guide.

Tel celui qui voit tout à coup devant lui une chose dont il s'émerveille et à laquelle il croit et ne croit pas, s'écrie : « Elle est, elle n'est pas; »

Tel parut Sordello; ensuite il baissa les cils, et humblement s'approcha de Virgile, et le prit dans ses bras k l'endroit du corps où le moindre s'attache au plus grand *. X

« 0 gloire des Latins, dit-il, par qui notre langue a montré ce qu'elle pouvait! ô éternel honneur du lieu où je suis né!

» Quel mérite ou quelle grâce à moi te présente? Si je suis digne d'entendre tes paroles, dis-moi si tu viens de l'enfer, et de quelle enceinte.

— C'est par tous les cercles du royaume des douleurs, répondit Virgile, qu'ici je suis venu; la vertu du ciel me mène, et je viens avec elle.

» Ce n'est point pour avoir fait, mais pour n'avoir pas fait, que j'ai perdu de voir le haut soleil que tu désù'es et qui trop tard me fut connu.

' Ove il minor s'appiglia* . , - / '"N iT *

^ o^tA^^ .;<^^<w- ^-^(^-^

» Là-bas est un lieu* athisté non par des tourments, mais seulement par les ténèbres; les plaintes n'y résonnent pas commo des cris, mais comme des soupii^.

» Je me tiens là avec les petits innocents mordus par le3 dents de la mort, avant qu'ils eussent été purifiés du péché originel.

» Je me tiens là avec ceux qui ne se revêtirent pas des trois saintes vertus", et qui, exempts de vices, connurent les autres vertus et les suivirent toutes.

)) Mais si tu le sais et si tu le peux, donne-nous quelque indice pai* lequel nous puissions venir plus tôt là où le Purgatoire a sa véritable entrée. »

Il répondit : « Nul endroit particulier ne nous est assigné; il m'est permis d'aller au-dessus et alentom*; partout où je puis aller, je m'attache à toi comme ton guide.

» Mais vois, comme déjà le jour décline, et aller là-haut pendant la niiit c'est impossible; donc il est bien de penser à un bon gîte.

y> Des âmes sont là vers notre droite, réunies à l'écart ; si tu y consens, je te mènerai à elles, et ce n'est pas sang plaisir que tu les connaîtrais.

— Comment cela? fut-il répondu; celui qui voudi-ait monter de nuit, en serait-il empêché par un autre? ou serait-ce qu'il n'en aurait pas la force ? »

Et le bon Sordello promena son doigt sur la terre en disant : (( Vois cette seule raie , tu ne la passerais pas après le soleil parti.

» Ce n'est pas qu'autre chose puisse t'empôcher de monter que les ténèbres nocturnes; mais celles-ci, par l'impuissance où elles vous mettent, arrêtent la volonté.

» On pourrait bien avec elles retom'ner en bas et marcher sm- la cote en errant alentom-, tandis que l'horizon tient le jour caché. »

Alors mon seigneur, comme émerveillé : « Mène-nous

' Les Limbes.

* Lv& >erlus lliculcga'ct.

donc, dit-il, là oii tu dis qu'on peut avoir du plaisir à demeurer. »

Nous nous étions un peu éloignés, quand je m'aperçus que le mont creusait en lui-même une vallée semblable aux vallées qui sont ici-bas.

a Nous irons, dit Tombre, là où la côte forme en ellemême un giron, et là nous attendrons le jour nouveau. »

Entre la montée et la plaine était un sentier tortueux qui nous conduisit au flanc de la vallée, là où la pente est moins rude qu'au milieu et expire.

L'or et l'argent fln, la pourpre, la céruse, le bois indien^ brillant et poli, la fraîche émeraude au moment où on la rompt, 'auprès des herl)es et des fleurs de cette cavité, seraient vaincus en éclat, comme le moins est vaincu pai* le plus.

La nature n'y avait pas étalé seulement ses peintures, mais de la suavité de mille odeurs elle foimait aussi un mélange inconnu.

