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I.e$ Anglo-Normands cl les Anglais de race

1305 Après la conquête de l'Anjou el du Poitou par i*l5 le roi Philippe -Auguste s beaucoup d’hommes de ces deux pays , et même ceux qui avaient conspiré contre la domination anglo-normande t conspirérenl contre 1rs Français en s'alliant avec le roi Jean. Ce roi uc leur fournit aucun secours efficace; tout ce qu’il put faire pour ceux qui s'é talent exposes aux persécutions dit roi de France en intriguant: ou en prenant les armes, ce fut de leur donner asile et de les Lien accueillir en Angleterre, 11 s y rendit, par nécessité ou par choix, un grand nombre de ces émigrés, hommes spirituels, adroits, insinuants, selon le caractère des Gaulois méridionaux, ei mieux faits pour plaire à un roi que les Normands d'origine, qui étaient , m général, plus lents d’esprit el d’un naturel moins flexible (1), Aussi les Poitevins ire tardèrent-ils pas à obtenir la plus grande faveur à la cour clf Angleterre , et même à supplanter l’ancienne aristocratie dans les bonnes grâces du roi Jean, Il leur distribua (es offices et les fiefs qui étaient à sa disposition, et dépouilla même, sous différents prétextes, plusieurs riches Normands de leurs emplois et de leurs tennres, au profit de ces nouveaux venus. Il leur faisait épouser les héritières dont il avait la garde, suivant la loi féodale, et leur adjugeait , a titre de lu telle . les biens des orphelins en bas âge (â).

Celte préférence du roi pour des étrangers, dont ravidiLë toujours croissante l'obligeait à commettre plus d'exactions que tons ses prédécesseurs, et a s’arroger sur les biens et sur les personnes un pouvoir inusité , indisposa contre lui les barons anglo-normands. Les nouveaux courtisans, senti) Cum suis Hexîbilibus Pictaviensibus. ( Matin Paris, , p. 3740

(2) Fidel es siuu qims naiivus «30 gui? Recli non permi lierai ï>io allia vemiîalîs poslponems.,, ( Ibid.* P* 257, ) — Wardwa et retevia et cetera «molnmenia leme præ caiieris omnibus asportabant.,* (Henric, Knyghlon.)

(3) ffioc mercatornm lé^ec, hinccquLhinceoriim fiibslan-

Eant que leur position et leur fortune étaient pré- i^os caires, se bâtaient tfa masser beaucoup et faisaient j*,5 demande sur demande. Dans l’exercice de leurs emplois publics, ils montraient plus d’âpreté au gain i|ue les anciens fonctionnaires, eL, par leurs vexations journalières , se rendaient aussi odieux aux bourgeois et aux serfs saxons, qu’ils Fêlaient déjà aux nobles de naissance normande. Ils levaient sur les domaines dont le roi les avait investis plus de subsides qu'aucun seigneur n'en avait jamais exigé, el ils exerçaient plus durement les «fruits de péage sur les ponts eL les grandes routes, saisissant les chevaux et le bagage des marchands , el ne les payant, dit un vieil historien, qu'en taillages el en moqueries (3). Ainsi ils troublaient à la fois et presque également les deux races d’hommes qui habitaient F Angleterre , et qui. depuis leur réunion violente, n’avaient encore éprouvé aucune souffrance, aucune sympathie, aucune aversion communes,

I/avcrsion contre les Poitevins et les autres favoris du roi établit donc un premier point de contact entre ces deux classes d’hommes, jusque-là étrangères l’une à l’amre,du moins en général et abstraction faite de certains rapprochements Individuels,

C'est de la qu’on doit faire dater la naissance d'un nouvel esprit national commun à tous les hommes nés sur le sol anglais. Tous, en effet, sans distinction d’origine, sont qualifiés du titre d’indigènes par les auteurs contemporains, qui , répétant les bruits populaires, imputent au rot Jean le dessein formel d’exproprier les habitants de F Angleterre pour donner leurs héritage» à des gens de tous pays (4). Ces alarmes exagérées étaient peut-être encore plus vivement senties par ies bourgeois et les fermiers anglais, que par les seigneurs et les barons tle race normande, les seuls vraiment intéressés à détruire J’influence étrangère* et à forcer le roi Jean de revenir à ses anciens amis et aux hommes de sa nation ,

Ainsi , dès le commencement de son règne, Jean se trouva dans une position a peu près semblable â celle du roi saxon Edward à son retour de Normandie (5). Il menaçait les grutuls et les riches d'Angleterre, ou du moins leur donnait lieu de se croire menacés d'une sorte de conquête, opérée, sans violence apparente, au profit d'étrangers dont ta présence blessait leur orgueil national en même

lïoJæ violenter raptabanlur.nee al hui preLimn præter (allias el sulisannalioiîMS.,. (Matlu Parts., |i. 360,)

(4) Vend erffô ad hoc oume iiaminum ^cnna în Àngliain cum mu lier ih us et parvulis , ut. éipiiïàls imiigeim â regnn et jjcûhüs exlermïuatis , ipsi Jure perpétua terrain pondérant, (Ibid., p. 280.)

(5) Voyez liv. UT, p, 75. et suiv.

im temps que leurs intérêts (î). Dans ces circonstances, r/15 ies barons d'Angleterre prirent contre les courtisans venus du Poitou et de la Guienne, et contre le roi qui les préférait à ses anciens honimesdiges , le même parti que les Anglo-Saxons avaient pris autrefois contre Edward et ses favoris normands, celui de ta révolte et de la guerre. Après avoir sïgni* fié a Jean, comme une espèce d'ultimatum, une charte de Henry ï*r, qui déterminait les limites de la prérogative royale, sur son refus de se renfermer dans les bornes légales que ses prédécesseurs avaient reconnues, les barons renoncèrent solennellement à leur serment de féauté, et défièrent le roi : ce qui était alors b manière de déclarer la guerre à outrance, Ils élurent pour chef Robert, fils de Gauthier, qui prit le Litre de maréchal de V armée de Dieu et de ta Sainte Église , et joua , dans cette insurrection, le même rôle que le Saxon Godwin dans celle de 10152 (2).

La crainte de voir s'opérer graduellement au profil de clercs poitevins les destitutions ecclésiastiques, dont la conquête normande avait frappe d'un seul coup tout le clergé de race anglaise, et en même temps une sorte d'enthousiasme patriotique, rallia les évêques et les prêtres anglo-normands au parti des barons contre le roi Jean, quoique ce roi fût alors en grande amitié avec le pape. Il avait renouvelé envers le saint-siège la profession publique 1215 de vasselage faite par Henry U après le meurtre de Thomas Beckel : mais cet acte d'humilité, loin d’être aussi utile à ta cause de Jean qu'il Lavait clé autrefois à celle de sou père, né servit qu’à îuî attirer le mépris public et les reproches du clergé lui-même, qui se sentait atteint dans le plus cher de ses intérêts, la stabilité de ses offices et de ses possessions. Abandonné par tous les hommes d'origine normande, le rui Jean n’eut point, comme Henry Iflr, l'art de gagner et de soulever en sa faveur les Anglais d'origine, qui, d'ailleurs, ne formaient pins alors un corps de nation capable de servir, en masse, d'auxiliaire à l'un ou à l'autre parti. Les bourgeois et les serfs relevant immédiatement des barons étaient en bien plus grand ttfîinbrc que ceux du roi; et quant aux habitants des grandes villes, qui étaient devenus libres en vertu de chartes royales, une sympathie naturelle devait les attirer du eêté où se trouvait la majeure partie de leurs compatriotes. La ville de Londres se déclara pour ceux qui levaient bannière contre les favoris étrangers; et le roi fut réduit

(1) Atienîgeuas jn regni perniciem bonis iaginarL . . (Math. Paris.. p, 299.)

$) I biU. , page 184. — Voyez livre lit , pages 78 et suiv,

(5) Savaricum de Malïcotfe, et Girardon île Solmgeii cum suis votubilibus Flandres si bus , et Waiierum cogiiomeulo

presque en un moment a D'avoir pour soutien, dans m sa cause, que des hommes nés hors de T Angleterre, îles Poitevins commandés par Savary de Mauléon, dos Flamands conduits par Gérard de Solingheu, et des Bordelais que lui amena un certain Gauthier Captai de Buch, dans les Landes (5).

Jean, intimidé par l'apparence imposante qu'offrait le parti de ses adversaires composé de tous les hommes ayant intérêt à la défense du pays , soit comme fils de conquérants , soit comme Issus des indigènes, se résigna à souscrire aux conditions exigées par les barons en révolte. La conférence eut lieu dans une grande plaine, entre S laines et Windsor , où campèrent les deux armées ; les demandes des révoltés furent débattues, et le roi Jean y fit droiL par une charte scellée de sou sceau. L'objet spécial de celle charte était de dessaisir le roi de la partie de son pouvoir au moyen de laquelle il avait élevé et enrichi les hommes de naissance étrangère* aux dépens des Anglo-Normands. La population de race anglaise ne se vit pas oubliée entièrement dans le Irai Lé de paix que ses alliés de l’autre race firent avec le roi ; maïs ee ne furent point, comme dans d'autres temps, les anciennes lois saxonnes que garantit la charte du roi normand aux descendants des Saxons. Il n'y avait plus, à proprement parler, de nation saxonne, la dispersion et le fractionnement du peuple vaincu étaient arrivés à leur dernier terme, et ce peuple, ayant cessé de former une société distincte a cèté de celle de ses maîtres , ne désirait plus d'être régi par une loi à part, mais seulement i d'être traité avec moins de dureté et de mépris. La charte du roi Jean modéra les corvées royales et seigneuriales pour la réparation des routes et des ponts, et interdit certaines vexations exercées jusque-là contre les marchands et les vilains. Étendant u cette dernière classe une ancienne disposition de la loi normande qui défendait de saisir pour dettes, chez un homme, les objets sans lesquels il ne pou* voit tenir sou étal , comme les chevaux d’un comte { ou Fa r mure d’un chevalier, elle voulut que, dans ce cas, le serf conservât semblablement scs bœufs de labour et ses instruments de travail, qui étaient son gagne-pain ou son gagnage y comme s'exprime h charte clle*mème (4),

L'article principal , sinon quant à ses résultats ultérieurs, au moius quant à FintérèE du moment, fut celui par lequel le roi s'engageait à renvoyer immédiatement du royaume tous tes soldais éLrnn*

Bucli eum sua pre.^e Fee i i s ! S s a imo ad nLjjdcntla convocaviU. (Malh. Paris,, p. 274.)

(4) Salve walûagiostm. (Majjiïa cbarLu.) -VemUtiscsDieria, equus tamen ei réserva biWr, — Quèdi si miles fuei it f|uem juval armoi-um décor, toLa sin corporis armature cum «qui*

(ifoi necessariisà vèodUoribuserH liber rima. (Dial, de Scacc.)

