SCENE I
TAXILE, CLEOFILE,
CLÉOFILE.
vJu 01, VOUS allez combattre un roi dont la puissance
Semble forcer le ciel à prendre sa défense ,
Sous qui toute T Asie a vu tomber ses rois ,
Et qui tient la fortune attachée à ses lois !
Mon frère , ouvrez les yeux pour connoître Alexandre
Voyez de toute part les trônes mis en cendre ,
Les peuples asservis , et les rois enchaînés ;
Et prévenez les maux qui les ont entraînés, (i)
(i) Qui les ont entraînés.
Cet hémistiche est foible et vague j mais tout ce qui précède est ferme et dans le goût de Corneille. On remarque déjà que l'intérêt ne peut tomber sur Alexandre , présenté comme le fléau de l'Asie , comme un tyran qui met les trônes sn cendres, asseryit les peuples, enchaîne les rois. Il
2o6 ALEXANDRE,
Voulez-vous que, frappé d'une crainte si basse,
Je présente la tête au joug qui nous menace ,
Et que j'entende dire aux peuples Indiens,
Que j'ai forgé moi-même et leurs fers et les miens?
Quitterai-je Porus? Trahirai-je ces princes
Que rassemble le soin d'affranchir nos provinces;
Et qui, sans balancer sur un si noble choix ,
Sauront également vivre ou mourir en rois ?
En voyez-vous un seul, qui, sans rien entreprendre^
Se laisse terrasser au seul nom d'Alexandre ,
Et , le croyant déjà maître de l'univers.
Aille, esclave empressé, lui demander des fers? (i)
est bien évident que celui qui osera braver ce foudre de guerre , et défendre son pays d'une injuste oppression, aura pour lui la faveur publique : ce vice est inhérent au sujet. Jules-César au contraire, dans la tragédie de Corneille , est présenté comme le vengeur de Pompée , comme le dieu qui punit la trahison et la cruauté. Si Pompée vivoit, et que César vînt le poursuivre jusque dans Alexandrie, tout l'intérêt seroit pour Pompée , et César ne scroit qu'un heureux brigand : c'est ce que n'a observé aucun commentateur de Racine.
(i) Aille, esclave empresse, lui demander des fers? VARIANTE.
Aille , jusqu'en son camp , lui demander des fers ?
Cette variante offre l'exemple d'une correction très-heureuse : aille, esclave empressé , est un tour très-élégant, et de cette espèce d'élégance; :qui caractérise l'école de Racine et de Boileau, vit^ ' -i.'. ■- ,■ "i