Là, je vis assises sur la verdure, et parmi les fleui^s, des âmes qui, du dehors, ne s'apercevaient pas à cause de la vallée; eues chantaient Salve regina.

« Avant que le soleil unisse de se coucher, conunença le Mantouan, qui nous avait menés ici, n'exigez pas que je vous guide vers elles;

» De celte butte vous connaîtrez mieux les gestes et le visage de toutes tant qu'elles sont, que dans la vallée môme et déjà dans leur compagnie.

y> Cet esprit assis plus haut que les autres, qui a l'air d'avoir négligé ce qu'il devait faire, et n'ouvre pas la bouche au chant des autres,

» Fut Rodolphe l'empereur *. 11 pouvait guérir les plaies dont l'Italie est morte, de sorte qu'il est trop tard pour qu'elle se ranime par un autre.

» Le second qui, en le regardant, le réconforte, gouverna

« Pcre de l'empereur Albert qne le poëte a si rudemefit interpelle daus son apostrophe à l'Ila'ie.

330 Ll DIVINE COMÉDIE.

la terre où naît Teau que la Moldava porte dans TElbe et TElbe dans la mer.

)) Ottocar ^ fut son nom^ et dans les langes il valut mieux que Venceslas, son fils, avec tbute sa barbe^ lequel se vautre dans la luxure et l'oisiveté.

» Et ce camus qui consulte avec tant d'intimité celui dont la figure est si bienveillante^ mourut en fuyant et en flétrissant le lis*;

» Regardez comme il se bat la poitrine ! Voyez cet autre qui, en soupirant, a fait de la paume de sa main un lit pour sa joue %

» Ils sont le père et le beau-père du mal de la France. Ils connaissent sa vie grossière et vicieuse, de là vient la douleur qui les aiguillonne.

» Celui qui paraît si membru ^ et qui s'accorde en chantant avec cet autre au nez mâle ^y porta ceinte autour de lui la corde de tout honneur;

10 Et si après lui était resté roi le jouvenceau qui derrière lui s'assied, sa valeur eût bien passé de vase en vase.

» C'^st ce qu'on ne peut dire de ses autres héritiers; Jacques et Frédéric ont bien les royaumes, mais nul d'eux ne possède le meilleur de l'héritage.

» Rarement voit-on remonter dans les rameaux l'humaine probité; et il le veut ainsi celui qui nous la donne, afin qu'on la lui demande.

» Mes paroles s'appliquent à cet esprit dont le nez est si fort, non moins qu'à Pierre, cet autre qui chante avec lui, et qui cause déjà les lamentations de la Fouille et de la Provence.

» Autant la plante a dégénéré de sa semence, autant (plus

' Ottocar, roi de Bohérae.

• Philippe le Camus, roi de France et fils de saint Louis.

• Ilonri de Navaro.

< Pierre III, roi d'Aragon.

• Charles I*', roi des Deux-Siciles et comio de Provence.

que Béatrice et Marguerite) Constance* se vante encore de son mari.

» Voyez le roi à la vie simple s'asseoir là tout seul, Henri d'Angleterre •. Pour celui-ci, de raeillem^s rejetons sont sortis de ses rameaux.

» Celui qui, plus bas, est étendu parmi eux et regarde en haut, est Guillaume, le marquis, pour lequel Alexandre et ses guerriers

» Font pleurer Montferrat et le Canavesan •. »

CHANT VIII

Le soir venu , les Ames dont parle le chant qui précède entonnent une hymne. — Armés d'épées flamboyantes, descendent deux Anges, gardiens de la Tallée. -« Puis, survient un serpent que chassent les deux Esprits célestes. — Conrad Malaspioa prédit à Dante son prochain exil.

Déjà c'était l'heure qui ranime les r^ets dans ceux qui naviguent, et attendrit leur cœur le jour où à leurs doux amis ils oiit dit adieu;

L'hem-e qui blesse d'amour le nouveau pèlerin s'il entend au loin la cloche qui semble pleurer le jour près de mourir.

Quand je commençai à ne plus entendre, et à regarder une des âmes qui, debout, demandait de la main à être écoutée.

