‹ ŒuvresChapitre 28 sur 94 · I.A CONQUÊTE · texte numérisé non relu

I.A CONQUÊTE

ches des morts des livres de litanies, avec des Iraductions des chansons républicaines de France (5),

Les prêtres catholiques, qui avaient presque tous des grades dans l'armée des insurgés, employaient leur influence à empêcher que les protestants qui n’étaient pas membres de Funion , mais contre lesquels elle n'avait aucun grief politique * fussent maltraités. Ils eu sauvèrent plusieurs sur le point d’être victimes du fanatisme qui au b niait tes derniers rangs de Farinée, et leur mol habituel était : €ê ?i 'est point une guerre de religion* Quels que fussent d'ailleurs leurs excès , les insurgés respectèrent toujours les femmes (4) ; ce que ne faisaient point les orangîstes , ni même les officiers de l'armée anglaise , malgré leurs prétentions a l'honneur et aux belles manières-, Ces militaires, qui reprochaient amèrement aux rebelles le meurtre d'un seul prisonnier, remettaient les leurs sans aucun scrupule entre les mains du bourreau , parce que* disaient-ils , c'était la loi* Il y rut des provinces entières eu révolte , où pas un protestant ne fut tué ; mais aucun des révoltés* pris les armes à la main, n'obtint sa grâce; aussi les chefs des Irlandais-unis disaient-ils énergiquement ; Nous nous battons la corde au cou.

Selon les instructions du directoire irlandais, l'insurrection aurait dû commencer le même jour et à la même heure dans toutes les villes ; mais l'arrestation des chefs, en forçant les personnes compromises d'éclater , pour iFêtre pas prévenues, détruisit le concert , qui seul pouvait assurer le succès de Celte périlleuse entreprise* Le mouvement ne s'opéra que de proche en proche ; et les affiliés éloignés de Dublin , ayant le temps de réfléchir , suspendirent leur coopération active, attendant, pour se déclarer, que l'insurrection eùi atteint certaines limites territoriales* Eu très-peu de temps elle s'étendît jusqu'à \V oxford , où fut installé un gouvernement provisoire , sous le nom de directoire exécutif de la république irlandaise. On arbora le drapeau vert sur les arsenaux et les édifices publics, et quelques petits bâtiments furent armés en course sous le pavillon des insurgés {&), Ils établirent près de W exfard, sur une colline appelée Vinegar-Hilh un camp retranché qui devint leur quartier général* Ils y avaient quelque artillerie ; mais manquant entièrement de pièces de campagne , ils étaient forcés, pour pénétrer dans les villes, de s'élancer à la course contre le canon de l'ennemi, et met* taie ni souvent de la gaieté dans ce genre de combat, le plus meurtrier de tous (6), À l'attaque de Ross, dans le comté de Cork, une pièce de gros calibre*

(4) Sîr Richard Muifrgrave'i Memoirs, etc.,1. I, p. 545*

f3) T bld** p* 500,

(5) Ibid.

M I/AMiLETERRK.

îjs placée à Vu m des portes, tirait à mitraille et arrêtait les assaillants, lorsqu’un homme, se jetant en avant de tous les autres, arriva jusqu’à la bouche delà pièce, et y enfonça le bras en criant; « A « moi , enfants , je lui ferme la bouche (1), »

Les chefs des insurgés , pensant (pie la prise de la capitale déterminerait toutes les villes qui hésî* talent encore , tentèrent sur Dublin une attaque si hardie, qu’elle pouvait sembler désespérée: elle échoua complètement , et ce premier mauvais succès fut fatal à la cause irlandaise. Bien lût , une bataille perdue près de Wiklow lit retomber cette ville aux mains des troupes royales , et dès lors le découragement et la division se mirent dans les rangs des patriotes : ils accusaient leurs chefs et refusaient d’obéir , pendant qu’une armée anglaise s’avançait à marches forcées contre le camp de Vînegar-HilL A l’aide de son artillerie , elle débusqua les insurgés , dont la plupart n’étaient armés que de piques , et, les poursuivant dans la direction de Wexford , elle les obligea d’évacuer celle ville , où la nouvelle république périt après un mois d’existence. Les Irlandais firent une sorte de retraite régulière , de colline en colline; mais, comme ils ti -avaient point de canons . ils ne pouvaient s’établir nulle part, et le manque de vivres les força bientôt à se débander. On tortura les prisonniers pour les forcer à déclarer les noms de leurs chefs ; mais on ne put leur faire dénoncer que ceux qui étaient déjà morts ou prisonniers (2)* Ainsi finit l'insurrection île l’est et du sud , et pendant ses derniers moments il en éclata une autre dans le nord parmi les presbytériens de race écossaise.

