ACTE 1, SCENE III
Mais croyez-vous, Seigneur, cjue l'amour vous ordonne D'exposer avec vous son peuple et sa personne ? (i) Non, non, sans vous flatter, avouez qu'en ce jour Vous suivez votre haine, et non pas votre amour.
Hé bien, je Tavoûi-ai que ma juste colère (2) Aime la guerre autant que la paix vous est chère ;
mières éditions :
Votre fierté , Seigneur , s'accorde avec la sienne.
J'aime la gloire 5 et c'est tout ce qu'aime la reine.
Son cœur vous est acquis.
J'empêcherai du moins Qu'aucun maître étranger ne l'enlève à mes soins.
Mais croyez-vous, etc.
Ces vers refroidissoient le dialogue.
(1) Mais croyez-vous, Seigneur;, que l'amour vous ordonne D'exposer avec vous son peuple et sa personne?
Il semble que ce soit le peuple et la personne de l'amour. Voyez la note 2 de la page 212.
(2) H(?bien, je l'avoiirai, que ma juste colère
Le (}ue est superflu : c'est une incorrection qu'il eût été facile d'éviter. Tout le reste de la tirade de Porus est de la plus grande beauté. Corneille n'etit pas désavoué ces vers j et Racine , même après ses chefs-d'œuvre , pouvoit encore s'en faire honneur.
9,24 alexandpip:,
J'avoûrai que, brûlant d'une nol^le chaleur, Je vais contre Alexandre éprouver ma valeur. Du bruit de ses exploits mon âme importunée (i) Attend depuis long-temps cette heureuse journée. Avant quil me cherchât, un orgueil inquiet (^) M'avoit déjà rendu son ennemi secret.
Dans le noble transport de cette jalousie , Je le trouvois trop lent à ti^a verser TAsie. Je Tattirois ici par des vœux si puissans , Que je portois envie au bonheur des Persans; Et maintenant encor , s'il trompoit mon courage ,' Pour sortir de ces lieux s'il cherchoit un passage, Vous me verriez moi-même, armé pour l'arrêter, Lui refuser la paix qu'il nous veut présenter.
Oui, sans doute, une ardeur si haute et si constante
(i) Du bruit de ses exploits mon ùme iuiportunée , Madame de Sévigné a parodié ce vers dans une lettre ou elle parle de Bajazet :
Du bruit de Bajazet mon âme importunL^e.
Lettre 167.
Cette parodie prouve que les vers de Racine se retenoient , et laissaient dans les esprits cultivés de longs souvenirs, puisque madame de Sévigné , très-injuste envers Racine, emploie cependant un de ses vers , dans une occasion oii assurémont elle ne se propose point de faire honneur au poète.
(2) Avant qu'il me cherchât, un orgueil inquiet etc. VARIANTE.
La jalouse fierté que son uom nrinspiroit etc.
Vous