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de s'y adonner. On sait, il est vrai, que Corneille n'avoit pas autant de goût que de génie, et que cet admirable écrivain étoit un juge peu éclairé. Cependant il faudroit lui supposer beaucoup moins de lumières qu'il n'en avoit en effet, pour lui attribuer une opinion aussi fausse. Plus Racine s'étoit étudié à saisir dans sa pièce l'esprit et le style de Corneille, et moins Corneille devoit méconnoître dans cette production le germe d'un excellent poète dramatique. La seule chose qui pourroit rendre croyable l'anecdote , est incroyable de la part d'un homme tel que Corneille. A qui pourroit-on persuader que ce grand homme cherchoit , par ce conseil perfide , à écarter de la scène un rival qui coiuraençoit à lui paroître trop redoutable ?
Racine n'avoit que vingt-six ans lorsqu'il fit représenter son Alexandre , le 1 5 décembre i665 , sur le théâtre de Molière. Les acteurs, assez médiocres dans le tragique , ne firent pas beaucoup valoir l'ouvrage qui n'eut qu'un foible succès. Racine mécontent , retira sa pièce pour la donner au théâtre de Vhôtel de Bourgogne, dont les comédiens avoient plus de réputation dans la tragédie. Il est peu vraisemblable qu elle ait été jouée le même jour pai'les deux troupes. Les auteurs du Théâtre Français qui rapportent un fait si étrange, l'appuient sur l'autorité d'un certain Robinet qui faisoit alors, en yers burlesques , une gazette liistorique du théâtre:
PREFACE DU CO M ?^E N TATE UR. Iql
mais ce misérable gazetier n'est rien moins qu'un oracle infaillible.
Racine ne se contenta pas de retirer sa pièce ; il attira aussi à l'hôtel de Bourgogne une des meilleures actrices de la troupe de Molière , mademoiselle Duparc , qui depuis joua d'original le rôle d'Andromaque. Le ravissement de cette Hélène alluma une espèce de guerre entre Molière et Racine. Ces deux grands hommes cessèrent de s'aimer, sans jamais cesser de s'estimer. Racine n'en fut pas moins disposé à reconnoître le mérite de Molière ; il fut un des plus ardens à défendre ses chefs-d'œuvre contre l'ignorance et le mauvais goût. Le lendemain de la première représentation du Misantrope , qui fiit très -malheureuse, dit Racine le fils dans ses Mémoires , un homme qui crut faire plaisir à mon père, courut lui annoncer cette nouvelle en lui disant : « La pièce est tombée; rien n'est si froid, « vous pouvez m'en croire, j'y étois. » « Vous y )) étiez, reprit mon père, et je n'y étois pas; cc- 5) pendant je n'en croirai rien, parce qu'il est im- » possible que Molière ait fait une mauvaise pièce. » Retournez-y, et examinez-la mieux. »
Molière ne se montra pas moins équitable et moins généreux à l'égard des Plaideurs; il assista à la seconde représentation qui fut aussi mal accueillie du public que la première ; mais loin de profiter d une si belle occasion d'accabler son en-
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nenii , Molière dit tout haut , en sortant : « Que o> cette comédie étoit excellente , et que ceuK qui 3) s'enmoquoientméritoient qu'on se moquât d'eux.» Ainsi , dans les auteurs de ce temps-là , la justice et la probité l'emportoient sur tous les ressentimens personnels ! Cette espèce d'auteurs est devenue fort
rare.
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