Oeuvres. Avec des commentaires
Cl ES Commentaires sont le fruit des études et des travaux d'une grande partie de la vie de leur auteur. Rien de ce qui pouvoit contribuer à faire mieux, connoître la personne et les écrits de Racine n'y a été négligé, M. Geoffroy a recueilli tout ce que ce grand poète a imité des autres , tout ce que les autres ont imité de lui. Il a traduit en entier les deux tragédies d'Euripide qui ont servi de modèle h.YIpJiigéme en Aulide et à la Phèdre; plusieurs scènes des Phéniciennes et de \ Andromaque du poète grec , qui ont rapport aux Frères Ennemis et à X Andromaque française ; une partie considérable des Guêpes d'Aristophane, qui ont fourni la matière des Plaideurs ; tous les passages de Tacite que Racine a fondus dans Britannicus ; plusieurs morceaux de Sénèque ; le combat d P^téocle et Polynice , de Stace ; quelques tirades des tragédies oii Alfieri a traité le même sujet que Racine, etc.
A ce travail si important, le Conmientateur a ajouté une préface générale de tout l'ouvrage , une
Vie de Racine plus complète et plus exacte que toutes celles qui ont paru jusqu'ici ; un discours préliminaire sur l'état de la Tragédie en France au moment où Racine se produisit au théâtre ; des préfaces particulières pour chaque tragédie, un jugement à la fin ; des notes au bas des pages sur les endroits et sur tous les vers qui offrent quelque chose de remarquable du côté de l'art , des pensées et du style ; des notices assez étendues sur les critiques que les pièces de Racine ont essuyées , sur les acteurs qui les ont représentées dans la nouveauté; enfin, la censure sage et modérée de quelques fautes échappées à la foiblesse et à la négligence humaine.
Un avantage particulier à ce Commentaire, sera de se trouver appliqué à une édition faite avec des soins infinis; supérieure, pour la correction et la pureté du texte, à toutes celles que l'on connoît, et qui sont plus ou moins fautives. Quelques éditeurs même, entr'autres Luneau de Boisjermain et M. de La Harpe, se sont permis de rétablir dans le texte des vers supprimés par fauteur. Le texte de cette édition a été formé sur toutes les anciennes éditions de Racine réputées les meilleures : on n'y a pas omis une seule des variantes.
Les Œuvres diverses y sont rangées dans un meilleur ordre , revues et corrigées d'après les manuscrits de Racine , augmentées de plusieurs morceaux curieux, entr'autres de la Préface de la seconde Lettre à fauteur des Imaginaires : on con-
noissoit l'existence de cette Préface , mais elle n'avoit jamais été publiée. On trouvera en outre des Fragmens sur les Solitaires de Port Royal ; quelques Fragmens de la traduction du premier livre de la Poétique d'Aristote, qui n'existent dans aucune autre édition : toutes ces additions ont été faites sur les manuscrits même de l'auteur. On y a joint des Préfaces , et quelques notes quand elles ont paru nécessaires. Dans la préface de l'Histoire de Port-Royal , le Commentateur a démontré f authenticité de la seconde partie de cette Histoire, contestée par Luneau et quelques autres éditeurs. Racine n'a traduit qu'environ un tiers du Banquet de Platon ; M. Geoffroy a rétabli le second tiers , traduit par madame de Rochechouart ; et il a lui-même traduit le troisième tiers, qui est le plus intéressant de tout l'ouvrage : ainsi l'on aura la traduction entière de ce Dialogue de Platon.
Les Lettres de Racine sont considérablement augmentées pour le nombre. Louis Racine , son fils , en avoit singulièrement altéré le texte ; les changemens , les trauspositions , les retranchemens , la suppression des dates rendoient souvent très-pénible la lecture de ces Lettres : tout est rétabli sur les manuscrits mêmes de Racine. M. de Nauroi , arrièrepetit-fils de Racine , directeur de la Manufacture des Glaces, et membre du Corps-législatif, a bien voulu nous communiquer un manuscrit dont il est seul dépositaire , et qui contient les premiers vers que Racine a faits à Port-Royal ; c'est une description
de cette' célèbre abbaye, en sept odes, morceau vraiment curieux qui n'a jamais été imprimé , et qui devient très - intéressant quand on considère que c'est là le point d'où ce grand poète est parti pour arriver jusqu'à Athalie. On publie aussi, pour la première fois, une ode sur la convalescence du roi ; la traduction en vers du pseaume Diligam te , Domine , et quelques épigrammes. Ces deux odes nous ont été communiquées par M. Capperonier, l'un des conservateurs de la Bibliothèque impériale. Cette édition est encore embellie d'une lettre inédite , écrite tout entière de la main même de Racine, signée de Racine et de Boileau, et adressée par eux au maréchal de Luxembourg , pour le féliciter sur la victoire de Fleurus. On a fait graver cette lettre pour faire connoître aux lecteurs l'écriture de Racine ; et fimitation est si parfaite, qu'il est impossible de distinguer la copie de l'original. Chaque exemplaire de f édition est orné d'une de ces copies , placée en tête du premier volume , ainsi que des portraits de Racine , de Louis son fils, et de celui du grand Arnauld placé à la tête de l'Histoire de Port- Royal : ces trois portraits sont gravés par M. Saint- Aubin. Chaque trag^édie est précédée d'une estampe dessinée par M. Garnier, un de nos meilleurs peintres, auteur du beau tableau de la Famille de Priam , et gravée par nos premiers artistes. En(in, rien n'a été négligé pour donner à cette édition des avantages qui ne se trouvent dan.^ aucune autre.