DE L'ANGLETERRE. — CONCLUSION. 359

120 gers qui étaient venus avec amies et chevaux. Cet article parait avoir été reçu avec enthousiasme par tous les habitants de l'Angleterre, sans distinction d'origine; et peut-être les Anglais de race y attache* renLils un plus grand prix qu'à tous les autres. L'ancienne passion de haine nationale contre la domination de P étranger, qui avait inutilement fermenté dans les Ames , depuis qu’il n’était plus possible d’anéantir les suiLes de la conquête, se réunissait tout entière contre le petit nombre de nouveaux venus que le roi avait enrichis et comblés d'honneurs. Du moment que leur expulsion Fut légalement prononcée, tout Saxon sc mil à prêter main-forte à l'exécution de cet arrêt ; on assiégea les plus connus d’entre eux dans leurs maisons , et, après les avoir contraints de s'enfuir, on pilla leurs domaines (1). Les paysans arrêtaient sur les roules tous ceux que le bruit public, soit à raison, soit à tort, désignait comme étrangers* Ils leur Faisaient prononcer des mots anglais ou quelques pa* rôles du langagemixle qni servait aux barons normands dans leurs communications avec leurs serfs et leurs domestiques; et lorsque le suspect était convaincu de ne parler ni saxon ni anglo-normand, ou de prononcer ces deux langues avec l’accent du midi de la Gaule, on le maltraitait, on te dépouillait et on l'emprisonnait sans scrupule, qu'il fût chevalier, religieux ou prêtre (2). * C'était chose triste, « dit un auteur du temps, pour les amis des étran- “ gers f que de voir leur confusion et l'ignominie « dont on les accablait (3)* »

Après avoir accordé, malgré lui, et signé de mauvaise foi sa charte , le roi Jean se retira dans File de Wtght , pour y attendre en sûreté le moment de recommencer la guerre. Il demanda au pape et obtint de lui une dispense du serment qu'il avait prêté aux barons, et l'excum munie a Lion de ceux qui resteraient armés pour le contraindre à tenir sa parole. Mais aucun évêque, en Angleterre, ne consentit à promulguer cette sentence, qui demeura sans effet. Le roi, avec ce qui lui restait d'argent , se procura une nouvelle recrue de Brabançons, qui trouvèrent moyen d’aborder sur la côté du sud . et qui, grâce à leur lactique et à leur discipline militaire, eurent d'abord quelque avantage sur I armée irrégulière des barons et des bourgeois confédérés. Les premiers, craignant de perdre tout le fruit de leur victoire . résolurent de

fi) Deprteéaiiortibns ac r.ipinU super ahemeenas miscrè drhncrhaüMint... Un dé qflrtLigil ut miilti liiiH rcIigioBi guàm ahi na Monte exiranem. exeuniea per c I arnica tî esc Pugso præsidium 6 mente su|ï|dîeiuni seu OispeRdiostim eiptivatiwii lieHcuhim me Lu en les , fufimiiît h rc^uo. . , ( Malîl* Paris. ,

{2) Nam quicurmute angUcum idioma loqui ncscircl vîïi-

se faire appuyer, comme le roi, par des secours WJ5 venus de l'étranger ; ils s’adressèrent au roi de France, Philippe- Auguste, et offrirent de donner a son hls Louis la couronne d'Angleterre , pourvu qu'il vint les trouver à la tète d'une bonne armée.

Ce traité fut conclu ; et le jeune Louis arriva en Angleterre avec des forces suffisantes pour contrebalancer celles du roi Jean.

L’entière conformité de langage (pii existait alors cuire les Français et les barons anglo-normands devait diminuer, pour ces derniers, la de fiance et l’éloigne ment qu'inspire toujours un chef étranger ; mais il iTcrt était pas de même pour la masse du peuple, qui, sous le rapport de l'idiome, n’avait pas plus d’affinité avec les Français qu'avec les Poitevins, Cette dissonance, jointe à l'esprit de jalousie qui ne tarda pas à éclater entre les Normands et leurs auxiliaires, rendit l’appui du roi de France plus préjudiciable qu’utile au parti des barons* Des germes de dissolution commençaient à se développer dans ce parti, lorsque le roi Jean mourut, chargé de la haine publique et d'un mépris que ressentaient à la fois tous les hommes nés dans le pays, sans distinction de race ni d’état. Aussi les historiens de L'époque , moines ou clercs , ne tien* ncnt-ils aucun compte à Jean de sa constante soumission envers le saint-siège ; ils ne lui épargnent, dans le récit de sa vie , aucune épithète injurieuse ; et, après avoir raconté sa mort, ils composent ou transcrivent des épitaphes du genre de celle-ci :

« Qui est-ce qui pleure ou pleurera jamais la mort « du roi Jean?... L'enfer, avec toute sa saleté, est « sali par Pâme de Jean (4), »

Louis, dis de Philippe- Auguste, avait, d'après le 12m vœu des barons, pris le titre de roi d'Angleterre ; mais les Français qui étaient venus avec lui ne tardèrent pas à se conduire comme eu pays conquis.

A mesure qu’il y eut, de k part des Anglais, plus de résistance à leurs vexations , ils devinrent plus durs et plus avides ; et l'accusation si fatale au roi Jean se renouvela contre Louis de France : on disait qu'il avait forme le projet, d’accord avec son père, d'exterminer ou de bannir tous les riches d’Angleterre, et de les remplacer par des étrangers. Soulevés par l'intérêt national, tous les partisse réunirent alors en Faveur du prince Henry, fils de Jean ; et les Français, demeurés seuls ou presque seuls, acceptèrent une capitulation qui leur accordait

pende rc Lu r à vuîgo et Respectai haberelur, ( Mal h. Paris. , p. 353. )

(3) Tuûc erat triste æraiilte alienigenarüm videra confusionem cortim. f Jbid.)

(-1) tjuis clolkil aut lïûltiil de régis morte Johamiis ?.. .

Sortlïda Fœdatur, fret eu lu Johanne, gühenna.

Per. irLjlie.J

la vie sa u ve , a C o rul itî on 1 1 e s’ t mit a rqu er sans dé la i « La royauté d’Angleterre étant ainsi revenue aux mains d’un Anglo-Normand , la charte de Jean fol confirmée ; et une autre, dite des forêts, qui rendait le droit de chasse aux possesseurs de fiefs, fut accordée par Henry Tll aux hommes de naissance normande. Mais le nouveau roi, fils d’une femme poitevine qui sTël ai L rc n ia r ï v e d ans S on pays, a ce u e i l ■ * 1217 lit en Angleterre, après quelques années, ses jeunes ,4s frères utérins, et beaucoup d’autres qui vinrent successivement, comme au temps du roi Jean, chercher fortune eu Angleterre. Les affections de parenté» rl rimmeur agréable et facile des nouveaux émigrés du Poitou, agirent sur Henry llï comme sur son prédécesseur ; on vit encore les grands offices delà cour ci les dignités civiles, militaires et ecclésiasliques, prodigués à des hommes nés sur le continent (1)» A la suite des Poitevins affluèrent les Provençaux , parce que le roi Henry mil épousé une fille du comte de Provence; eL, après eux, des Savoyards, des Fiém'ontàis et des Italiens, parents éloignés ou protégés delà reine, vinrent , attirés par Fespérancc d’ètre enrichis et avancés (2 b ha plupart le furent, eL l’alarme d’une nouvelle invasion d'étrangers sc répandît d’une maniéré aussi vive et souleva autant de passions que sous le régné précédent. Ou répétait, dans les plaintes publiques, les termes employés jadis par les écrivains saxons après la conquête ; on disait que, pour obtenir delà faveur et de la fortune en Angleterre, il suffisait de n’ètre pas Anglais (3).

Un Poitevin , nommé Pierre Desrochcs, était le ministre favori et le confident du roi; et lorsqu ou .s’adressait à lui pour réclamer l’observation de la charte de Jean et des lois d’Angleterre : « Je ne n suis pas Anglais, rëpondaîL-iL pour connaître « ces chartes et ces lois (4), n La confédération des barons et des bourgeois se renouvela clans une assemblée tenue n Londres : les principaux habitants de la ville y firent serment de vouloir tout ce que voudraient les barons, et d’adhérer fermement a leurs statuts. Peu de temps après, la plupart des évêques, comtes, barons et chevaliers d’Angleterre, ayant tenu conseil à Oxford, se liguèrent ensemble pour l’exécution des chartes et T ex pulsion de*

(ï) ïmliuro h.niïüit ;cti«sc«itiio . [U'oplcr quam pria est cootontio inter regain et baronet sues à retetùionc alientgeûâ’ rum quos tpse rex Inngo î cm pore manu lemiorat eL foverat centra commmkrm regni sui cl volunlatem indigenarum, (Xïaüi. Pans-, p. 437.)

(S) fiutic Provinciales, nunc Romani». (Ibid.)

{o^-Vix Anglirçaliquis aliqitodoÊcium aul beneficïumi10*; stderel.ciini tain en in AngHâ tiimltaU, tîitnalii mut Lî extern i mavimis in vilrcqiie generc dUai'éntur reddillbus. (Ibid J

(4) Voyez les Essais de M. Guizot sur i "histoire de France et if Angle terre.

étrangers, par un traité solennel qui était rédigé en rm français, cl contenait les passages suivants : « Fai- ^

« sons savoir A toutes gens que nous avons juré it sur saints évangiles , et sommes tenus ensemble j a par ec serinent, et promettons en boune loi que u chacun de nous et tous ensemble nous cnlraik dorons contre toutes gens di'oit faisan L et rien i£ prenant, Et, si aucun va encontre ce, nous le ie tiendrons à ennemi mortel (î>)*** »

Une chose bizarre, c’est que cette fois l’armée ?» réunie pour détruire l'influence étrangère fut com- jaii mandée par un étranger, Simon de lonifort. Français de naissance et gendre du roi (6)- Son père ) avait acquis une grande réputation milita ire et d'immenses richesses à la croisade contre les Albigeois, et lui-même ne manquait ni de talent ni d'habileté politique. Comme il arrive presque toujours , aux hommes qui sc jettent dans un parti d’où leur intérêt et leur situation sembleraient naturellement les exclure* il déploya plus d’acLivilé et de constance dans la lutte contre Henry lll , que n’en avait montré le Normand Robert, fils de Gauthier , dans la première guerre civile. Étranger à l'aristocratie anglo-normande, il parait avoir ru beaucoup moins de répugnance qu’elle a fraterniser avec les hommes de descendance anglaise ; et. ce fui lui qui , pour la première fois depuis la conquête , appela les bourgeois à délibérer régulièrement sur les affaires publiques avec les évêques et les barons d’Angleterre {7) .

La guerre commença donc encore une fois entre les hommes nés sur le sol anglais et les étrangers qui y occupaient des emplois et des seigneuries : les Poitevins et les Provençaux furent ceux dont on poursuivit l’expulsion avec le plus d’acharnement. C’était surtout contre les parents du roi eL de h reine, comme Guillaume de A alcucC et Pierre de Savoie, que se dirigeait la haine de toutes les classes de la population {8}; car les Anglais de race embrassèrent avec une nouvelle ardeur la cause des barons* et un singulier monument de cette alliance subsiste dans une chanson populaire sur la prise de Richard, frère du roi, empereur désigné des Allemands (9). ^

Celle chanson est le premier document historique qui offre le mélange de la langue saxonne et de la

f5) Annales monasleriî Horion lensî#* P* A 13.

(flj Ptæier Si mou cm dë Monte font et paucisaîmos es alïcaigenïs qui ernn il lo étant. (Math, Pari.1;.)

(7) Voyez les Essais do M. Guizot sur Pbistoire de France et d'Angleterre,

i8) ln mollis opprimeMltir Auglià dominalïone Picia- \ viensium et Romanorum et prsecqmè Aimer! AVinUmieflSi# seleclï, Willîclmi de Valenlïâ, Frairis regis uleri ni . et Wr\ j de Sybauciiâ, avrniculi rcgtnæ. (Math. Paris-. p-COG.)

(Oi Warton’s Histüfy of euglish paelry, 1* 1 , p- 47. — Chronira aïsbaliæ de Mailros, p. 2iî0.

DE L'ANGLETERRE. — CONCLUSION

ma langue française; mais cc mélange estime sorte de i|7fl bigarrure , et non une véritable fusion comme celle qui s’est opérée plus tard et a donné naissance à F anglais moderne,

WH. Après plusieurs victoires remportées sur le parti du roi, Simon de Montfort Fut tué dans une bataille * et l'ancienne superstition patriotique du peuple anglais sc réveilla en sa faveur. Comme ennemi des étrangers, et, selon les paroles d'un contemporain , défenseur des droits de la propriété légitime , il fut honoré du même titre que la reconnaissance populaire avait décerné à ceux qui , au temps de l'invasion normande, s’étaient dévoués pour la défense du pays. On donnait à Simon, comme à eux, le nom de défenseur des indigènes ; Fou disait que c’était mensonge de l’appeler traître et rebelle (I), et on le proclamait saint et martyr, aussi bien que Thomas Beekct (2)* Le chef de l’armée des barons contre Henry III fut le dernier homme en faveur duquel se manifesta cette disposition à confondre ensemble les deux enthousiasmes de la religion et de b politique, disposition particulière à la race anglaise, et queue partageaient point les Angio-Nor manda. Car, bien que Simon de Montfort eût fait beaucoup plus pour eux que pour les bourgeois ci les serfs d’Angleterre , ils ne soutinrent pas la réputation de sainteté que ces derniers essayaient de lui faire, et laissèrent les pauvres gens et les femmes de villages visiter seuls le tombeau du nouveau martyr pour en obtenir des miracles (5)* Ces miracles ne manquèrent pas, et il y en a plusieurs légendes ; mais le peu d’encouragement donné par l'aristocratie â la superstition populaire les fil bientôt tomber dans Foubli (4).