Elle joignit et leva les deux mains, fixant ses yeux vers l'orient, comme si elle avait dit à Dieu : « J^ ne désire aucun autre. »

Te lucis ante * sortit si dévotement de sa bouche, et avec des notes si douces, que cette hymne me força de m'oublier moi-même.

' Constance) épouse de Pierre lil } Béatrice et Marguerite, filles de Bérenger V, comte de Provence.

' Fils de Richard.

* Guillaume, marquis de Monlfcrrat, dont la mori excita une guerre entre teê

fils el les liuliitaiits d'Alexandrie.

* Ilvmnc l'.o r.ainl Amhroisc,

Alors les autres âmes, doucement et dévotement, la suivirent pendant l'hymne entière, ayant Jcs yeux fixés sur les roues célestes.

Ici, lecteur, dirige tes yeul sur la vérité, car le voile est à présent d'une trame si subtile, que certes il est facile de le pénétrer.

Je vis ensuite cette troupe gentille qui, en silence, regardait vers le ciel, et demeurait comme dans Taitente, humble et pâle.

Et je vis sortir d'en haut et venir en bas deux anges avec deux épées flamboyantes, brisées et privées de leur pointe.

Vertes comme les petites feuilles nouvellement nées étaient leurs robes, qui, agitées par les plumes vertes de leurs ailes, flottaient par demère et jouaient au vent.

L'un un peu au-dessous de nous vint se poser, l'autre descendit sur le bord opposé, de sorte qu'au milieu se trouvait la foule des âmes.

On distinguait bien en eux lem* tête blonde, mais sur leur face l'œil s'égarait, comme une force qui par trop de tension s'amortit.

tt Tous deux viennent du gû'on de Marie, dit Sordello, pour garder la vallée contre le serpent qui va venir à l'instant*. »

Moi donc, qui ne savais pas par quel chemin il devait venir, je me retom-nai, et, tout glacé, je me tins serré conti-e les épaules fidèles de mon maître.

Sordello dit encore : « Maintenant , descendons près des grandes ombres, et nous leur parlerons; il leur sei-a trèsdoux de vous voir. »

J'avais descendu, ce me semble, trois pas seulement, lorsque j'en vis une qui me regardait comme si elle eût voulu me reconnaître.

11 y avait quelque temps déjà que Tair se rembrunissait, mais non tellement qu'A n'éclairât entre ses yeux et les miens ce que d'abord il leui' cachait.

* Symbole de la tcnUtioD.

LE PtJRGATOIRE. CHANT VIII. 333

Il vint vers moi, et moi j'allai vew lui : noble juge ! ô Nino * ! c[ue j'eus de plaisir à voir que tu n'étais point parmi les coupables! ^ »

Nous n'oubliâmes entre nous aucune belle salutation. Ensuite il me demanda : ce Depuis quand es-tu venu au pied de la montagne à travers les ondes lointaines ?

— Oh ! lui dis-je, c'est par les lieux tristes que je suis venu ce matin ; je n'ai pas encore perdu la première vie, bien que j'acquière l'autre en allant par ce chemin. »

Et à peine ma réponse fut-elle entendue , que Sordello et lui reculèrent comme des gens frappés d'un subit étonnement.

L'un se tourna vers Virgile, l'autre vers une âme qui était assise, et il criait : « Viens, Conrad, viens voii* ce que Dieu a voulu par sa grâce ! »

Puis il se tourna vers moi : « Par cette reconnaissance particulière que tu dois à celui qui tient si bien cachée sa source première, qu'il n'est point de gué pour y arriver :

» Quand tu seras par delà les larges ondes, dis à Jeanne, ma fille, d'intercéder pour moi près du lieu où l'on répond aux innocents ^.

» Je ne crois pas que sa mère m'aime encore, puisqu'elle a quitté les bandeaux blancs ^ que la malheureuse doit un jour regretter.

» Par elle s'apprend bien aisément combien dans une femme dure le feu d'amour, si l'œil ou le toucher souvent ne le rallume.

