‹ Œuvres. Avec des commentairesChapitre 141 sur 193 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

Qu'il n'avoit avec moi, dans des desseins si grands,

Engagé que des rois ennemis des tyrans ;

Mais puisqu'un roi , flattant la main qui nous menace, (i )

Parmi ses alliés brigue une indigne place , (2)

C'est à moi de répondre aux vœux de mon pays.

Et de parler pour ceux que Taxiîe a trahis. (3)

Que vient chercher ici le roi qui vous envoie ?

Quel est ce grand secours que son bras nous octroie ? (4)

imagination poétique : c'est le caractère particulier de cet écrivain. Amyot est resté son meilleur traducteur , parce qu'il a conservé la ^îlijsionomie de l'original.

(i) Mais puisqu'un roi , flattant la main qui nous menace , etc.

Taxilë a cependant parlé noblement , mais d'un ton trop modéré pour l'humeur altière de Porus. Un roi sage et prudent n'est qu'un lâche et un traître pour un guerrier aussi fier, aussi audacieux que Porus, dont toute la politique est dans son épée.

(a) Parmi ses allies Lrigue une indigne place ,

A quoi se rapporte ses ? A lu main qui nous menace. Les alliés de la main : cela paroît étrange ; mais la main signifie ici le conquérant dont la main nous menace : c'est la partie pour le tout.

(5) C'est à moi de rt'pondre aux vœux de mon pays , Et de parler pour ceux que Taxile a trahis.

VARIANTE

Je soutiendrai ma gloire , et repondant en roi , Je vais parler ici pour la reine et pour moi.

(^) Quel est ce grand secours que son Ijras nous octroie?

Octrojer pour accorder est du style de lettres-patentes plutôt que du style poétique 5 mais par la manière dont il est placé, non-seulement il ne choque point, mais il a la grâce d'un terme nouveau acquis à la langue poétique.

De quel front ose-t-il prendre sons son appui Des peuples qui n'ont point d'autre ennemi que lui ? Avant que sa fureur ravageât tout le monde , L'Inde se repcsoifc dans une paix profonde ; Et si quelques voisins en ti'oubloient les douceurs, Il portoit dans son sein d'assez bons défenseurs. Pourquoi nous attaquer? Par quelle barbarie A-t-on de votre maître excité la furie ? Vit-on jamais chez lui nos peuples en courroux (i) Désoler mi pays inconnu parmi nous?

Faut-il cjue tant d'états, de déserts, de rivières, Soient entre nous et lui d'impuissantes barrières? Et ne sauroit-on vivre au bout de l'univers (2) Sans connoitre son nom et le poids de ses fers? Quelle étrange valeur, qui , ne cherchant qu'à nuire,

(i) Vit-on jamais cliez lui nos peuples en courroux Cette idée d'Homère est rendue avec plus de force et d'éloquence dans riphigénie en Aulide , lorsq^' Achille dit à Agamemnon :

Jamais vaisseaux, partis des rives du Scamandre, etc. Iphig. , Act. IV , Se. 6.

(2) Et ne sauroit-on vivre au bout de l'univers

C'est ainsi que les Scythes disent à Alexandre: Quid nobis tecinn esl? Niimquam terram tiiam atligimus^ Quis sis ^ iindè yenias , licctnc ignorare in vasds sjivis degeiitihus 7 Ncc seryire ulli possumus , ncc iwperare desideramus.

u Qu'avons-nous à démêler avec toi? Avons-nous jamais mis

)) le pied sur tes terres ? Dans les vastes forets que nous habi-

)) tons , ne nous est-il pas permis d'ignorer qui tu es et d'où

)) tu viens ? Nous ne pouvons obéir , et nous ne voulons com—

)) mander à personne. »

Q. CuR.L. VII,C. 23.

Page 1