1272 Malgré l’estime que , durant sa vie , Simon de rm Montfort avait témoignée aux hommes d'origine saxonne, une distance énorme continuait d’exister entre eux et les fils des Normands. Le chapelain en chef de Farinée des barons, Robert Grosse-Té te, évêque de Lincoln , l’un des plus ardents promoteurs de la guerre contre le roi , ne complaît en An* glelerre que deux langages , le latin pour les gens lettrés, et le français pour les ignorants; c’est dans cette langue qu’il écrivit sur ses vieux jours des livres de piété à L’usage des Ïaïtjues, négligeant la langue

(ï) EL sdendum qoüd nom a sa ni capilis débet censere ncque appel lare Sioiouem nomine proditoris; non eutm fuit prodiior, sed regnï Anglorura defensor ei alienigenarum toi mie u a et expulser, quamvïs ttnus exsel ex Mis* (Matb- Pam.)

(Ûj {piùd non minus occuhml Simon pro jusuâ ratio ne Legilimarum possession um A 1 1 g ! î 00 , qitàm Thomas pro légitima raiione cccicsiamm Anglite olim occubuerai, (Ibid.)

(SJ Propter justissîmam causam indigeuarum quam susceperai, adiré Lu mu lirai ejos,.. ( Chronic. Mailros, p. 933. )

(4) Sed üùmipiitj Deux daroltquiL Simooem sine mivacu-

angbise eL ceux qui b parlaient (tî>. Les poètes de u-ji la même époque , même Anglais de naissance, com- bst posaient leurs vers en français, lorsqu’ils désiraient en tirer honneur et profit. II n’y avait que les chan teurs de ballades et de romances pour les bourgeois et les paysans, qui fissent usage deTangbis pur ou du langage mêlé de français et d’anglais , qui était le moyen h abituel de communication entre les hautes et les basses classes.

Cet idiome intermédiaire, dont la formation graduelle fut un résulta L nécessaire de la conquête, eut d’abord cours dans les villes on la population des deux races était plus mêlée et où l'inégalité des conditions était moins grande que dans les campagnes.

Il y remplaça insensiblement la langue saxonne, qui, n’étant plus parlée que par la partie de la nation Ja plus pauvre et la plus grossière, tomba autant audessous du nouvel idiome anglo-normand, que celui-ci était au-dessous du français , langage de la cour , du baronnage et de quiconque prétendait au bon ton et aux belles manières (G). Les riches bourgeois des grandes vi lles, et surtout ceux de Londres, cherchaient , en francisant leur langage d’une manière plus ou moins adroite, à imiter les nobles ou à se rapprocher d’eux par intérêt ou par vanité ; ils prirent ainsi de bonne heure T habitude de se saluer entre eux par le nom de sire , et même de s’intituler barons comme les châtelains du plat pays. Les citoyens de Douvres, Roinney, Sandwich, IIHIie et Hastings, villes de grand commerce, et qu’on appelait alors par excellence les cinq porte d’Angleterre (7), s’arrogèrent, à l’imilation de ceux de Londres, le litre de la noblesse normande, le prenant en commun dans leurs actes municipaux , cl individuellement dans leurs relations privées. Mais les vrais barons normands trouvaient cette prétention outre- amiante : « C’est à faire vomir, u disaient-ils , que d’entendre un vîlbin se qualifier « de baron (8). » Lorsque les fils des bourgeois s'avisaient de faire entre eux une joule ou un tournoi a cheval dans quelque prairie hors des faubourgs, les seigneurs envoyaient leurs valets et leurs écuyers les assaillir, et leur crier que les expertises d’armes ne convenaient pas à des villa lus , à des savomers et à des fariniers comme eux (0),

iis ? Non ; ïtlcireo dcducamus miracula divinKùs per ipsum facta. (Chton. Mailroa, p. 248,)

(5) Mémoires de Ja Société des Antiquaires de Londres , t, Xilï, p. 248.

(6) L'oraison dominicale , sous le règne de Henry Ht , m conienaii pas encore un seul mot normand.

(7) ün dit encore aujourd'hui , en anglais, the c?u(/ttc ports .

(8) ftnsfid Londonieuses qui se ïiaronea v osant ad nauseam- (Mai h. Paris 0

(») EUJSÜffih fürfpwi! et saponanL (IHidv)

TniEfinY.

3Gâ HISTOIRE DI

Malgré celte indignation des fils des conquérants contre le mouvement irrésistible qui tendait à rapprocher d’eux ta partie la plus riche de ta population vaincue , ce mouvement se manifesta d’une manière sensible ? durant le quatorzième siècle, dans les villes auxquelles les chartes royales avaient accorde le droit de remplacer par des magistrats électifs les vicomtes et les baillis seigneuriaux , Dans ces villes, qu’on appelait cités incorporée^ les membres de la bourgeoisie* furts de leur organisation municipale* parvinrent a se faire respecter beaucoup plus que les habitants des petites villes et des hameaux * qui demeuraient immédiatement soumis a Faulorité royale; mais H s’écoula encore longtemps avant que cette autorité eût , pour les bourgeois pris individuellement, la même considération et les mêmes égards que pour le corps dont ils étaient membres. Les magistrats de la cité de Londres, sous le règne d’Édouard III, admis à prendre place dans les festins royaux . avaient déjà part a ce respect pour les autorités établies par lequel se distinguait la race anglo-normande; mais le même roi qui avait fait manger ù la troisième table , après la sienne , le maire et les àhlermen , traitait presque en serf de la conquête tout citoyen de Londres qui , n’étant ni chevalier ni écuyer , exerçait un métier ou un art quelconque.

Si , par exemple . il prenait envie à ce roi d’embellir son hôtel ou de se signaler par la décoration d’une églïsr, au lieu de faire engager les meilleurs peintres de la ville à venir travailler pour un salaire convenu , il adressait â son maître architecte une commission clans les termes suivants : « Sachez que

nous avons chargé notre amé Guillaume de Wal- « sîngham de prendre dans notre ville de Londres « autant de peintres qu’il en sera besoin , et de les *t mettre à Fourrage à nos gages, et de les y faire « rester tanL que besoin sera; s’il en trouve quelle qu’un de rebelle , 11 les arrêtera et tiendra dans s: nos prisons pour y demeurer jusqu’à ce qu’il en « soit ordonné autrement (1). s» Quand le même roi voulait se procurer ie plaisir d’entendre jouer des instruments et chanter des ballades après son repas , il chargeait semblablement les huissiers de son hôtel de prendre, tant dans la banlieue de Londres qu'au dehors, tel nombre de jeunes gens de figure agréable, chantant bien cl bons ménétriers (2j. Enfin , au moment de partir pour les guerres de

(t} Sciât ïs quint afiignavimus* - - a<! toi piclores in Chili nu; nosirà I.ourfumæ. » , eapîeiïïlâm; . , el si quos invcneril reh«IJcfi„, (ftymef, Ad a publics, t. lit, part. II, p. 70.)

(9) Ad quoactam pueras henè cnn tantes et memhrfe d«gaoics et m arte ministrafi jostructos ub’jctimque invcnjre poterit capiendum . ÇIWil., t V.)

(3) A il quar rariûs et omnes a I i o<; operarios rapiendiiui eL

LA CONQUÊTE

France, lorsqu’il s’agissait de réparer les machines ^ de guerre ou d’en construire de nouvelles, le roi i isu Edouard taxait son mai ire ingénieur à douze cents boulets de pierre pour ses engins , l’autorisant â prendre, partout où il en trouverait, des tailleurs de pierre et d’autres ouvriers pour les mettre à l’ouvrage dans les carrières , sous peine d’emprisonnement (3),

Telle était encore, à la fin du quatorzième sicclé, la condition de ceux que plusieurs écrivains du temps appellent les vülains de Londres (4); et quant aux villains de la campagne, que les Normands, francisant d’anciens noms saxons , appelaient boudes, côtiers ou cotagers (U), leurs souffrances individuelles étaient bien plus grandes que celles des bourgeois, et sans aucune compensation ; car ils n’avaient point de magistrats de leur choix, et* parmi eux, il ne se trouvait personne à qui on donnât le titre de sire ou de lord (G). A la différence des habitants des villes, leur servitude s’élait aggravée parla régularisation de leurs rapports avec les seigneurs des manoirs , auxquels ils étaient attachés; l’ancien droit de conquête s’était subdivisé en une foule de droits moins violents, en apparence, mais qui entouraient d’entraves sans nombre la classe d’hommes qui s’y trouvait soumise. Les voyageurs du quatorzième siècle s’étonnaient du grand nombre de serfs qu’ils voyaient en Angleterre , et de l’excessive dureté de leur condition dans ce pays (7), comparativement à ce qu’elle était sur le continent et même en France. Le mot bandage exprimait alors le dernier degré de la misère sociale; pourtant ce mot * auquel la conquête avait donné une pareille signification , n'était qu’un simple dérivé de Fan glo -danois bond , qui, avant l’invasion des Normands, désignait un cultivateur libre et un père de famille vivant a la campagne, et c’est dans ce sens qu’on le joignait au mot saxon hnsy pour désigner un chef de maison , husbondt ou hmbandy selon l’orthographe de Fangkis moderne (8).

Vers Fan 1381 , tous les hommes qu’on appelait m bondes en Angleterre, c’est-à-dire, tous les cultivateurs, étaient serfs de corps et de biens, obligés de paver de grosses aides pour la petite portion de terre qui nourrissait leur famille, et ne pouvaient abandonner celte portion de terre sans Faveu des seigneurs dont ils étaient obligés de faire graLuite-

in qiiarrareispoûcmlnm,{nymep. Acta publica, t, V, p. ISO*1

(4) Froissa rl .

(3 ) Coi , en anglo-saxon, signifie cabane*

(fi) At Sessions ther wa s hc lord and sire...

(CI* a u « r+» C aa t u rb ci r y l a lui * J

(7) Fromart. L IM, eltap. LXXlV,p. Îû2.

(8) Quidam liber immo bondo. qiiiomesday-BookO

DE L’ ANGLETERRE. — CÛNCMiSION*

mï meut le labourage, le jardinage et les charrois de toute espèce. Le seigneur pouvaiL les vendre avec leur maison , leurs bœufs el leurs outils de labour, leurs enfants et leur postérité ; ce que les actes < V A n gicle rre e xp ri ma ie n 1 de 1 a in a n i ère s u i v a nie :

« Sachez que j'ai vendu un tel , mon nuïfy et tout e « sa sequelle, née ou à naître (1)..* » Le ressentiment du mal causé par l'oppression des familles nobles, joint à nu oubli presque Iota! des événements d3 4où provenait l’élévation de ces familles , dont les membres ne se qualifiaient plus de îVorma i n d $ , ma is de ge n t ils h om m es , a va U e o n d u i l les paysans d’Angleterre à ridée de lïnjustiee de la servitude en elle -même , et indépendamment de son origine historique.

Dans les provinces du sud, où la population était plus nombreuse, el surtout dans celle de Kent, dont les habitants avaient conservé la tradition vague d'un traité conclu entre eux et Guillaume le Conquérant pour le maintien de leurs anciennes Franchises, de grands symptômes d’agitations populaires parurent au commencement du règne de Richard IL C’était un temps de dépense excessive pour la cour et pour tous les gentilshommes , à cause des guerres de France , où chacun se rendait ù ses frais . et cherchait à briller par la magnificence de son train et de ses armes. Les propriétaires de seigneuries et de manoirs accablaient de tailles et d’exactions leurs fermiers et leurs serfs, prétextant, à chaque nouvelle demande, la nécessité où ils étaient d'aller go m ba 1 1 re les fi r a n ça ï s . c h c z eux, p 01 1 r les e m pécher de descendre en Angleterre* Mais les paysans disaient : u On nous taille , nous autres, pour ü aider les chevaliers et les écuyers du pays à dé- 1 1 fendre leurs héritages; nous sommes leurs valets et n les hèles dont ils tondent la laine ; el , a tout conit sidérer, si l'Angleterre se perdait i uons perdrions « bien moins qu'eux (3)* n

A ces propos tenus au retour des champs, lorsque les serfs du même domaine, ou de domaines voisins l’un de l’autre, se rencontraient et cheminaient ensemble, succédèrent des discours plus graves, prononcés dans des espèces de clubs où Ton se réunissait le soir après l'heure du travail (3)* Quelques-uns des orateurs de ces réunions étaient prêtres, et ils liraient de la lubie et des Ecritures leurs arguments contre l’ordre social de l’époque.