Celte population , en général plus éclairée que les catholiques , avait dans les idées plus de calme et de fixité. Elle attendit pour agir que la nouvelle de la révolte du sud fut complètement confirmée. Mais le retard occasionné par cette circonspection donna le temps au gouvernement de prendre ses mesures; et lorsque le soulèvement éclata par l’attaque d'AnLrym , cette ville avait reçu , pour sa défense , de fin Tant crie , de la cavalerie, des canons et des obusiers. Les presbytériens, auxquels s’élaiL joint un certain nombre de catholiques d’origine anglaise ou irlandaise , attaquèrent par trois côtés, i ir ayant pour toute artillerie, qu’une pièce de six livres de halles, en si mauvais état * qu’elle ne put tirer que deux coups , et nue autre sans affût qu’ils avaient montée à la bslLe sur un tronc d’arbre cl deux petites roues de charrette. Un moment ils furent maîtres de la ville et d’une partie de l’artillerie anglaise : mais de nouveaux renforts arrivés de lie! fa si les forcèrent à se retirer, pendant que quinze

(1) Sir Richard MiM&rave'i Mémoire, etc., tom. K p+ 507.

cents hommes, postés sur la route de Déry, intercopiaient les secours qu’ils attendaient de ce côte.

L’insu rreel ion éclata avec plus de succès dans le comté de Down, ou les Irlandais , après avoir battu les troupes royales, établirent, prèsdelkfïmahinck, un camp à l’instar de celui de Vimgar-HUL Là fut livrée une bataille décisive, où les insurgés furent défaits, quoiqu’ils se fussent approchés des batteries anglaises jusqu’à mettre la main sur les pièces. Les soldats royaux reprirent BaUinaliinck et châtièrent cette vide en la brillant. Belfast , qui avait été en quelque sorte le foyer moral de l’insurrection, resta au pouvoir du gouvernement, et celte circonstance fit sur les insurgés du nord la même impression que l’attaque infructueuse de Dublin avait produite sur les autres. Leur découragement fut accompagné des mêmes symptômes de division des bruits faux ou exagérés sur les cruautés commises par les catholiques contre les protestants des provinces méridionales, alarmèrent les presbytériens, qui se croyaient trahis , pensant que la lutte patriotique où ils s’étalent engagés dégénérait en guerre de religion ; ils acceptèrent une amnistie , après laquelle leurs principaux chefs furent mis en jugement et condamnes à mort (3),

La victoire du gouvernement anglais sur les insurgés de Leiuster et dTîster détruisit l’union irlandaise et, en partie, son esprit ; les hommes de secte eL d’origine différentes n’avaient plus guère de commun que leur dégoût de l’état actuel des choses et l’espoir d’une descente des Français, A la nouvelle des derniers soulèvements, le Directoire exécutif de France avait enfin cédé aux instances des agents irlandais, et leur avait promis quelques troupes qui débarquèrent dans l’ouest . un mois après que tout était fini au nord, à l’est cl au sud. C’étaient environ quinze cents hommes de l’armée U’Ilaïïc et de celle du Rhin, commandés par le général lltinibcr. Ifs entrèrent à Killala , petite ville du comté de Mayo , et après avoir fait prisonniers tous les Anglais de la garnison, ils y arborèrent le drapeau vert des Irlandais-unis, Le général promettait, dans ses proclamations, une constitution républicaine sous la protection de la France, et il invitait les habitants, sans distinction de culte, à rejoindre ù lui* Mais, dans ce pays où avaient pris naissance les premières sociétés d’orangistes , 1rs proies lants étaient , en général , ennemis fanatiques des papistes et dévoués au gouvernement : peu d’entre eux se rendirent u l’appel des Français , et la plupart se cachèrent mi prirent la fuite. Les catholiques, au contraire , vinrent en grand nombre , et malgré tout ce qu’on disait alors de l’irréligion des Français, les prêtres n’hésitèrent

{3) Sir Richard Musgrave’s Manoirs, t. I, ]n 324.

{%} Ibid.. [i. 80 è tut).

rm pas a se déclarer pour eux, et encouragèrent de tout leur pouvoir leurs paroissiens â prendre les armes. Plusieurs de ces ecclésiastiques avaient été chassés de France par les persécutions révolutionnaires, et ceux-là ne montrèrent pas plus de répugnance que les autres à fraterniser avec les soldats (1)* L’un d'entre eux alla jusqu’à offrir sa chapelle pour y établir un corps de garde. On composa de nouvelles chansons patriotiques, ou les mots français ça ira, e?i avant * étaient mêlés , dans des vers anglais, à d’anciens refrains irlandais.

Les Français et leurs alliés marchèrent vers le sud, et à leur entrée à lîalltna, trouvant sur la place un homme pendu au gibet pour avoir distribué des proclamations, tous les soldats , l'un après Tau Ire, donnèrent au cadavre P accolade républicaine. 3, a première rencontre eut lieu près de Castléhat\ ou les troupes anglaises furent complètement défaites , et, la nuit qui suivit cette bataille, des feux allumés sur toutes les hauteurs donnèrent le signal de l'insurrection aux habitants du pays situé entre Castleharet la met-. Le plan des Français était de marcher sur Dublin le plus rapidement possible , en ramassant sur leur route les volontaires irlandais ; niais la mauvaise intelligence qui régnait entre les protestants gL les catholiques de Voues! rendit le nombre de ces volontaires beaucoup moindre qu'il u’eiU été dans les provinces orientâtes.

