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A L’ÉTUDE DE CETTE HISTOIRE

AVERTISSEMENT

Des vingt cinq Lettres qui forment ce recueil, dis ont été publiées dans le Courrier Français, vers la fm de 1850- les autres paraissent pour la première lois. Les nombreuses questions historiques traitées dans ces dernières se rapportent toutes, dune maniéré directe, à deux chers principaux, la formation de la nation française, et la révolution communale. J ai cherché à déterminer le point précis où l'histoire de F rance succède à riiîsioire des rois franks , et à marquer de ses véritables traits le plus grand mouvement social qui ait eu lieu depuis l'établissement du christianisme jusqu'à la révolution française. Quant aux dix lettres anciennement publiées, elles ont, en général, pour objet, de soumettre à un examen sévère plusieurs ouvrages sur l'histoire de France, regardés alors comme classiques. Fai besoin d exposer en peu de mots les motifs qui m'ont décidé a reproduire presque textuellement ces morceaux de critique, malgré l'espèce d'anachronisme que présentent des jugements portés il va sept ans sur notre manière d'écrire et d'envisager l'histoire.

Fn 1817, préoccupé d'un vif désir de contribuer pour ma pari au triomphe des opinions constitutionnelles, je me mis à chercher dans les livres <3 histoire des preuves et des arguments à l'appui de mes croyances politiques. En me livrant à ce travaH avec toute ï ardeur de la jeunesse, je m'aperçus bienlot que l'histoire me plaisait pour eUc-métoe, comme tableau du temps passé, et indépenda i mu eut des indue lions que j en tirais pour le présent. Sans cesser de subordonner les faits à l'usage que je voulais en faire, je les observais avec curiosité, même lorsqu ils ne prouvaient rien pour la cause que j’espérais servir; et toutes les fois qu'un personnage ou mi événement du moyen âge me présentait un peu de vie ou de couleur locale, je res¬

(1) Voip ta note h ïa lïn de cet ouvrage.

(2) Umt I Y-mimé ration des travaux qui oui marqué le commencement de la réforme historique, il serait injuste

cne P** citer deux Mémoires de M. Naudet , de V Aeadéraie ties Inscriptions et Bi>Hes-Leitre*t «ir Tétai social de

sentais une émotion involontaire. Cette épreuve, souvent répétée, ne tarda pas à boule verser mes idées en littérature. Insensiblement je quittai les livres modernes pour les vieux livres, les histoires pour les chroniques, et je crus entrevoir la vérité étoufrée - sons les formules de convention et le style pompeux de nos écrivains. Je tâchai d’effacer de mon esprit tout ce qu'ils m’avaient enseigné, et j’entrai, pour ainsi dire, en rébellion contre mes maîtres* Plus le renom et le crédit d’un auteur étaient grands, plus je m’indignais de l’a voir cru sur parole et de voir qu’une foule de personnes croyaient et étaient trompées comme moi. C'est dans celle1 2 disposî lion que, durant les derniers mois de 1820, j'adressai au rédacteur du Courrier Français les dix Lettres dont j’ai parié plus h a ut.

Les histoires de Velly et d’Anquetii passaient alors pour très-instructives; et lorsqu'on voulait parler d un ouvrage fort, on citait les Observations de. Mably ou V Abrégé de Thouret. L/JTisfoîre des Français parM. deSismondi, les Essais sur (histoire de France par M. Guizot, 1 Iï ts foire des ducs de Bourgogne par M, de Baranie n’avaient point encore paru. J'étais donc fondé à dire que nos historiens modernes présentaient sous le joui- Je plus faux les événements du moyen âge. Cest ce que je fis avec un zèle dont quelques personnes m’ont su gré, et qui a sauvé d un entier oubli des essais de critique et d’histoire perdus, en quelque sorte, dans les colonnes d’un journal. Ces détails m’étaient nécessaires pour expliquer mon silence sur des ouvrages qui marquent une véritable révol uiîon dans la manière d’écrire 1 histoire de France, il. de Sismondï pour la science tics faits, il. Guizot pour l'étendue et la finesse des aperçus, M. de Barante pour la vérité du récit, ont ouvert une nouvelle route (a) : ce qu’il y a de mieux à faire, c’est d’y marchera leur suite. Mais, comme

la Gaule (la ns le$ siècles qui suivirent la conquête. Ces morceaux, très- étend as, se distinguent par une critique à la fuis plus forme et plus large que celle des savants iht siècle dernier , par une rare intelligence de l'époque, et par Tabsencç de tou le préoccupation politique.