(1) ISjlhum meiim eu ni toi à sequdà su J procréai, A cl pmcieandâ, (Bladox, Formutare Anglican.)

(2) FroU&art, t* IE13 p* 133 et suhr.

p) ConGrepüones et comenticula llLiçlU* ( R y mer. ÂcU publica, L lit, part, III, p. 124.1

(4) Froissarl, chap. LXXIV à LXX1X.

5) froissât t.

(ê) Et sic misèrent untisqültqae ad amieos et coijnatos

« Bonnes gens* disaient-ils . les choses ne peuvent nn « aller en Angleterre, et n 'iront pas jusqu’à ce qu’il « n’y ait ni vdlaias , ni gentilshommes, que nous « soyons tous égaux* et que les seigneurs ne soient et pas plus maîtres que nous. Comment font-ils « mérité . et pourquoi nous tiennent-ils en servage? i; car nous sommes tous venus des mêmes père et « mère, Adam el Ère. Ils sont vêtus de velours et « de cramoisi , fourrés de vair et de gris ; ils ont « les viandes , les épices el les bons vins ; et nous m avons le rebut de la paille , et de l eau a boire,

« Ils ont le repos et les beaux manoirs, el nous * avons In peine et le travail, la pluie el le veut « aux champs (4)*** » Là-dessus toute l’assemblée, en tumulte, s’écriait: « lt ne faut plus qu’il y ait u de serfs; nous ne voulons plus être traités comme ii des bêtes; et si nous travaillons pour les mu gneurs * il faut que ce soit avec salaire (g)* w

Ces réunions, formées dans plusieurs lieux des provinces de Kent et d’Bssex, se régularisèrent secrètement , et envoyèrent des députés dans les provinces voisines , pour s’entendre avec les gens de la même classe eL de ta même opinion (0). Ainsi s’organisa une grande association , dons le but de forcer les gentilshommes à renoncer à leurs privilèges* Une chose plus remarquable encore 3 c’est qu'il circulait dans les villages de petits écrits, sous forme de lettres, où l’on recommandait aux associes la persévérance et la discrétion , en termes mystérieux et proverbiaux* Ces écrits , dont un auLetir du temps nous a conservé quelques-uns, sont composés dans un anglais [dus pur, e’est-à* dire moins mélangé de français que ne le sont d'autrès pièces de la même époque , destinées à l'amusement des riches bourgeois des villes* Ces pamphlets du quatorzième siècle n’ont d’ailleurs rien de curieux que leur existence même , et le plus significatif de tous , qui est une lettre adressée au peuple des campagnes, par un prêtre nommé John Bail , cou-* lient les passages suivants : « John Bail vous salue a tous j et vous fait savoir qu’il a sonné votre cïo- « die. Ür donc, à l’ouvrage ; prudence et constance, u effort el accord ; que Dieu donne hâte aux parcsii seux* Tenez -von s bravement ensemble, et secouer rez-vous fidèlement : quand la fin est bonne, tout n est bien (7) . >

Malgré la distance qui séparait alors la condition

de vîllâ in villato cl de palHà tu palrium peteni.es conaîliuni connu cl auxiïmm. (Benrici Kuygtilon. p- 2055.)

(7 J John Rail firclilli y au wdl aile, and dotli y ou undorsiand lie bath ruugen y ont1 2 helt. Pîawc ryçht and tnytîiu wylle and skylto , God spede every idele. Sutidc maalyche togedÿr in irewth and bel p you , if üieeade be wc|J,lhea iî ail wclb Çbroa. Henr, Kiiyehlon, L lï, p* IM.)

mi des paysans do etllc des bourgeois , et surtout des bourgeois de Londres , ces derniers entrèrent , à ce qu'il parait , en relation intime avec les serfs de la province d 'Es 8 ex, et promirent même de leur ouvrir les portes de la ville et de les laisser entrer sans aucune opposition , s'ils voulaient venir en masse faire leur demande au roi Richard (1), Ce roi entrait dans sa seizième année, elles paysans, dans leur bonne foi , et dans la conviction où ils étaient de la justice de leur cause , espéraient qu'il les affranchirait tous d'une manière légale, et sans qu'ils tussent besoin de recourir à la violence, Aussi le mot habituel des serfs , dans leurs conversations et leurs conciliabules politiques , était : « Allons » au roi qui est jeune, et remonirons-lui notre scriî viturie ; allons-y ensemble , et * quand il nous « verra , nous en obtiendrons quelque chose de <[ bonne grâce, ou bien nous userons d'autre rck mède (2). » L'association Formée autour de Londres s’étendait de proche en proche avec rapidité , lorsqu'un accident imprévu , en contraignant les affiliés d’agir avant qu'ils eussent acquis une assez grande force et une organisation assez complète , détruisit les espérances qu'ils avaient conçues 9 et remît aux progrès de la civilisation européenne l'abolition graduelle de la servitude en Angleterre*

En l’année 1381 , les besoins du gouvernement pour la guerre et pour les dépenses de luxe lui firent décréter une taxe de douze sous par personne, de quelque condition qu'elle fût , qui aurait passé l'âge dtî quinze ans, La levée de cet impôt n'ayant pas rendu tout ce qu'on en avait espéré , des commissaires firent envoyés pour s'enquérir de la régularité du payement (3) . Dans leurs recherches auprès des nobles et des riches , ils mirent des égards et de la courtoisie ; mais ils furent , pour le bas peuple , d'une dureté et d'une insolence excessives. Dans plusieurs villages du comté d'Essex , ils allèrent jusqu'à vouloir s'assurer d'une manière indécente île l'âge des jeunes filles (4), L'indignation causée par ces injures occasionna un soulèvement à ta tête duquel sc mit un couvreur en tuiles appelé Walter, ou familièrement Wat , et surnommé, a cause de sa profession , Tyler , c'est-à-dire le Tuilier* Ce mouvement en détermina de semblables dans les comtés de Susses, et de Bedford , et dans celui de Kent, dont le prêtre John Bail cl un certain Jack Straw , ou Jean la Paille , furent nommés chefs et capitaines (lî>* Les trois chefs et leur bande , qui se grossissait en route de tout ce qu'elle rencontrait

(1) De eorum aiîventu Londonîcnscs lon^o an t à (empare IntetlcKcrant. (Ctiran. Hearic* KnifjhlûrvL 11, p„ 3654,}

(â) Froinart.

j3j bndê tpiUlam Johannes Leg cum tribus aîiis ailn amimpetravft à re^c enmmis*îoncm arl itfqiiirertdtHn dé

I,A CONQUÊTE

de laboureurs et d’jilisnris serfs , sc dirigèrent du usi côté de Londres , pour aller voir le roi , comme disaient les plus simples d'entre les insurgés qui attendaient tout de cette seule entrevue, ils marchaient armés de bâtons ferrés , de haches et d'épées rouitlëes, en désordre, mais sans fureur, et chantant des chansons politiques dont deux vers ont été conservés :

n Quand Adam bêchait , quand Eve filait, où était u alors le gentilhomme (G) ? n

Ils ne pillaient point sur leur route, maïs , au contraire, payaient scrupuleusement fout ce dont ils avaient besoin (7), Ceux du comté de Kent allèrent d’abord à Canterbury pour s'emparer de Parehcvèquc , qui était en même temps chancelier d'Angleterre 5 et, ne l’y trouvant pas , ils continuèrent leur route , détruisant les maisons des gens de cour et celles des légistes qui avaient soutenu des procès intentés aux serfs par les nobles. Ils enlevèrent aussi plusieurs personnes qu'ils gardèrent comme otages , entre autres un chevalier et ses deux enfants ; ils firent halte a quatre milles environ de Londres , dans une grande plaine nommé Blacklleaüi , où iis se retranchèrent comme dans une espèce de camp. Ils proposèrent alors au chevalier qu'ils avaient emmené avec eux de se rendre en parlementaire auprès du roi , qui, à la nouvelle de l'insurrection, s'était retiré dans ta Tour de Londres. Le chevalier n'osa refuser ; prenant une barque, il vint à b* Tour, et , se mettant à genoux devant le roi ; u Très-redoute seigneur, lui dit-il,

*< veuillez ne pas prendre h déplaisir le message que « je suis obligé de faire ; car , cher sire , c'est par « force que je suis venu s* avant, — Dites ce dont « vous êtes chargé , répondit le roi , et je vous tiens tt pour excusé* — Sire, les gens des communes de « votre royaume m'envoient pour vous prier de « venu’ leur parler ; ils ne désirent voir personne « que vous et n'ayez aucune crainte pour votre ii sûreté, car ils ne vous feront aucun mal , et vous « tiendront toujours pour roi ; ils vous montreront, n disent-ils, plusieurs choses qui vous seront fort » nécessaires à entendre, et qu'ils ne m'ont pas

chargé de vous dire ; mais, cher sire , veuillez me « donner réponse, afin qu'ils sachent que vraiment « j'ai été vers vous , car ils ont mes enfants en ota~

^ ges. h Le rot prit conseil , ci répondît que si le lendemain matin les paysans avançaient jusqu'à la Tamise , lui-même irait leur parler. Cette réponse leur causa une grande joie. Ils passèrent la nuit en

col I ce lo pïbm h 1 1 j m ta x æ i n Ca nrià , (Hcn r . K n ygh ton * p . ;

(4) Ibid.

(5) Ibid.

{0} Voyez liv. Vil, p. 190, noé 9.

(7) Frotsmi,

DE L’ANGLETERRE. — CONCLUSION

mi plein champ, du mieux qu'ils purent; car ils étaient près de soixante mille, et une grande partie jeûna, faute de vivres (1)*

Le lendemain, qui était jour du SaïnLSacrementj le roi entendit la messe dans la Tour; et malgré les discours de r archevêque de Ganterbury, qui lui conseillait de ne point se commettre avec des ribauds sans chausses (2) , il entra dans une barque , accompagné de quelques chevaliers , et fit ramer vers l1 au ire bord, où il y avait déjà plus de dix mille hommes venus du camp de Black- Heath. Quand ils virent approcher la barque , ils commencèrent tous à jeter des cris et à faire des mouvements qui effrayèrent si fort les chevaliers de l'escorte du roi, qu'ils le conjurèrent de ne pas descendrez terre, et firent promener la barque sur ht rivière deçà et delà. *ï Que voulcz-vous? dit le il roî aux insurgés ; me voilà venu pour vous paris 1er* — Que tu viennes à terre; ci nous le dirons n et montrerons plus facilement ce qu’il nous fout.n Alors le comte de Salisbury, répondant pour le roi, leur cria : « Seigneurs, vous n'ètes point en ordon- « nonce, ni en accoutrement convenable pour que n le roi vienne à vous. » El la barque retourna vers la Tour* Ceux des insurgés qui étaient venus jusqu'à la Tamise s’en allèrent alors à Black-Hezth dire aux autres ce qui venait d’arriver, et alors il n’y eut parmi eux qu’un seul cri : *< Allons à Londres ! marü chous sur Londres ï à Londres 1 à Londres (5) ! »

Ils marchèrent en effet vers la viülc , détruisant sur leur route plusieurs manoirs , mais ne pillant et n'enlevant rien : arrivés au pont de Londres, qui étaiL fermé par une porte, ils demandèrent qu'on la leur ouvrit, et qu'on ne les contraignit pas à user de violence» Le maire William Wahvorlh, homme d’origine anglaise, comme son nom semble l'indiquer, voulant se faire valoir auprès du roi et des gentilshommes, songea d'abord à tenir la porte fermée et à poster des gens armés sur le pont pour arrêter les paysans ; mais il y eut parmi les bourgeois , surtout parmi ceux de la classe moyenne et inférieure, assez d’opposition à ce projet, pour que le maire y renonçât. » Pourquoi, disaient-ils, ne ie laisaeraît-on pas entrer ces bonnes gens? ce sont ii nos gens, et tout ce qu'ils font, c’est pour <; nous (4). ii La porte fut ouverte , et les insurgés , parcourant la ville , se distribuèrent dans les maisons pour y prendre des rafraîchissements, chacun s’empressant de leur servir à boire et à manger, les uns par amitié, les autres par crainte.