» La \ipère qui est dans l'écusson des Milanais ne lui fera pas une aussi belle sépultm^e que la lui aurait faite le coq de Gallura. »

11 parlait ainsi, et sur tout son extérieur était imprimé le

' Nino, de la maisun des Visconli de Pise, juge de Gallura en SardaigDC, ctalt à la tctc du parti Guelfe.

' Deus pcceatorcs non audit. (S. JEAN.)

» Les voiles de deuil, selon l'usage du temps. Béatrice d'Esté sVtnil romaricc à GaU'as des Visconti de Milan

signe de ce zèle droit qui brûle avec mesure ^ans le cœur,

Mes yeux avides s'élevaient vers le ciel, là où les étoilet sont plus lentes^ comme les parties de la roue les plus prochef de Tessieu.

Et mon giii^e : « Cher fils^ que regardes-tu là-haut? i

Et moi à lui : « Je r^arde ces trois flambeaux par lesqueli le pôle est là-bas tout ardent *. »

Et lui à moi : a Les quatre brillantes étoiles • que tu as \UGSi ce matin sont descendues là-bas^ et celles-ci sont montéei où étaient celles-là. »

Comme il me parlait^ Sordello l'attira à lui^ en disant : « Yois-tu là notre ennemi ? » Et il allongea le doigt poui qu'il regardât derrière.

Dans celte partie du petit vallon qui n'a point de clôture était un serpent, peut-être celui qui donna à Eve la nourriture araère.

A travers Therbe et les fleurs venait le méchant reptile, tournant de temps à autre la tête vers son dos^ se léchant comme une bête qui veut se lisser.

Je ne vis pas, donc je ne puis dire comment se murent les autours célestes, mais je les vis bien l'un et l'auti^e en mouvement.

Sentant l'air qui se fendait sous les ailes vertes, le serpent s'enfuit, et les anges remontèrent à leur place en volant d'un vol égal.

L'ombre qui s'était rapprochée du juge lorsqu'il l'appela, ne cessa pas un moment de me regarder durant tout cet assaut.

« Que le flambeau qui te mène là-haut trouve en ta volonté autant de cire qu'il en faut pour parvenu' à la montagne émaillée, »

Commença-t-elle à dire; ce si tu sais quelque nouvelle du Val di Magra ou de la terre voisine, dis-la-moi, car je fus grand dans ce pays.

' Les trois vertus théologales.

* Les quatre vertus cardinales» ou moruies, qui sont la Pradcncei la JusticO| la Force et la Tempérance.

» On m'appela Conrad Malaspina * ; je ne suis pas Vancien de ce nom, mais j'en suis descendu. Je portai aux miens un amour qui s'épure ici.

— Oh! lui dis-je, jamais je n'ai parcouru votre pays, mais où demeurer dans toute TEiu^ope que son nom n'y soit arrivé ?

» La gloire qui honore votre maison renomme les seigneurs et renomme la contrée tant, que celui-là même la connaît qui n'y est pas encore venu.

» Et je vous jure (puissé-je avec autant de certitude parvenir là-haut ! ) que votre race honorée ne perd point la gloire due à une bourse libérale et à une forte épée.

» L'habitude et le bon naturel l'avantagent tellement que, bien que le chef pervers du monde égare les autres hommes, seule elle marche droit et méprise le mauvais chemin. »

Et lui : « Maintenant, va ! Avant que le soleil rentre sept fois dans l'espace que le Bélier couvre et enfourche de ses quatre pieds,

» Cette opinion courtoise te sera clbtiée au milieu de la tête avec des clous plus grands qu'il n'en peut sortir des paroles d'autrui,

» Si le cours de la Providence ne s'arrête point. »

CHANT IX

Le po^te raconte que s'clant endormi, il eut, vers le matin , nne vision. — Rëveillé, il se traîna en un lieu plus élevé, près de son guide iidèle, près de Virgile, qui le mena jusqu'à la porte du Purgatoire. — L'Ange qui garde cette porte la leur ouvre avec empressement.