tcnaïdté des habitudes, et qu'en librairie, comme en to n t a u tve c o m merce , 1 es obj e ts d’a n c i enn e fa bri q u c ont pour longtemps un débit assuré , il n est peutêtre pas inutile d'attaquer de front la fausse science, même lorsque la véritable s élève et commence ù rallier autour d’elle les penseurs et les esprits droits*

11 ne faut pas se dissimuler que, pour ce qui regarde la partie de l.1 histoire de France antérieure au dix-septième siècle , ht conviction publique, si je puis m'exprîmer ainsi , a besoin d'être renouvelée à fond. Les différentes opinions dont elle se compose sont ou radicalement fausses ou entachées de quelques faussetés. Par exemple, esi-il un axiome géométrique plus généralement admis que ces deux, propositions: Clovis a fondé la Monarchie fTQftÇüi&C* Louis le Gros a affranchi les Communes? Pourtant ni Tune ni l’autre ne peuvent se soutenir en présence des faits tels qu'ils ressortent des témoignages contemporains. Mais ce qui est imprimé dans tant de livres, ce que tant de professeurs enseignent, ce que tant de disciples rc pètent, obtient force de loi et prévaut contre les faits eux-memes. Instruit de ce qu'il m’en a coûté de peine pour refaire, seul et sans guide, mou éducation historique , je me propose de faciliter ce travail a ceux qui voudront l'entreprendre el remplacer par un peu de vrai les niaiseries du collège (t) a les préjugés du monde. A ces préjugés, nés du défaut d’études fortes et consciencieuses, j’oppose les textes originaux et cette expérience de ta vie politique qui est un des privilèges de notre époque si remplie de grands événements. Que tout homme de sens, au lieu de se payer des abstractions monarchiques ou républicaines des écrivains de l'ancien régime , recueille ses propres souvenirs , et s en serve pour contrôler ce qiTüaîn ou entendu dire sur les événements d'autrefois, il ne tardera pas a sentir quelque chose de vivant sous la poussière du temps passé. Car il n'est personne parmi nous , hommes du dix-neuvième siècle, qui n'en sache plus que \clly

0) Cetîé expression , mat heureusement juste pour le temps où les hommes de mou âpe ont fait leurs premières éludes , ne Rapplique point à rcnseifîrvemeuL actuel des collées de Paris. GrÆce aux lumières et au talent de prolta-

oli Mably, plus que Voltaire lui-même, sur les rébellions elles conquêtes, le démembrement des empires, la chute et la restauration des dynasties, lerrcvolutions démocratiques et les réactions en sens contraire .

Il me reste à parler de la méthode que j’ai suivie dans la composition de ces Lettres. La plupart sont des dissertations entremêlées de récits iH de fragments des historiens originaux. Tel événement particulier, dont le caractère Int longtemps méconnu, présenté sous son véritable aspect, peut éclairer d'un jour nouveau lliistoiré de plusieurs siècles. Aussi ai-je préféré ce genre de preuve à tout autre, lorsqu'il m'a été possible d'y recourir. Dans les matières historiques la méLhode d'exposition est toujours h plus sûre , cl ce n'est pas sans danger pour la vérité qu’on y introduit les subtilités de T argumentation logique. C’est pour me conformer à ce principe que j'ai insisté avec tant de détails sur l'histoire politique de quelques villes de France. Je voulais me tire eu cv i d en ce 1 e caruc té re d é uio c ra ti qu o.del’é tabl issemen i des Communes, et j’ai pensé que j’y réussirais mieux en quittant la dissertation pour le récit, en m’ effaçant moi- même et en laissant parler les faits. L' insurrection de Laon et les guerres civiles de Reims, naïvement racontées, en diront plus qu’une théorie savante sur l’origine de ce tiers étal , que bien des gens croient sorti de dessous terre en \ 780. Si, durant deux siècles, préférant la paix à tout autre bien, il a semblé dormir et s’est fait oublier, son entrée sur le théâtre des événements politiques rap* pelle les scènes d’énergie, de patriotisme et de violence où il s’est signalé de nos jours. Peirt-étge f histoire n’a-t-elle rien :i faire dans le débat des opinions et la lutte des intérêts modernes; mais ri l'on persiste à l'y introduire, comme on le fait journcllcmcnl, on peut en tirer nue grande leçon : c’est qu’en France personne n’est l’affranchi de personne, qu’il n’y a point chez nous de droits de fraîche date, et que la génération présente doit tous les siens au courage des générations qui l'ont précédée.

seurs ti?! a «pie MM. Desmlcfocls n Poir$on, Caïx cl Michelet, les découvertes et les réformes de la nouvelle crUîqu# pénètrent aujourd'hui dans les classes.

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les idées neuves ont à vaincre, pour se faire jour , ta

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