Les premiers rassasiés se rendirent en foule à

(!) Frolfiàart*

(2) Cura discatceatfc ribaîdie (Tienne* Knyghtoa*/— Thomas Waisiniyham.

(SJ Froissa ri.

zm

un hùtel du duc de Lancaster, appelé la Savoie, lasi et y mirent le feu par haine de ce seigneur, qui avait ru récemment une grande part à l'administration des affaires publiques. Ils brûlèrent les meubles les plus prédeux , sans en rien détourner; et même un des leurs , qu'on surprit emportant quelque chose , fut jeté dans le feu par ses compagnons (S). Excités par le même sentiment de vengeance politique , sans mélange d'aucune autre passion, ils mirent à mort, avec un appareil bizarre et un simulacre de formes judiciaires, plusieurs des officiers du roi; puis, faisant sortir des prisons d'Etat quelques détenus de distinction 7 ils les décapitèrent en cérémonie (6), Ils ne firent aucun mal aux hommes de la classe bourgeoise et marchande , de quelque opinion qu’ils fussent . excepté aux Lombards et aux Flamands , qui faisaient la banque à Londres sous la protection de la cour, et dont plusieurs . en prenant à ferme les taxes , s’étaient rendus complices des vexations exercées contre les pauvres gens.

Le soir, ils se réunirent en grand nombre sur la place de Sainte - Catherine , près de la Tour, disant qu’ils ne sortiraient pas de là que le roi ne leur eût accordé ce qu'ils voulaient : ils y passèrent toute la nuit, poussant de temps en temps de grands cris qui effrayaient le roi et les seigneurs enfermés dans la Tour. Ces derniers tinrent conseil avec le maire de Londres sur ce qu'Ü y avait à faire dans un danger si pressant : le maire, qui s'était signalé au ressentiment populaire comme ennemi de l'insurrection, proposait des moyens violents ; il voulait qu’on attaquât dons la nuit tuème, avec des forces régulières , ces gens qui couraient en désordre à travers les places et les rues , et dont à peine un seul sur dix était bien armé. Son avis ne prévalut pas , et le roi écouta ceux qui lui disaient : u Si vous pouvez

apaiser ces gens par de belles paroles, ce sera le « meilleur et le plus profitable ; car si nous com- « mençons chose que nous ne puissions achever, il « n’y a plus moyen de nous eu remettre jamais (7).

Quand vint le matin, les gens qui avaient passé la nuit en face de la Tour commencèrent à s’agiter et à crier que , si le roî ne venait pas , ils prendra i eut la Tour d'assaut , et mettraient à mort tous ceux qui étaient tledans. Le roi leur fit dire alors qu'ils n’avaient qu'à se transporter hors de la ville, dans un beu appelé Miles-End , et que lui-même irait sans faute les y trouver» 11 sortît en effet, accompagné de ses deux frères, des comtes de Salisbu ry^ de Wanvtck, d'Oxford, cl de plusieurs autres barons. Dès qu'ils eurent quitté la Tour, ceux des

(4) Froissai L.

Ibid*

(6) Hernie, kDyghton,

(7) FroïMarL

mi

3C6 IllSTOiaE DE LA CONQUÊTE

insurgés qui étaient restés il a US la ville y entrèrent de force, et, courant de chambre en chambre , sai- ! strent Farcbevèque de Canlcrbury, le trésorier du roi, et deux autres personnes qu’ils massacrèrent , et dont Us promenèrent les lèles au bout de leurs piques* Les autres, au nombre de cinquante mille, se trouvaient réunis à Miles-End , quand le roi y arriva* A la vue des paysans armés, ses deux frères et plusieurs barons eurent peur, et Faban donnèrent ; mais lui, tout jeune qu'il était, s'avança avec assurance j et, s’adressant aux paysans en langue anglaise ; « Bonnes gens , leur dît-il , je suis votre roi *: et votre sire; que vous faut-il? que tue voulezi: vous ? U Ceux qui étaient à portée de Fen tendre répondirent : !■ Nous vouions que tu nous affran- « dusses à tout jamais, nous, nos enfants et nos « liions, et que nous ne soyons plus appelés serfs, ni « tenus en servage, — Je vous l’accorde , dit le roi ;

« retirez-vous en vos maisons par villages, comme « vous êtes venus, et laissez seulement apres vous i: deux ou trois hommes de chaque lieu. Je vais « lnnLôt faire écrire et sceller de mon sceau des

lettres qu'ils emporteront avec eux, et qui vous « assureront franchement tout ce que vous demam « dez; et je vous pardonne ce que vous avez fait il jusqu'à présent ; mais que vous retourniez chais cun dans vos maisons, comme je Fai dit {!)*«

Ces gens simples reçurent avec grande joie les paroles du Jeune roi, ne songeant aucunement qu'il pût avoir envie de les tromper : ils promirent de partir séparés, et se séparèrent en effet, sortant Je Londres par différents chemins. Durant touL le jour, plus de treille clercs de la chancellerie royale furent occupés à écrire et à sceller des lellres d'affranchissement et de pardon ; ils les remettaient aux commissaires des insurgés, qui parlaient aussitôt après les avoir reçues. Ces lettrés étaient en latin, et contenaient les passages suivants :

« Sachez que, de notre spéciale grâce, nous k avons affranchi tous nos liges cl sujets du comté « de Kent et des autres comtés du royaume, et « déchargé et acquitté tous et chacun d'eux de Loin *t bandage et servage*

«Et qu’en outre nous avons pardonné à ers « mêmes liges et sujets toutes les offenses qu'ils ont iî faites contre nous, en chevauchant et allant par « divers lieux avec des hommes d'armes, archers et « autres, à force armée, bannières et peinions « déployés (£).**. »

Les chefs, et surtout Wàt-Tylcrel John Bail, plus clairvoyants que les autres, n 'eurent point la même

(1) Froissai t *

t3) Sciafis quùd de grafiâ nosli à speciati mantimiaaîmus uni verses ïîjcos cl siogülos subditûs iioslros,.* et ipso» et cnnim qûemlïbet omni bondagio et «errïtïo exuimuî, * * Et

confiance dans les paroles cl les chartes du roi. Ils m firent ce qu’ils purent pour arrêter le départ et la dispersion des gens qui les avaient suivis, et parvinrent à rallier quelques milliers d’hommes, avec les * quels ils restèrent à Londres, déclarant qu’ils n'en sortiraient point avant d'avoir obtenu des concessions plus expresses, et des garanties de ces concessions. Leur fermeté imposa aux seigneurs de ta cour, qui, n’osant encore employer la force, conseillèrent au roi d’avoir avec les chefs de la révolte une entrevue a SmiLhfiekl , lieu ou se tenait alors le marché aux bestiaux* Les paysans, ayant reçu ceiLc réponse, s’y rendirent pour attendre le "roi , qui vint escorté du maire, des aldermen de Londres, et de plusieurs courtisans et chevaliers. Il s'arrêta à une certaine distance, et envoya un officier dire aux insurgés qu’il était là, et que celui de leurs chefs qui devait porter la parole n’avait qu'à s'avancer pour présenter sa requête. « C’est moi, n répondit WaL-Tyler; et sans songer au péril auquel il s’exposait , il fit signe aux gens de sa troupe de ne pas le suivre, et piqua îles deux vers le roi. Il l’aborda librement, poussant sou cheval tout près du sien, et Un fil, sans formules obséquieuses, lu demande précise de certains droits qui devaient être la conséquence nal u reîle de l’affranchissement du peuple, savoir : le droit d’acheter et de vendre librement dans les villes et hors des villes, et le droit de chasse en Forêt* et en plaines, que les hommes de race anglaise avaient perdu à la conquête (3) *

Le roi hésitait à répondre d’une manière positive; et, pendant ce temps* Wat-Tyler, soit par impatience, soit pour montrer par ses gestes qu’il n’était pas intimidé, jouait avec une épée qu'il tenait à ta main, et la faisait tourner en Fair au-dessus de sa tête* Le maire de Londres, William Walworlh, se trouvait alors à côté du roi; et, soit qu’il crût voir une menace dans le geste de Wat-Tyler, soit qu’il ne pût résister à un violent accès de colère contre lui, H le frappa sur la tète d’un coup de masse d’arme , eL te renversa de cheval. Les gens de la suite du roi l'entourèrent pour cacher un moment aux insurgés ce qui sc passait : et un écuyer de naissance normande, ^ nommé Phîlipot, descendant de cheval, enfonça son épée dans la poitrine du couvreur en tuiles , et le tua d'un seul coup* Les insurgés, s’apercevant que leur chef n1 était plus à cheval commencèrent à se mettre eu mouvement et à crier : u Ils oui tué notre u capitaine l allons, allons! tuons tout! » Et ceux qui avaient des arcs les bandèrent, pour tirer sur le roi et sa compagnie (4).

quûd perdons Vimu$ ijsdcm ligeis... (Rymer* Acia pu Itl ica *

(5) El stagnis piîcariis et boads et ïovestis feras tapOT ,

Iîu campis îcporesfngare... (Sonr. Knyghton, p. 2037 .)

(fy Froissait*

Alors le roi Richard fit an acte Je courage extraordinaire* Il se sépara de ceux qui raccompagnaient* en leur disant : «Demeurez, que personne ne me « suive ; » et il alla seul au-devant des paysans* qui sc rangeaient en bataille. «« Seigneurs, leur dit-il,

« que vous faut-ïî? vous n’avez d’anlre capitaine « que moi; je suis votre roi ; tenez-vous en paix ,

« suivez-moi aux champs, et je vous donnerai ce « que vous demandez. a L’étonnement que leur causa cette démarche, et l'impression que produit toujours sur la masse des hommes celui qui possède le souverain pouvoir, firent que le gros de la troupe se mit en marche, et suivit le roi par un instinct machinal. Pendant que Richard s’éloignait eu parlant avec eux, le maire courut à Londres, et fit sonner l’alarme et crier dans les rues : « On tue le roi !

« on tue le roi 1 » Comme il n’y avait plus d1 insurgés dans la ville, les gentilshommes anglais ou étrangers et les riches bourgeois qui étaient du parti des nobles, et qui s’étaient tenus armés dans leurs maisons, avec leurs gens, de crainte du pillage, sortirent tous, et se dirigèrent au nombre de dix mille , la plupart à chevalet complètement armés, vers la plaine ou les insurgés marchaient en désordre, ne s’attendant point à être attaqués. Dès que le roi vit venir les gens d’armes , il galopa vers eux , se mit dans leurs rangs, et aussitôt ils commencèrent le combat en bon ordre contre les paysans, qui, surpris de cette attaque imprévue, et saisis d’une terreur panique, s’enfuirent de côté et d’autre , la plupart en jetant leurs armes. On en fit un grand carnage, et plusieurs des fuyards, rentrant dans Londres, se cachèrent chez leurs amis (l).

Les gens armés qui, sans grand péril, les avaient mis en déroule, revinrent en triomphe, et le jeune roi alla recevoir les félicitations de sa mère , qui lui dit en langue française ; « Holà, beau fils, j’ai eu « aujourd’hui grande peine et angoisse pour vous.

« “ Ccrles , madame, je le crois bien, répondit le « roi; mais à présent réjouissez-vous et louez Dieu,

« car il est heure de le louer, puisque j’ai aujour-

d’hui recouvré mon héritage et le royaume d’Ah- « gleterre que j’avais perdus, si Ou fit des chevaliers d an s e et te j ou niée , eo m m e d an s les g ra iules batailles du temps, et les premiers que Richard II honora de celle distinction furent te maire Walworth et l’écuyer Philipol, qui avaient assassiné Wat-Tyler. Le jour même, un ban fut crié de rue en rue, de par le roi, portant que tous ceux qui n’élarenl pas natifs de Londres, ou n’y habitaient pas depuis un an, eussent à partir sans délai, et que, si quelqu’un d’entre eux était v u ou trouvé le lendemain matin, il aurait la tète tranchée comme traître au roi et au royaume.