Pendant que les quinze cents hommes du général Jlumber avançaient dans le pays, saris que l'insurrection s’étendît à mesure, et qu’amsî leur position devenait de plus en plus difficile, trente mille hommes de troupes anglaises marchaient contre eux île différents points (â). Le général manœuvra longtemps pour les empêcher de se réunir; mais, forcé de livrer à Ballinamuch un combat décisif, il capitula pour lui et pour sa troupe, sans rien obtenir en faveur des insurgés, qui firent seuls leur retraite sur Külala , où ils essayèrent de se défendre. Ils ne purent tenir ce poste ; la ville fut prise et pillée par les troupes royales, qui, après avoir massacre nn grand nombre d’irlandais, dispersèrent les autres dans les montagnes cl les Forêts voisines, Quelques-uns s’y maintinrent par bandes, et conlîniièmiL la guerre sous forme de brigandage ; d'autres , pour se dérober aux poursuites judiciaires, vécurent dans des cavernes dont ils ne sortaient jamais, d où leurs parents leur apportaient à manger (3). La plupart de ceux qui ne purent se cacher delà sorte furent pendus ou fusillés.

Au milieu de la désunion des différentes sectes

(I) Sir ïtiebard M aggravas Mémo rs , t,I. p, 4 1 Êb— îbîiK, l. îltp. 143,

(% lliifL, I. r, p,5.

et des différents partis irlandais, leur vieille haine m% contre le gouvernement anglais continua de se ma- ^ nifesler par l'assassinat des agents de l'administration dans les lieux où l'insurrection avait éclaté, et dans les autres par des révoltes partielles qui éclatèrent un an plus tard (4). En général, toutes les classes de la population avaient les yeux fixés sur la France : les victoires des Français leur causaient de la joie, et celles des Anglais du chagrin. Leur espoir était que la France ne ferait) point de paix avec r Angleterre sans stipuler expressément l'indépendance de l'Irlande : ils le conservèrent jusqu'à l'époque du traité d1 Amiens ; mats la publication des danses de ce traité causa parmi eux un abattement universel. Deux mois après la conclusion de la paix, beaucoup d’hommes refusaient encore d’y croire, et disaient avec impatience : Serait -il possible que les Français fussent devenus orangistes (5)? Le ministère anglais profita du découragement général pour resserrer le lien politique entre l'Irlande et l'Angleterre par l'abolition de l’ancien parlement irlandais. Quoique ce parlement nTeût jamais fait beaucoup de bien au pays, les hommes de tous les partis y tenaient comme à un dernier signe d’existence nationale, et le projet d’unir l'Angleterre et f Irlande sous une seule législature déplut à ceux-là même qui avaient aidé le gouvernement contre les insurgés de 1798. Ils joignirent leur mécontentement à celui du peuple, et s'assemblèrent pour faire desremontranees ; mais leur opposition n'alla pas plus loin.

Il n'y a plus qu'un seul parlement pour les trois royaumes unis, et c’est de celte assemblée, en immense majorité composée d'Anglais , que f Irlande attend des mesures et des lois qui aient le pouvoir de la pacifier* Après bien des années de vaines sollicitations, après bien des menaces de soulèvement, une de ses nombreuses plaies vient d’èlrc fermée par l’émancipation des catholiques. Ils ont obtenu la faculté d’exercer des fonctions publiques et de siéger dans les deux chambres du parlement ; mais celle grave question une fois résolue, combien d'autres, non moins graves, restent à débattre 1 Les privilèges exorbitants de l’Église anglicane , les changements opérés violemment dans la propriété par les confiscations eL les spoliations en masse, enfin, derrière touLes les querelles de race , de secte et de parti , la question suprême, celle de l'indépendance nationale et de la rupture du pacte d’union entre l'Irlande et l’Angleterre : telles sont les causes qui , dans un avenir plus ou moins éloigné , doivent ramener les tristes scènes de 1708. En attendant de nouvelles et inë-

(5; Sir Richa ni Miis^rave's Menmirs, L IL p. 14 G,

(4} llùd., |>, 524

(5) Ibid., p. 52<L

DE I/ÀXGLETERM, — CONCLUSION.

j7C8 vi tables convulsions , la misère du bas peuple , 1rs j^2 I] aines héréditaires dans les familles * et une Uoslilïle permanente contre les agents tle Fadminîslration , multiplient les crimes et les brigandages et font d'un pays fertile, dont ta population est naturellement sociable et spirituelle, le lieu le plu s inhabitable de l’Europe.

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