La compagne de l'antique Tilhon, sortie des bras de son doux ami, déjà paraissait blanche aux rives d'Orient; Son front était reluisant des perles dont la disposition

* Seigneur de la Lunigiane.

flgure cet animal fi*oid ^ qui frappe les hommes avec sa queue.

La nuit avait fait deux pas de sa marche ascendante dans le lieu où nous étions^ et le troisième faisait déjà pencher ses ailes,

Quand moi, qui traînais avec moi tout ce qui nous vient d'Adam, me sentant vaincu par le sommeil, je m'étendis sur rherbe là où nous étions assis tous les cinq.

A l'heure voisine du matin où l'hirondelle commence ses tristes lais, peut-être en mémoire de ses premières douleurs*;

A l'heure où notre esprit, plus étranger à la chair et moins pris des penscrs terrestres, est presque divin dans ses visions,

Il me semblait voir en songe un aigle suspendu dans le ciel, avec des plumes d'or, les ailes ouvertes et s'apprêtant à descendre;

Et il me semblait que j'étais là où les siens furent abandonnés par Ganymède quand il fut enlevé pour la céleste assemblée.

Je pensais en moi-même : « Peut-être cet aigle a-t-il l'habitude de ne chasser qu'en ce lieu, et peut-être dédaigne-t-il de poser ailleurs ses pieds. »

Ensuite il me sembla que, tournoyant un peu, terrible comme la foudre, il descendit et m'enleva jusqu'à la sphère de feu.

Là, il me sembla que l'aigle et moi nous brûlions, et cet embrasement imaginaire était si cuisant, qu'il fallut que mon sommeil se rompît.

Non autrement tressaillit Achille, promenant autour de lui ses yeux éveillés et ne sachant où il était.

Quand sa mère l'ayant pris à Chiron, le transporta dormant entre ses bras à Scyros, d'où pai* la suite les Grecs l'emmenèrent,

* Le Morpion.

• Se rappeler la fable de Progné.

LB PimGATOlBÏ. OIAlfT IX. 337

Que, moi, je treflsaillis : le sommeil s'enfuit de ma face, et je devins pâle comme quelqu'un que glace Tëpouvante.

Celui qui me soutient était seul à mon côté. Le soleil iHait ddjà levé depuis plus de deux heures, et mon visage 6ait tourné vers la mer.

« N*aie point de crainte^ dit mon maître, montre-toi rastaré, aCr nous sommes à bon port; ne restreins pas, mais âargis en toi toute vigueur.

9 Tu es parvenu au Purgatoire ; vois le rempart qui Tentoure et le ferme ; vois l'entrée, vois l'entrée là où le rempart est interrompu.

» Durant l'aube qui précède le jour, quand ton âme ■ommeillait là-bas sur les fleurs, dans ce lieu qui en est ëmaillé,

» Une femme est venue, elle a dit : « Je suis Lucie >, laissez-moi prendre celui-ci qui dort ; je le soulageai pendant sa route, tu

» Sprdello resta, et les autres ombres gentilles aussi; elle fenleva, et quand le jour fut clair, elle s'en vint vers la montagne, et moi j'allai sur ses traces.

» Ici elle te posa, après m'avoir montré avec ses beaux ^eux cette entrée ouverte; ensuite elle et ton sommeil disparurent ensemble. »

Gomme un homme qui se rassure après avoir douté . et qui change sa peur en sécurité lorsque la vérité lui est découverte.

Ainsi je me changeais; et quand mon guide me vit sans inquiétude, il se mit en mouvement vers le haut rempart, et moi je le suivis vers la hauteur.

Lecteur, tu vois comme j'élève la matière de mes chants; donc ne t'étonne pas si je la soutiens par un art plus haut.

Nous nous approchâmes, et nous vînmes à cette partie oii d'abord le rempart me semblait rompu comme par une fente qui sépare une muraille;

Mais je vis une porte, et au-dessous, pour y monter, trois

' Lucie, crobW'ine dv la grâce illuniliiaiite.