(1! Froissarl. (2) ïbîd*— Thomas \Yaidngbam.

Ce qui resLaît des gens venus avec les insurgés s’en alla par toutes les routes et â la débandade. John Bail et Jack Straiv, prévoyant qu'on les guetterait A leur départ, demeurèrent cachés; mais ils furent bientôt découverts, et conduits devant les justiciers royaux . qui les firent décapiter et couper en quartiers. Ces nouvelles, répandues autour de Londres, arrêtèrent dans sa marche un second ban de serfs révoltés qui venait des provinces éloignées et n’avait pu arriver aussi promptement que les autres r Us n osèrent aller plus avant, rebroussèrent chemin et se débandèrent (£}.

Pendant que ces choses se passaient . toutes les provinces de T Angleterre étaient en agitation. Aux environs de Norwich , les possesseurs de grandes terres, les gentilshommes et les chevaliers se cachèrent; plusieurs comtes et barons qui se trouvaient rassemblés dans le port de îlyniouth, prêts A s’embarquer pour une expédition en Portugal, craignant que les paysans du voisinage ne vinssent leur courir sus, montèrent sur leurs vaisseaux, et, quoique le temps fût mauvais, se mirent à l'ancre en pleine mer. Dans les comtés du nord, dix mille insurgés se levèrent, et le due de Lancaster, qui faisait alors la guerre sur la frontière d’Ecosse, s'empressa de conclure une trêve avec les Ecossais, et chercha un asile dans leur pa3*s. Mais le bruit des événements de Londres rendit bientôt le courage aux gentilshommes; de toutes parts ils se mirent en campagne contre les gens de village, mal armés et sans moyens de retraite, tandis qu* eux-mêmes avaient leurs châteaux Forts, dont il suffisait de hausser le pont-levis pour être en sûreté. La chancellerie royale écrivit en grande hâte aux châtelains de cités, des villes et des bourgs, de garder leurs forteresses et de n’y laisser entrer personne, sur leur tète. En même temps ou répandit partout la nouvelle que le roi donnait des lettres d'affranchissement A tout serf qui se tenait paisible : ce qui diminua l'effervescence et l 'énergie du peuple, et le rendit moins confiant envers ses chefs. Cetix-ri furent arrêtés en differents lieux, sans qu’il y eût beaucoup de résistance et de tumulte pour tes sauver : tous étaient des gens de métier, et uVvaîent la plupart pour nom de famille que le nom même de leur profession ; comme Thomas Baker ou te boulanger, Jack Millier ou le meunier, Jack Carter ou lecharrcLier (3).

Lorsque la conjuration des paysans eut été complètement dissoute, tant par leurs défaites partielles et l'emprisonnement des chefs que par le relâchement du lien moral qui les avait réunis, une proclamation fut publiée, à son de cor, dans les villes et les villages . en vertu d’une lettre adressée par le

(3} Ecurie. Knyehton,

mi

e8 HISTOIRE DE 1.

roi à tous tes sheriffs, maires et baillis da royaume, et ainsi conçue :

« Faites proclamer sans délai dans chaque cite , I « bourg et ville marchande , que tous et chacun „ des tenanciers, libres et natifs, fassent, sans au- „ cune résistance, difficulté ou retard, les ouvra- « ges, services, aides et corvées qu’il» doivent a « leurs seigneurs, d’après l'ancienne coutume et „ nn’iis avaient habitude de faire avant les troubles

« survenus dans les différents comtés du royaume, |

« El faites-leur défense rigoureuse de retarder „ pius longtemps que par le passé Itedils services u et ouvrages , et d’exiger, revendiquer ou prelenu dre quelque liberté ou privilège dont ils n’auu raient pas joui avant lesdîts troubles.

„ pi bien qu’à l’instance et importunité des in- « surgés certaines lettres patentes de nous leur « aient été octroyées . portant affranchissement de « tout bondage et servage pour tous nos liges cl sujets, comme aussi le pardon des offenses rom - ,, mises contre nous par ces mêmes liges et sujets ;

« Pour ce que lesdiLes lettres ont émane de (1 „olr„ cour sans mûre délibération , cl considcrant que la concession desdiles lettres tendait « manifestement à notre grand préjudice , à celui « de notre couronne , ainsi qu’à l’expropriation de « nous , des prélats , seigneurs et barons de notre royaume , el de la très-sainte Église ; k lïe Taxis de notre conseil et par la teneur des « présentes, nom avons révoqué , cassé et annulé « leécBles lettres , ordonnant en outre que ceux « qui ont en leur pouvoir nos chartes d 'affranchis - « sèment et de pardon les remettant et les resti- « nient à nous et à notre conseil, sous la foi et h allégeance qu’ils nous doivent , et sous peine de K forfaiture de tout ce qu’ils peuvent forfaîre ente vers nous (1). »

Aussitôt après cette proclamation , un corps de cavalerie Fut rassemblé a Londres, et pai lit en colonne mobile, pour parcourir, dans tous les sens, les comtés d ou étaient vernis les insurgés qui avaient obtenu des chartes* Un juge duhandu roi, nomme Robert Trcsilyan , accompagna les soldais eL fit avec eux une tournée dans Ions les villages, faisant publier sur sa route que tous ceux qui avaient emporté des lettres d’affranchissement et de pardon eussent à les lui remettre sans délai , sous peine d’exécution militaire contre tous les habitants eti masse* Toutes kscharLes qu’on lui apporta Furent lacérées et brûlées devant le peuple; mais il ne se

A CONQUÊTE

contenta pas de ces mesures 5 et recherchant ceux m qui avaient été les premiers Fauteurs de 1T insurrection, iî les fit périr par des supplices atroces, ordonnant qu’on pendît les uns quatre Fois aux quatre coins des villes. Faisant eventrer les attires et jeter leurs entrailles au feu , pendant qu ils respiraient encore (2)* Ensuite les archevêques , évêques , abbés el barons du royaume, ainsi que deux chevaliers de chaque comté et deux bourgeois de chaque ville marchande , furent convoqués en parlement par lettres du roi Richard (3)* Le roi exposa devant cette assemblée les motifs de la révocation provisoire des chartes d’affranchissement, ajoutant que c’était à elle de décider si les paysans devaient être affranchis ou non, « Dieu nous garde , répondirent « les barons et les chevaliers , de souscrire à de h telles chartes, dussions-nous périr tous en un k seul jour ; car nous aimerions mieux perdre la h vie que nos héritages i *

L’acte du parlement , qui ratifiait les mesures déjà prises , fut rédigé en langue française , après avoir été probablement discuté dans celte langue (4)* L’on ne sait quelle part les députés des villes prirent à ce débat , ni même s’ils y assistèrent ; car , bien qu’ils fussent convoqués dans les mêmes Formes que les chevaliers des comtés, souvent ils s’assemblaient séparément, ou bien ne restaient dans la salle commune que pendant là discussion de 1 impôt sur les marchandises et le commerce* An reste, quel qu’ait été le rôle joué dans le parlement de 1581 par les envoyés des villes, l’affection de la classe bourgeoise pour la cause des insurgés n est pas douteuse. En beaucoup de lieux, elle répéta le propos des habitants de Londres ï <s Ce sont nos u gens , el tout ce qu’ils font c’est pour nous* » Tous ceux qui T n’étant pas nobles et titrés , blâmé* renl FinsurrecUûn, furent mal notés dans T opinion publique , et cette opinion se prononça même assez fortement pour qu’un poète contemporain, nommé Gower, qui s’était enrichi en faisant des vers Français pour la cour, ait cru Faire Lin trait de courage en publiant imesatire oii les insurgés étaient poursuivis pai l’ odieux et le ridicule (3). U déclare que cette cause a des partisans nombreux el considérables * dont ta haine peut êt re dangereuse, niais qu’il aime mieu x s y exposer que de ne pas dire là vérité. Ainsi il est probable que, si la rébellion commencée par des paysans et des ribauds sans chausses n’eût pas été sitôt vaincue s des personnes d’une classe plus relevée en auraient pris la conduite , el * avec plus

(îj ïtymer., L lit, part. 111, p< 134*

(Sj Mios dacapitari, altos suspend*, alios vero tralii per ci viiaLfs el aotpendl per quatuor parles ci vit aluni , altos au lem «y i s écran..* (Jlciivic. Kiiyglitou, p. 2fi43.)

[3] Duos milites de unoquoquu comiialu cl duos totirgen-

scs de uuàqudque vülâ racrcatorïA ( Uennc. Kdï&WP t p. 2M3, )

{4) Hallanrt Europe in Middle âges*

(5) Elle était écrilc un latin, sous îe titre de / ox aamuntU,

DE L'ANGLETERIVE. - CONCLUSION,

mi de moyens de suce es , l’a u va ic n l p o u sséc j i i si \ u' à son dénier terme» Peut-être qu’en peu de temps , pour employer L'expression d'un historien de l'époque, toute noblesse et gentillesse cùi disparu de l'Angleterre (1)»

nsi Au lieu de cela , les choses restèrent dans Tordre ]m anciennement établi par la couquête, et les serfs, après leur défaite , continuèrent d'être traités selon les termes des proclamations» qui disaient, en s'adressant à eux -mêmes ; « Yi Main s vous étiez» et Têtes encore , cl en bandage vous resterez {&), » Malgré le. mauvais succès de la tentative qu'ils avaient faite pour sortir tous a la fois de servitude et détruire la distinction d'état qui avait suceêdé à la distinction de race , le mouvement naturel qui tendait à rendre graduellement cette distinction moins tranchée ne s'en continua pas moins , et les affranchissements individuels , qui avaient commencé bien avant cette époque 3 devinrent dés lors plus fréquents. L’idée de l'injustice de la servitude en elle-même, et quelle que fût son origine, soit ancienne, soit récente , celte grande idée» qui avait été le lien de la conspiration de 2 381 , et à laquelle L'instinct de la liberté avait élevé Les paysans avant tes geuülshommess gagna jusqu'à ces derniers.

Dans tes moments do la vie où la réflexion devient plus calme et plus profonde, où l'intérêt et l'avarice parlent moins haut que la raison, dans les instants de chagrin domestique, de maladie et de péril de mort , les nobles se repentirent de posséder des serfs ? comme d’une chose peu agréable à Dieu , qui avait créé tous les hommes à son image» Un grand nombre d’actes d'affranchissement . rédigés au quatorzième et au quinzième siècle , portent le préambule suivant : « Comme ainsi soit que Dieu , dès le commencement, a fait tous les hommes n libres par nature, et qu'ensuite le droit des gens <[ a constitué certains d'entre eux sous le joug de * servitude , nous croyons que ce serait chose u pieuse et méritoire auprès de Dieu , que de déliw vrer telles personnes à nous sujettes en ville nage, « et de Les affranchir entièrement de pareils seru vices. Sachez donc que nous avons affranchi et “délivré de tout joug de servitude, tels et tels, « nos naïfs de tel manoir , eux eL leurs enfants nés et à naître (3). s»

Ces sortes d'actes, qui furent très-fréquents durant le quinzième siècle, et dont ou ne trouve aucun exemple dans les temps antérieurs, indiquent la

(!) Frai Sâ.1 rl , y . T urne r's JEKst. of lit û A u cl o-Piorma ns, t, II. (S) Rustici quidam fuisits et esiis, et in bondagio permancbilis. (Thomas Waismghain .}

