‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 128 sur 193 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Ce foudre étoit encore enfenné dans la nue ; (i) Dans un calme profond Darius endormi , Ignoroit jusqu'au nom d'un si foible ennemi. Il le connut bientôt , et son âme étonnée , De tout ce grand pouvoir se vit abandonnée : Il se vit terrassé d'un bras victorieux ; Et la foudre en tombant lui fit ouvrir les yeux.

Mais encore, à quel prix croyez-vous qu'Alexandre Mette l'indigne paix dont il veut vous surprendre? Demandez-le, Seigneur, à cent peuples divers. Que cette paix trompeuse a jetés dans les fers. Non, ne nous flattons point : sa douceur nous outrage ; Toujours son amitié traîne im long esclavage.

(2) Ce foudre étoit encore enferme dans la nue.

Métaphore très-brillante, dont il ne faudroit pas examiner scrupuleusement la justesse. Tout ce morceau de Taxile, trèsbien écrit y présente des idées fausses. Darius n'étoit point endormi dans un calme profond ; il n'ignoroit pas jusqu'au nom d'Alexandre, puisqu'il avoit envojé contre lui des armées j puisque lui-même en personne avoit livré au roi de Macédoine les batailles d'Issus et d'Arbelles. Le foudre n'étoit point enfermé dans la nue , et chaque victoire d'Alexandre pouvoit être regardée comme un coup de tonnerre qui tom— boit sur Darius. Taxile se trompe , ou il veut tromper. Lu— neau de Boisgermain est dans l'erreur, lorsqu'il assure que le mot foudre étoit autrefois masculin et féminin indistinctement j mais qu'aujourd'liui ce mot est toujours masculin lorsqu'il est au figuré , et féminin lorsqu'il est au propre. Il n'v a point de règle générale applicable à ce mot : l'usage seul détermine les cas où il est masculin, et ceux où il est féminin. ( Voj. le Pict. de l'Académie. )

22t A L E X A N D Pi E ,

En vain on prétendroit n'obéir quà demi : Si 1 on n'est son esclave, on est son ennemi.

Seigneur, sans se montrer lâche ni te'méraire, Par quelque vain hommage on peut le satisfaire. Flattons par des respects ce prince ambitieux Que son bouillant orgueil appelle en d'autres lieux. C"est un torrent qui passe, et dont la violence (i) Sur tout ce qui l'arrête exerce sa puissance ; Qui, grossi du débris de cent peuples divers, Veut du bruit de son cours remplir tout l'univers. Que sert de l'irriter par un orgueil sauvage ? (2) D'un favorable accueil honorons son passage ; Et, lui cédant des droits que nous reprendrons bien. Rendons-lui des devoirs qui ne nous coûtent rien.

Qui ne nous coûtent rien, Seigneur ! L'osez-vous croire ? Compterai-je pour rien la perte de ma gloire?

(i) C'est uu torrent qui passe, etc.

Racine a déjà employé dans la Thébaïde, Acte I, Se. 5, cette brillante figure empruntée du cours impétueux d'un torrent j mais, dans la Thébaïde^ c'est une comparaison directe qui appartient à la poésie épique , et par conséquent un défaut j ici ce n'est qu'une métaphore , qui relève et embellit le stjle tragique.

(2) Que sert Je l'irriter par un orgueil sauvage? VARIANTE.

N'attirons point sur nous les effets de sa rage.

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