33d- LA DITIME COMÉDIE,

degrés difféi-ents de couleur, et un portier qui encore n disait mot.

Et comme de plus en plus j'ouvrais les yeux, je vis qu': était assis sur le degré supérieur, et d'un tel aspect, que j ne pus le soutenir.

Il avait en main une épée nue qui reflétait si vivemer vers nous ses rayons, qu'en vain j'essayai plusieurs fois d' diriger ma vue.

« Dites-le, de là, que voulez-vous? commença-t-il à dire où est votre guide? Prenez garde que votre venue ici ne vow nuise.

■— Une femme du ciel, instruite de ces choses, lui répon dit mon maître, nous a dit il y a peu de temps : « Âllez^ ) est la porte. »

— Qu'elle assure vos pas, reprit le gracieux portier; ve nez donc et montez nos degrés*. »

Nous vînmes. La première marche était d'un marbi blanc si poli et si net, que je me voyais dedans tel qu'au autres je parais.

La seconde, d'une couleur plus sombre que le pers, étai formée d'une pierre calcinée et rude, crevassée en long c en travers.

La troisième et la plus élevée me semblait d'un porphyr aussi rouge que le sang qui jaillit de la veine.

Cette marche portait les pieds de l'ange de Dieu, lequc était assis sur le seuil de la porte, seuil formé, il me parut d'une pierre de diamant.

Par les trois marches où me portait ma bonne volonté mon guide m'entraîna en disant : « Demande humblemen que la serrure s'ouvre. »

Je me jetai dévotement aux saints pieds; je le priai pa miséricorde de m'ouvrir, mais, premièrement, je me don nai trois coups dans la poitrine.

Avec la pointe de son épée, il me traça sept fois au fron

• Le premier degré, symbole de la sincdrilé de la confession ; — le secf^nd, sym x>le de la contrition; — le troisième, symbole de la salisfaclion.

la lettre P, et il me dit : « Fais en sorte, quand tu seras entré, de laver ces taches*. »

La cendre ou la terre desséchée serait d'une couleur pareille à celle de ses vêtements; il en tira deux clefs.

L'une était d'or, et l'autre était d'argent. D'ahord avec la blanche, ensuite avec la jaune, il essaya d'ouvrir la serrure, et je me sentis content*.

c( Quand une de ces clefs, nous dit-il, fait défaut, et ne toumç pas régulièrement dans la serrure, cette entrée ne s'ouvre pas;

» L'une de ces clefs est plus précieuse, mais l'autre veut plus d'art et d'intelligence, parce que c'est elle qui fait détendre le ressort.

» Je les tiens de Pierre, qui me dit de me tromper plutôt pour ouvrir la porte que pour la tenir fermée, pourvu que les pécheurs se prosternent à mes pieds*. »

Ensuite il poussa en dedans la porte sacrée, en disant :

« Entrez, mais soyez avertis que celui-là est condamné à sortir qui regarde en arrière. »

Alors roulèrent sur leurs gonds les battants de la poile du royaume sacré, lesquels sont d'un métal épais et sonore :

Si fortement et avec tant d'âpreté ne rugit pas la tour Tarpéienne quand on en chassa le bon Métellus, et qu'elle resta vide de son trésor*.

Je me tournai attentif vers le premier bruit, et il m^ sembla entendre une voix qui chantait au milieu d'autres sons très-doux : Te Deum loMdamuê,

Ce que j'entendais me faisait ressentir ce qu'on éprouve d'ordinaire quand la voix et l'orgue se marient.

Tantôt on entend, tantôt on n'entend plus les paroles.

' Symboles des sept pécbës capitaux.

' La clef d'or figure la science nécessaire au prêtre pour pouvoir juger ; la clef d'argent, l'autorité qu'a l'église de pouvoir absoudre.

' Si Deus benignus, quare sacerdos austerus? Ubi enim pater-familias est UrgHt| dispensalor non débet esse tenax. (S. Chrtsostome.]

* Tune rupes Tarpeia sonat, magnoqne rednsat

Testatur slridore fores.

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