(5) Ciim ab inlfiu o tunes hommes nalurà libéra verH

naissance d'un nouvel esprit public , contraire aux nsi ré s u 1 tal s viol ents de la c o n q uè te , et q u i pa ra ï t s'è L re } développé à la fois chez les fils des Normands et chez ceux des Anglais , a l'époque où fut effacée, dans l'esprit des uns et des autres, toute tradition claire de l'origine historique de leur situation respective, Ainsi la grande insurrection des villa ins , en 2 381 5 semble être le dernier terme de la série des révoltés saxonnes, eL le premier d'un tout autre ordre de mouvements politiques. Les rébellions de paysans qu’on vit éclater par la suite n'eurent plus le même caractère de simplicité dans leurs motifs, et de précision dans leur objet, La conviction de l'injustice absolue de la servitude et de l'illégitimité du pouvoir seigneurial ne fut point leur unique mobile ; mais des intérêts ou des opinions du moment y eurent une part plus ou moins forte, Jack Cade, qui joua, en 1418, le même rôle que Wat-Tÿler en 1381 , ne se fit pas, comme ce dernier, le représentant des droits du commun peuple contre les gentilshommes ; mais, rattachant sa cause et la cause populaire aux factions aristocratiques qui divisaient alors l'Angleterre, il alla jusqu'à se donne* pour un membre de la famille royale injustement exclu de la succession au trône, L'influence qu'eut cette imposture sur l'esprit du peuple , dans les provinces du nord et dans cette même province de Kent, qui, soixante-dix ans auparavant, avait pris pour capitaines des couvreurs en tuiles, des boulangers et des charretiers, prouve qu'une fusion rapide s’opérait entre les intérêts politiques des différentes classes de la nation , et que tel ordre d’idées et de sympathies tr était plus attaché d'une manière fixe à telle condition sociale»

Vers la même époque T et sous L'empire des mêmes circonstances , Je parlement d'Angleterre prit la forme sous laquelle il est devenu célèbre dans nos temps modernes, else divisa d'une manière permanente en deux assemblées. Tune composée du haut clergé, des comtes et des barons convoqués par lettres spéciales du roi; l’autre, des petits feuda la ires ou chevaliers des comtés, réunis à des bourgeois des villes, élus par leurs pairs, ou convoqués arbitrairement par les sheriffs* Cette nouvelle combinaison, qui rapprochait les commercants, presque tous d'origine anglaise, des tenanciers féodaux, Normands de naissance, ou présumes tels par la possession de leurs nefs et par leurs titres militaires , était un grand pas vers la destruction de l'ancienne distinction par race et rétablissement

Peu s , et posleè jus genlinm quosdam sub jugo servitulis coostitaii, nos ptom, etc» (JRÿmer.}— Scia lis igiLnr nos raanumisisse... natives noatroa cum ornai sequelà suà procréant et pracreaodâ, (Rymer, t. VL)

TUIEIUIV.

<Ttin ordre de choses où toutes les familles seraient I , *0 classées uniquement d’après leur importance politique et leur richesse terri tonale* Toutefois* malgré l'espèce d’égalité que la réunion des bourgeois et des chevaliers dans une assemblée particulière semblait établir entre ces deux classes d'hommes, celle qui était anciennement inférieure garda quelque temps encore le signe de son infériorité. Elle assistait aux délibérations sur 1rs matières politiques, sur la paix el la guerre, sans y prendre aucune pari, ou bien die se retirait durant ecs discussions, et ni nier venait que pour le vole des taillages et des subsides exigés par le roi sur la propriété mobi-

Tiè|ê, . . T

L’assise de ces sortes d impôts avait été, eau s les temps antérieurs, Tunique motif de la convocation des bourgeois de race anglaise auprès des rois anglonormands * ceux qu’on savait être riches parmi eux, comme parmi les juifs, étaient plutôt sommés qu invités à comparaître devant leur seigneur* Ils recevaient Tordre de se rendre auprès du roi a Londres, et le rencontraient OÙ ils pouvaient, dans son hôtel, en pleine rue, ou hors de la ville , au milieu d une partie de chasse. Mais les barons elles chevaliers que le roi assemblait pour le conseiller et pour traiter, conjointement avec lui, des affaires qui regardaient la communauté, ou, comme ou disait en langue n or ni mule , la çomîiiutalto du royaume , étaient accueillis d’une touL autre manière, et avec un cérémonial aussi différent que Fêlait le motif de leur convocation* Ils trouvaient, a îa cour, tout préparé pour les recevoir ; de la courtoisie , des fêtes, 1 appareil chevaleresque el les pompes de la royauté* Après les fêtes, ils avaient avec le roi, selon l'expression des anciens auteurs, de graves entretiens sur l’état du pays (1); tandis que le rôle des envoyés de la bourgeoisie se bornait â donner l’a dite sion la plus brève possible aux cahiers d'imposition que leur présentait un des barons de T Échiquier*

L1 habitude que prirent peu à peu les rois de convoquer les villaïns de leurs cités et de leurs bourgs, non plus d’une manière irrégulière, selon le besoin du moment, maïs à des époques fixes et périodiques, lorsqu’ils tenaient leur coter trois fois Tannée, ne changea que Faiblement cette ancienne pratique, dont le lecteur a vu plus haut, a Fc po que de Henry II, un exemple assez remarquable. Les Formes employées à l'égard des bourgeois devinrent, il est vrai, moins acerbes , lorsqu’ils ne furent plus convoqués auprès du roi seul, mais en plein parlement, au milieu des prélats, des barons et des chevaliers.

(1) Graves sérÉumes ftabuerimt de hàc terré. (Chron. saxon. Gibscm*) — (S) Yoy* Haflïftm’t Europe in MiddJe âges.

Cependant l’objet de leur admission dans cette as- m semblée f dont ils occupaient les derniers rangs, xm était toujours un simple vote d’argent, et toujours les impôts, qu’on exigeait d’eux, surpassaient, même lorsqu’il s’agissait d’une contribution générale, ceux du clergé et des feudalaires* Par exemple , lorsque les chevaliers octroyaient un vingtième ou un quinzième de leurs biens meubles, l'octroi des bourgeois était d’un dixième ou d’un septième. Celte différence s’observait, soiL que les députés des bourgs fussent assemblés à part, dans la ville ou se tenait le parle ment, soit qu’on les eût convoqués dans une autre ville, soit enfin que, selon Tusagc qui prévalut, on les eût réunis aux chevaliers des comtés, élus comme eux collectivement, tandis que les hauts barons recevaient personnellement du roi leurs lettres de convocation (S). Aussi lesmembresde la bourgeoisie, au quinzième siècle , étaient-ils peu jaloux de venir au parlement ; les villes elles-mêmes, loin de regarder comme un droit précieux leur faculté électorale, en sollicitaient souvent l’exemption* Le recueil des actes publics d’Angleterre contient plusieurs réclamations de ce genre, ainsi que plusieurs chartes royales en Faveur de certains bourgs malicieusement contraints, disent ces chartes, à envoyer dos

hommes au parlement (5).

Le rôle des chevaliers et celui des bourgeois, siégeant dans la mÈme enceinte , différait donc en raison de l’origine et de la condition sociale des uns et des autres* Le champ de la discussion po ihquc était sans bornes pour les premiers; et pour es seconds, il était limité aux matières d’impôts sur le commerce et les marchandises importées ou exportées. Mais l’extension que prirent , au quinzième siècle, les mesures commerciales et financières augmenta naturellement l'importance parlementaire des bourgeois ; ils acquirent par degrés , en matières de finances , une plus grande participation aux affaires que la portion titrée de la chambre basse , ou même que la chambre haute du parlement. Cette révolu Lion , due aux progrès généraux de l’industrie et du commerce , en amena promptement une autre ; elle bannit de la chambre basse , qu’on appelait chambre de la communauté ou des communes, la langue française, que les bourgeois n’cniendaienl cl ne parlaient que très-imparfaitement.

Le français était encore en Angleterre, à la fin du quatorzième siècle, Tîdiome officiel de tous les corps politiques et de tous les hauts personnages dont l’existence se rattachait à la conquête normande* Le roi , les évêques et les juges, les comtes

(3) Mali dosé c ans tri cto s ad mit tco dam hommes ad parti amen la* (Rymer. Chai1 La Edward i 1110

m L'ANGLETEME. — CONCLUSION »

îjgi et les tarons , le parlaient ; c’était le langage que les 14|0 enfants des nobles apprenaient au sortir du berceau (1). La position de f Aristocratie , qui conservait cet idiome depuis trois siècles et demi, au milieu d'un peuple qui en parlait un tout different, avait été peu favorable â ses progrès ; et , comparé au français de la cour de France à la même époque , il avait quelque chose d'an tique et d'incorrect pour la grammaire et la prononciation. On y employait certaines locutions propres au dialecte provincial de Normandie, et la manière de l'articuler, autant qu'on peut en juger par l'orthographe des anciens actes, était fort ressemblante à ce qu'est aujourd'hui l'accent bas-normand. Cet accent, porté eu Angleterre, s’y était empreint a la longue d’une certaine couleur de prononciation saxonne. Le parler des Anglo-Normands différait de celui de Normandie par une articulation plus forte de certaines syllabes, et sur Lout des consonnes finales, comme dans te mot attention, que les Normands prononçaient attinchein , tandis que* de l'autre côté de ta mer. sans rien changer à l'orthographe de ce mot , on lui donnait le son d 'aUinchûinn.

Une cause de déclin rapide pour la langue et surtout pour ta poésie française, en Angleterre, fut la séparation totale de ce pays et de la Normandie, par la conquête de Philippe-Auguste. L’émigration des littérateurs et des poètes de la langue d'oui à ta cour des rois anglo-normands devint, depuis cet événement, moins facile et moins fréquente. N'étant plus soutenus par l’exemple ci Limitation de ceux qui venaient du continent leur apprendre les nouvelles formes du beau langage, tes poètes normands demeurés en Angleterre perdirent, durant le treizième siècle, une partie de leur ancienne grâce et de leur facilité de travail. Les nobles et tes courtisans se plaisant fort â la poésie : mais dédaignant de faire des vers et de composer des livres , tes trouvères, qui chantaient pour la cour et les châteaux, ne pouvaient former d'élèves que parmi les fils des marchands et les membres du clergé inférieur, gens d'origine anglaise , et parlant anglais dans leur conversation habituelle. L'effort que ces hommes devaient faire pour exprimer leurs idées et leurs sentiments dans un langage qui n'était pas celui de leur enfance nuisit a la perfection de leurs ouvrages et les rendit en même temps moins nombreux. Dès la fin du treizième siècle , la plupart des hommes

{[) FilU nobitmm h primis cuaabulorum ttepuadiis io galUcum i chôma informauiur. ( Ranulph* Hygdeii. Poiyibtong

(2) Oû ca trouve un exemple dans le prologue d'un jiucme politique , écrit sous le règne d'Édouard II , et dans lequel le! vers français et anglaU se suivent et riment en-

qui, soit dans les villes, soit dans les cloîtres , se |3g| sentaient du goût et du talent pour la littérature, ^ essayèrent de traiter en langue anglaise les sujets historiques ou d'imagination, qui jusque-là ne Lavaient été qu'en langue normande.

Un grand nombre d'essais de ce genre parurent successivement dans la première moitié du quatorzième siècle. Uuc partie des poètes de celte époque, ceux principalement qui possédaient ou recherchaient la faveur des hautes classes de la société , faisaient des vers français ; d'autres, sc contentant de l'approbation de la classe moyenne , travaillaient pour elle dans sa langue^ d'autres enfin , associant les deux langues dans la même pièce de vers , en changeaient alternativement à chaque couplet, et quelquefois même à chaque vers (â). Leu à pou la disette de bons livres français , composes en Angleterre , devint telle , que la haute société fut obligée de tirer de France les romans ou les contes en vers dont elle se divertissait dans les longues soirées . et les ballades qui égayaient ses festins et ses cours.

Mats la guerre de rivalité qui , à la même époque , s'éleva entre la France et F Angleterre, inspirant à la noblesse des deux nations une aversion mutuelle, diminua, pour les Anglo-Normands, LaUraïlde la littérature importée de France , et contraignit les gentilshommes, délicats sur le point d'honneur national , à se contenter de la lecture des ouvrages indigènes. Ceux qui habitaient Londres et fréquentaient la cour trouvaient encore de quoi satisfaire leur goût pour la poésie et la langue de leurs ancêtres ; mais les seigneurs et les chevaliers qui vivaient retirés dans leurs châteaux fureut obligés , sous peine d'ennui , de donner accès aux conteurs dliisloriettes et aux chanteurs de ballades anglaises, jusque-là dédaignés comme n'ëtant bous qu'à égayer la bourgeoisie et les villains (5).

Ces auteurs bourgeois se distinguaient de ceux qui, à la même époque, travaillaient pour la haute noblesse, par une estime toute particulière pour la classe des gens de campagne , Fermiers, meuniers ou hôteliers. Les écrivains en langue française traitaient ordinairement celle classe d’hommes avec le dernier mépris ; ils ne leur accordaient aucune place dans leurs récits poétiques, où tout se passait entre des personnages d'un rang élevé, puissants barons et nobles dames , damai selles et gentils chevaliers.

Au contraire , les poètes anglais prenaient pour su-

semble mm bien que peuvent s'accorder les consounaQces des deux langues.

t. Ou peut faire cl défaire corne fait il trop souvent

T’is vatherwetl ne Faire t/terefore Engiand h hent. u

(3) Many nobles l hâve y seighe

T bat no frej nshe coutb seye.

[Vert Jti (|iitlDnciï,mVnui;|i.1.]

mi je U de lêtnrs merry. laies , ou colites joyeux , des J*so aventures plébéiennes, telles que celles de Peter Ploughman , ou Pierre ïe garçon de charme , et les historiettes du même genre qui se trouvent en si grand nombre dans tes ouvrages de Chaucer. Un outre caractère commun à presque tous ces poètes, c’est une espèce de haine nationale contre la langue de la conquête : « II faut entendre l’anglais , h dit Fun df entre eus , lorsqu'on est natif d'Angle- « terre ; et ces gentilshommes qui emploient le frann çais pourraient aussi bien parler anglais (1), » Cbaucer , l’un des hommes les plus spirituels de son temps, met plus de finesse dans celle critique; il oppose au dialecte an g lo- normand , vieilli cL incorrect , te Français poli de la cour de France ; et , faisant le portrait d'une abbesse de haut parage : n elle parlait français , dit-il , parfaitement et cor- « rectemcnt, comme on l’enseigne aux écoles de u Stratford-Àlhbow ; mais le français de Paris elle « ne le savait pas (2), »

Tout mauvais qu’il était T le français des nobles d’Angleterre avait au moins l'avantage d’èire parlé et prononcé d’une manière uniforme , tandis que la nouvelle langue anglaise , composée de mots et d’idiotismes normands et saxons joints au hasard , variait d’une province et quelquefois d’une ville à l’autre (a)* Cette langue t qui avait commencé a se former en Angleterre dès les premières années de la conquête , s’ôtait enrichie successivement de tous les barbarismes français proférés par les Anglais, ci de tons les barbarismes saxons proférés par les Normands, qui cherchaient à s’entendre les uns les autres. Chaque individu , selon sa fantaisie on le degré de connaissance qu’il avait des deux idiomes , leur empruntait des locutions , et joignait ensemble arbitrairement les premiers mots qui lut venaient à la bouche, En général, chacun cherchait à mettre dans sa conversation tout le français qu’il avait pu retenir , afin d'imiter les grands et de paraître un personnage distingué (4), CeUe manie, qui, si Ton en croit un auteur du quatorzième siècle , avait gagné jusqu'aux paysans, rendait l'anglais de cette époque difficile à écrire d’une manière généralement intelligible. Malgré le mérite de ses poésies, Chmicer paraît avoir craint que la multiplicité des dialectes provinciaux ne les empêchât d’O ire goûtées hors de Londres ; il prie Dieu de faire à son livre la

(1 ) RigtU is thaï t E n gH« eng iîs^ un tiers lan d

Thaï was hom in Kugdand Freach me tins gentil mon And ever engUss can.

(3) And frencli alic spake fui fayre and Feüsty Afler lhe scoïe of StraiforibaUe-Cowe j For french of Paris, waa to hîr un-know.

(Pi ülvlJJn lû E li u Ciulciljury taleo )

LA CONQUÊTE

grâce d’èire entendu par tous ceux qui voudront le 13jj lire (&). 4

JJ y avait déjà plusieurs années qu’un statut d'Edouard III avait, non pas ordonné, comme plusieurs historiens l'ont écrit, mais simplement permis de plaider eu anglais devant les tribunaux civils. La multiplicité toujours croissante des affaires commerciales et des procès qui en résultaient 7 avait rendu ce changement plus nécessaire sous ce règne que sous les précédents, ou les parties, lorsqu'elles n’entendaient pas la langue française, étaient forcées de demeurer étrangères aux débats* Mais, dans les procès intentés è des gentilshommes devant la haute-cour du parlement , qui jugeait les crimes de trahison, ou devant les cours de chevalerie, qui décidaient dans les affaires d'honneur, Fancîenne langue officielle continua d’être employée. De plus, l’usage se conserva dans tous les tribunaux, de prononcer les arrêts en langue française , et de rédiger dans la même langue les registres qu’on appelait records . En général , c’était l’habitude ou la manie des gens de loi , de tous les ordres , même lorsqu’ils parlaient anglais, d'employer ù tous propos des paroles et des phrases françaises, comme J h î sire,

Je vous Jure; Ah ! de par Dieu! A cej’assente7 et d'autres exclamations dont Chaucer ne manque jamais de bigarrer leurs discours, lorsqu’il en met quelqu’un en scène.

C’est durant la première moitié du quinzième siècle que l’anglais, prenant par degrés plus de faveur, comme langue littéraire, huit par remplacer entièrement le français, excepté pour les plus grands seigneurs, qui, avant d’abandonner tout à fait f’tdiome de leurs ancêtres, se plurent également aux ouvrages écrits dans les deux langues. Le signe de ceüe égalilë à laquelle venait de s’élever la langue des bourgeois se retrouve dans les actes publies , qui , depuis l’année 1 400 ou environ , paraissent alternativement et indifféremment rédigés en français et en anglais. Le premier acte en langue anglaise de la chambre basse du parlement porte la date de 142»; on ne saiL si la chambre haute conserva plus longtemps l’idiome de l'aristocratie et de la conquête ; mais , depuis 14110 , ou ne rencontre plus de pièces françaises dans la collection imprimée des actes publies d’Angleterre, Cependant quelques lettres écrites en français par des nobles , et quel-

(5) Cùm mirandum vîdetur quoraotld propria linçua Anglorum pronunliaiioné ipsA ait lâm diversa , eu tu ïamen nornumnica tangua , qxtiû advenltlia est , uuîvoca ma u cal pcûùa eu ne (Uantilph. Hygttam Polydiron.)

{4) Rurales omucs ul per hoc spéciahiîiom vidcantur francigcDari sataçunt ornai mm. (Ibid., p. 510.)

(5) Read where go ihou be or elles sung

Thaï ihou Ueesi imderstond God I bcsecdi,

DE L'ANGLETERRE, — CONCLUSION

nsa <ïues épitaphes françaises sont postérieures a celte

14âS5 époque. Certains passages des historiens prouvent aussi que , sur la fin du quinzième siècle , les rois d'Angleterre et les seigneurs de leur cour savaient et parlaient bien le français (I); mais, depuis lors, cette connaissance ne fut plus qu'un mérite individuel , et non une sorte de nécessité attachée à la naissance. Le français ne fut plus la première langue bégayée par les enfants des nobles ; il devint simplement pour eux , comme les langues anciennes et celles du contînenL , l'objet d'une étude de choix et Le complément d’une éducation distinguée.

C'est ainsi qu’envuon quatre siècles après la conquête de l'Angleterre par les Normands, disparut la différence de langage , qui, avec l'inégalité de condition sociale, avait marqué la séparation des familles issues de l'une ou de l'autre race. Cette fusion complète des deux idiomes primitifs : signe certain du mélange des races, fut peut-être accélérée an quinzième siècle par la longue et sanglante guerre civile des maisons d'York et de Lancaster, En ruinant l'existence d’un grand nombre de familles nobles, en créant entre elles des haines politiques et des rivalités héréditaires, en les forçant de faire des alliances de parti avec les gens de condition inférieure , celle guerre contribua puissamment ù dissoudre la société aristocratique que la conquête avait fondée. Durant près d’un siècle, la mortalité fut immense parmi les hommes qui portaient des noms normands , el les vides qu'ils laissaient furent nécessairement remplis par leurs vassaux, leurs serviteurs elles fils des bourgeois de fau- Ire r a ce , Les n oui b rc u x p ré te 1 1 da n 1s à la roya u Lé , e t les rois créés par un parti, eÿ traités d'usurpateurs par l'autre, dans leur empressement à trouver des amis, n’avaient pas le loisir d’être difficiles sur le choix , et de maintenir entre les hommes Us vieilles distinctions de naissance et d’état. Les grands domaines territoriaux, fondés par l’invasion et perpétués dans les familles normandes , passèrent ainsi eu dauLres mains , par confiscation ou par achat , tandis que les anciens possesseurs , expropriés el bannis, allaient chercher un refuge el mendier leur pain dans les cours étrangères, en France, en Bourgogne, en Flandre , dans tous les pays d’où leurs ancêtres étaient partis autrefois pour aller à la conquête de l 'Angleterre (2),

ï;$5 On peut fixer au règne de Henry TU l'époque où la distinction des rangs cessa de correspondre

(1) Voyez Rymcr,Foedera, conventlooes, ULterœ monasliiunn aughennutn, — Mémoires de Philippe de Cainmiues,

(3} Mémoires de Philippe <le Commmce, p. 07,

(5} Anrco regni llenrici re^ua Angine et Francise oelavi à

d’une manière générale à celle des races, et le \m commencement de la société actuellement existante en Angleterre, Cette société , composée d’éléments nouveaux, a cependant conservé en grande partie les formes de l’ancienne ; les litres normands ont subsisté , et , ce qui est plus bizarre , les noms propres de plusieurs familles éteintes sont devenus eux-mêmes des titres conférés par lettres patentes du roi avec celui de comte ou de baron. Le successeur de Henry VH est le dernier rot qui ait placé en tète de scs ordonnances Fancicnnc formule :

« Henry, huitième du nom depuis la conquête (ô}ji> mais , jusqu’à ce jour, les rois d’Angleterre ont conservé la coutume d’employer, quand ils sanctionnent ou rejettent les décisions du parlement * quelques mots de la vieille langue normande : a Le roy le veult ; le roy s1 ad viser a * le roy mereîe ft ses loyaux subjets, » Ces formules, qui semblent rattacher, après sept cents ans, la royauté d’Angleterre à son origine étrangère , n’ont cependant paru odieuses à personne depuis le seizième siècle.

Il en est de même des généalogies el des titres qui font remonter Fexïstence de certaines familles nobles à F invasion de Guillaume le Bâtard, et la grande propriété territoriale au partage fait à celte époque.

Aucune tradition populaire relative à la division des habitants de l’Angleterre eu deux peuples ennemis, et à la distinction des deux éléments dont s’est formé le langage actuel, n’existant plus, aucune passion politique ne se rattache à ces faits oubliés. 11 n’y a plus de Normands ni de Saxons que dans l’histoire; et, comme ces derniers n’y jouent pas le rôle brillant , la masse des lecteurs anglais , peu versés dans les antiquités nationales , aime à se faire illusion sur son origine, et prend les soixante mille compagnons de Guillaume le Conquérant pour les ancêtres communs de tous les habitants de F Angleterre. Ainsi un boutiquier de Londres etim fermier de FYorkshïrc disent nos aïeux normands, comme feraient un Bercy, un Darcy , un Hagot ou un Byron. Les noms normands, poitevins ou gascons, ne sont plus exclusivement, comme au quatorzième siècle, le signe du rang, de la puissance et de la grande propriété , el il se. rait déraisonnable d’appliquer au temps présent les anciens vers cités à l’épigraphe de cet ouvrage. Cependant un fait certain et facile à vérifier , c’est que , sur un nombre égal de noms de famille pris d’un côté dans la classe des nobles , et de ceux qu’on

conques! u... (Madox, Furraulare anglican,, p. 255.) — Pans les anciens actes français , on datait à la fois de Père chrétienne et de Tannée de la conquête : L'an d'd incarnacion Î2ô5, del conques! de Engleterrc c ont issue sexaule setimc.

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